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Du
même auteur :
La découverte du ciel
(Folio, 2002)
Siegfried, une idylle noire
(Gallimard, 2003)
Dans La
Procédure, un roman d'exception, Harry Mulisch entend
cerner avec intelligence et humour le processus unique et universel
de création et ainsi percer le nébuleux mystère
de la vie.
Pour Yehoudah Loew, rabbin du ghetto juif de Prague en 1592, la
clé de l'énigme réside dans le Sefer Yetsirah,
le "livre de la création", et lorsque Rodolphe
II lui ordonne de lui confectionner un golem, une "masse
informe, (...) une personne artificielle, le serviteur idéal",
il se plonge des mois durant dans le texte sacré. Pour Victor
Werker, un célèbre chimiste de la fin du XXe siècle
qui attend son prix Nobel, Dieu n'a plus rien à voir dans
la procédure. Lui, qui déclare être "la
microbiologie moderne", a réussi à créer
la vie à partir de cristaux d'argile, à donner le
souffle à l'éobiont, "une créature
à la fois vivante et sans vie".
Le roman, construit principalement autour du point de vue de Werker,
fourmille d'analogies et de comparaisons enchevêtrées
les unes aux autres, et bien sûr de références
aux mythes de procréation (le monstre de Frankenstein, la
pièce de Karel Capek, R.U.R, dans laquelle le mot "robot"
est apparu pour la première fois, en 1921, la genèse
biblique, naturellement, les métamorphoses d'Ovide, ou la
fable de Pygmalion) et l'on suit avec enthousiasme les pérégrinations
touristiques et professionnelles de ce Victor Werker, de Berkeley
à l'Egypte (il y est chargé d'étudier l'ADN
de momies), en passant par Venise, où il est invité
à un congrès intitulé , comme de bien entendu,
"Les origines de la vie dans l'Univers"... Dans le même
temps, les lettres qu'il écrit à sa femme Clara, par
le biais de sa fille Aurora, dévoilent ses interrogations
de scientifique, son malaise existentiel, ses souvenirs d'enfance.
Ce n'est que peu à peu que le personnage naît et grandit
sous nos yeux ; sa curiosité intellectuelle est contagieuse
mais sa froideur et sa lâcheté ne semblent pas avoir
de bornes : calculateur (il faut dire que les combinatoires de chiffres
et de lettres, tout comme le rabbin praguois, le passionnent), il
est aussi pourvu d'un esprit qui ne cesse de s'égarer devant
les choix à faire, et ses hésitations lui coûtent
cher.
| Sans
artifice (ou plutôt usant d'un artifice poussé
à l'extrême ?), Mulisch, dès les premières
lignes, avertit le lectorat : "un lecteur en quête
d'une sensation immédiate, pour tuer le temps, serait
avisé de fermer tout de suite ce livre, d'allumer la
télévision et de s'enfoncer dans son canapé
comme dans un bon bain moussant." Plus loin, après
maints développements mathématico-linguistico-religieux,
il déclare que "les autres lecteurs impurs ont
pris leurs jambes à leur cou"... Une flatterie
lancée au lecteur qui a eu la curiosité de franchir
le premier chapitre ! Il peut enfin mettre en scène son
Golem à lui, Victor Werker, un personnage complexe qu'il
modèle patiemment, tout comme Dieu a façonné
le corps du premier homme... L'auteur élevé au
rang d'une divinité ? En réalité, il ne
cesse d'interroger un autre processus, celui de la création
littéraire (en écorchant au passage le "réalisme"
et le "camouflage flaubertien"), et il ne peut s'empêcher
de nous pondre quelques pages dignes d'un Genette à la
veine comique... |
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A travers ces
multiples digressions et l'histoire de Werker, l'écrivain
néerlandais s'interroge et nous interroge : la genèse
est-elle l'oeuvre de Dieu, d'un dieu ou est-elle pure coïncidence
biologique et chimique ? Les théories proposées se
complètent ou s'affrontent, donnant lieu à l'éternelle
bataille de la spiritualité et de l'obscurantisme religieux
contre le rationalisme scientifique.
Mais la prose de Harry Mulisch n'a rien d'austère, bien au
contraire, en dépit de sa portée philosophique : le
roman déborde de drôlerie, d'érudition et d'ironie
dramatique, et par le biais d'une fiction stimulante le romancier
nous amène peu à peu là où il veut,
à considérer l'artiste, ici l'écrivain, comme
le créateur omniscient d'un monde unique et harmonieux, entre
imaginaire et réalité.
Blandine
Longre
(janvier 2002)

Gallimard
http://www.gallimard.fr/
Harry
Mulisch, un site étonnant
http://www.mulisch.nl/
Le
Golem
http://www.autrement-dit.com/automates/bibliotheque/articles/golem.htm
http://moniquelisecohen.free.fr/golem.htm
Sefer
Yetsirah
http://www.chez.com/soued/SY%20hist.html
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