Hareng des steppes
de Bjorn Gabrielsen

traduit du norvégien par Alexis Fouillet
Gaïa, 2007

 

 


Cherche Viking désespérément !

« Chercher un américano-norvégien aux Etats-Unis revient à chercher une espèce en voie de disparition », écrit Bjorn Gabrielsen. Car force lui est de constater qu’en allant sur la terre de ses « ancêtres », nulle trace ne reste.
Le livre d’un auteur norvégien, vous l’aurez évidemment compris par son nom, drôle, sarcastique parfois, simple, sans prétention, comme il se définit lui-même par ailleurs. Tout au long de ce carnet de voyage initiatique, richement documenté, autobiographique, une constante : le sourire aux lèvres. Bjorn Gabrielsen, journaliste et critique culturel, lâché en pleine Amérique du Nord, nous livre une analyse pour le moins originale de la société américaine.
C’est qu’il peut se montrer hilarant dans les descriptions des gens qu’ils rencontrent et des situations dans lesquelles il se retrouve. Et l’on s’identifie souvent à ce qu’il vit, ce qui nous amène aussi à rire de nous-mêmes. A l’aéroport en partance pour la grande aventure, le doute le gagne : « Je porte vivement une main paniquée au côté gauche de ma poitrine. Mon passeport est là, et je souffle, soulagé. J’arrache la sacoche d’entre mes bagages et je tâtonne dans la poche intérieure. Le billet d’avion y est toujours, je me calme, je serre avec angoisse la main sur une fesse, pour constater avec satisfaction que mon portefeuille n’a pas bougé. (…). Un vieux marin en fauteuil roulant devait partir en vacances, (…), c’était un véritable marin. Il avait une ancre tatouée sur le bras. « Passeport, murmura-t-il en tâtant sa poche intérieure, argent, souffla-t-il en jetant un coup d’œil dans la sacoche suspendue au bras du fauteuil. Dents, soupira-t-il en portant une main à sa bouche. Il prit alors une inspiration, leva les yeux vers moi, OK, je suis prêt.» On est vraiment tous pareils !

Même si ce n’est encore l’heure des grandes vacances, un bouquin à emporter dans son sac de plage. Non pas que Hareng des steppes soit sans autre intérêt que le divertissement, mais il lie l’utile à l’agréable : détente, rêverie mais aussi solides connaissances du terrain. Ce n’est donc pas de la grande littérature mais dès le sommaire, l’auteur s’amuse et nous amuse, par la même occasion, en proposant ses commentaires et un petit résumé de chaque chapitre.
Alors, surtout, ne vous fiez pas aux apparences, la couverture n’est guère engageante et le titre du bouquin non plus. En revanche, l’écriture noire sur pages roses est très plaisante. Son style est dynamique et enlevé, c’est gai et léger, d’ailleurs, voici l’auteur nous confie: « C’est superficiel, simple, en réalité un peu mesquin que de rire de l’hypocondrie chronique de ces Américains, qui passent leur vie à mâchonner des pilules, mais il se trouve que je suis un type superficiel, simple et un peu mesquin. »
On en redemande !

Apoline Saybec
(mars 2008)

Apoline Saybec est historienne de formation. Elle a été rédactrice en chef d’un mensuel économique puis généraliste. Journaliste en presse écrite, elle est passionnée par l’être humain ; elle aime autant l’histoire que l’actualité, la littérature que le cinéma, la sociologie que la psychologie... Tout ce qui permet de comprendre le monde qui l’entoure, de transmettre ce qu’elle apprend ou ce qu’elle a vécu est le terreau de son existence. S’évader, rêver, imaginer au travers des livres… le voyage, dans tous les sens du terme, est son moteur.

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