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Epopée
divine
Alors qu'en
novembre dernier, paraissait chez Gallimard La
Procédure, en ce début d'année,
La découverte du ciel ressort en
Folio. Un roman fabuleux, aux dimensions épiques (autant
par le fond que par la forme, avec plus de 1000 pages) mais d'une
telle saveur que l'on en oublie bien vite l'épaisseur concrète,
pour s'attacher uniquement à la richesse érudite de
son tissu textuel et à la question élémentaire
et terrifiante que pose l'auteur : l'être humain ne serait-il,
en définitive, qu'un jouet aux mains de forces plus subtiles
et plus puissantes que lui, une pathétique marionnette ?
En définitive, tout ne serait-il pas écrit sur "Le
grand rouleau" (pour reprendre les termes de Diderot) ? Car
c'est un narrateur inhabituel qui nous guide dans le labyrinthe
narratif de ce roman fleuve, un ange venu d'un au-delà auquel
les hommes sont de moins en moins enclins à croire, un lieu
que l'on imagine parfois tout en doutant de son existence rationnelle
; il explique à l'un de ses comparses comment il a réussi
à courber le cours du temps et à influencer le sort
des humains, afin qu'une grande mission commanditée par le
"chef" (entendez "Dieu"!) puisse enfin être
remplie...
Mais nous ne restons dans les hautes sphères que de façon
quasi épisodique, car l'auteur se hâte de nous précipiter
parmi les hommes, et plus particulièrement aux Pays-Bas,
où notre ange a préparé, pour le lundi 13 février
1967 à minuit, une rencontre qui se veut fortuite mais qui
s'apprête à transformer la vie de deux hommes : Le
premier est Onno Quist, un éminent linguiste, décrypteur
de la langue étrusque ; il est un flâneur sans grande
responsabilité, en dépit de son appartenance à
une vieille famille calviniste, caractérisée par son
austérité et son sérieux. L'autre est Max Darius,
un astronome coureur de jupons, né d'une mère juive
et d'un père d'origine autrichienne, tous deux morts de manière
bien peu commune. Onno et Max se trouvent et naît une amitié
hors du commun, une re-connaissance mutuelle : "jumeaux
autoproclamés, ils ne cessaient de s'enchanter l'un l'autre",
jusqu'à ce qu'Ada, une jeune violoncelliste, fasse irruption
dans leur vie à tous deux ; cette arrivée est une
coïncidence pour le commun des mortels, et pourtant bel et
bien programmée par notre narrateur / auteur.
Tout comme dans La procédure, l'auteur joue
sur son double statut : pseudo-victime de son récit, il tente
aussi de se substituer à un Dieu omnipotent, créateur
de toute chose, par l'intermédiaire de personnages divins.
Il est vrai que le lecteur aura tendance à fréquemment
oublier la source de ce récit foisonnant, et que l'auteur,
régulièrement, ne manque pas de lui rappeler que le
libre-arbitre des personnages n'est en vérité qu'un
leurre : qu'ils soient des hommes manipulés par Dieu et ses
émissaires ou des personnages malmenés par l'auteur,
ils n'ont de toute façon aucune volonté propre...
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Il n'empêche
que ce roman est un pur régal, ne serait-ce que par
les thèmes qui mêlent, de façon souvent
symbolique, mathématiques, linguistique, politique,
histoire et humanisme. Quel que soit le domaine abordé,
Harry Mulisch impressionne par son érudition sans bornes
et semble avoir un avis sur tout, qu'il traite des années
70, du communisme, de la sexualité, de Dieu, de la
médecine, de l'éthique, de la biologie, des
étoiles ou de l'holocauste... Ne nous épargnant
aucune fantaisie, usant et abusant d'ironie dramatique, il
nous mène pourtant rigoureusement vers son but ultime
: la quête de Quinten Quist, un jeune homme étrange
et lunaire, qui fait parfois basculer le roman dans une science-fiction
onirique et originale. Soixante-cinq chapitres, un pour chaque
année de l'auteur (le roman fut écrit en 1992
en néerlandais), plusieurs dialogues de philosophie
satirique et une imagination féconde font de ce roman
une épopée humaine pleine de rebondissements,
un opus merveilleux duquel on ne se détache qu'à
grand peine.
Blandine
Longre
(mars 2002)
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Du même auteur, en français
Siegfried,
une idylle noire
(Gallimard, 2003)
La procédure, Gallimard,
2001
Noces de pierre, Calmann-Lévy, 1985
L'Attentat, Calmann-Lévy, 1984

Gallimard
http://www.gallimard.fr/
Harry
Mulisch, un site étonnant
http://www.mulisch.nl/
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