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Elle
était adorable et sa peau comme du quatre-quarts. Elle
est morte au fond d'une piscine. Sa mère est laide comme
un poux. Je ne les vois pas souvent. Pas souvent depuis que
je lui ai coincé la tête dans la vitre de la voiture.
Est-ce que Lacy est morte ? Est-ce que son père a dit
"nègre" dans la voiture ? Je ne sais pas.
She's got a ticket to Night Righter
With Winona writer
Easy whiter
(P.54) |
Cinéaste charismatique, plasticien déjanté,
écrivain protéiforme, l'Américain Harmony Korine
condense la somme de ces délires filmiques avec Craques,
coupes et meutes raciales, une oeuvre hybride empreinte
de génie, de désinvolture, qui puise son essence dans
les carnets de notes bien remplis, ceux du réalisateur de
l'onirique Gummo (1997) ou bien encore du schizophrène
Julien Donkey Boy (1999).
Divisé en trois chapitres, Craques, coupes, émeutes
raciales, le vilain petit métèque, Comme
un Turc à Stockholm, le livre d'Harmony Korine offre
une vision panoramique de l'être humain. Fragile, naïf,
un brin débile tout comme pouvait l'être Julien le
héros de son dernier film, les humains, pauvre race, suent
la beaufitude underground (ou pas), à l'aveuglement des sentiments,
aux pulsions animales, aux systèmes politiques, se soumettent,
par-dessus tout, à la sainte trinité : femme-enfant-travail
se soustraient. Des monstres à handicaps avec pour seuls
repères des médias devenus bocaux en transe, des disques
aux propos lapidaires, des films aux revendications faciles. Voilà
les hommes
l'Amérique
l'Amérique, je la
veux et je l'aurai...
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Le
formidable cas de Mona Medocs
Ce
matin-là Mona s'était fait avorter à
dix heures et un peu plus tard le même jour elle était
dans la cuisine à me cuire un uf dur. Elle s'était
réveillée avec un hamburger dans une main et
dans l'autre les paroles d'une cassette de M.C. Hammer. Je
mangeais de l'uf dur et l'odeur m'écurait
à cause de l'image que j'avais de Mona, jambes écartées,
en train de se faire avorter. Elle a dit qu'elle irait s'acheter
des culottes le week-end suivant. Elle m'a lu la lettre qu'elle
venait de recevoir de sa correspondante en Allemagne de l'Est.
(
)
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L'Amérique re-cartographiée à coup de dialogues
entre stars vivantes et décédées, de listes,
de rumeurs, de photos, de lettres de Tupac Shakur (entre autres),
de fragments scénaristiques et de cinglants aphorismes en
prend pour son grade. Les descriptions acides et les situations
surréalistes se suivent pour accoucher d'un curieux collage
de déviances hamburger coca-cola. Au-delà d'un simple
constat des murs et des vices du grand continent, Craques,
coupes et meutes raciales, livre à la noire couverture,
révèle une littérature bâtarde et hétéroclite.
Cette littérature, loin de celles sorties des nombrils inconséquents,
se cherche, travaille au corps et n'hésite jamais à
tourner de la tête pour voir du côté des autres
arts quitte à passer pour la sainte putain. Le style de Korine,
lui, est dilettante, approximatif, sans génie de prime abord,
chose ici nécessaire pour donner naissance à cet écrit
concentration d'affres adolescentes - frustration et dégénérescence
- négations et pulsions refoulées pour une révélation
cinématographique sale et poignante. Jeune écorché,
Harmony Korine a fait du chemin depuis Kids, ses images,
incises dans une chair blanche et indolente gavée des tumeurs
occidents, prennent une toute autre consistance. Changement de support,
même mélancolie. Même têtes à claques,
même peluches défenestrées.
I bet you have no more friend than an alarm o'clock.
(Harmony Korine)
Aberrations et cynisme coulent à flot dans la noire marmite
de l'Américain comme il transcende la pellicule dysentérique,
la maltraite, curieuse danse sans danseurs, ventres aux foies écoulés
sur les marchés : machine qui tourne à vide avant
l'explosion.
Philippe
Beer-Gabel
(juillet
2002)

http://www.angelfire.com/ab/harmonykorine/
http://www.objectif-cinema.com/portraits/038.php
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