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Une solitude préservée de
génération en génération
Depuis qu’Hanna
Johansen écrit pour les enfants, ses héros sont le
plus souvent des animaux familiers : dans Le Hibou et le canard
et Il était une fois deux oursons en 1990, puis
La petite oie qui n’allait pas assez vite en 1993
et La poule qui voulait pondre des œufs en or en 1999,
l’auteur collabore avec l’illustratrice Käthi
Bhend.
Quand Lulu se réveille en 2001, illustré
par Rotraut Berner, met en scène
une petite fille. Avec Une taupe fait son chemin,
Hanna Johansen nous fait suivre à nouveau un petit animal,
celui-ci plutôt méconnu des enfants, et nous offre
un conte sans images qui frôle le documentaire.
Une taupe doit
manger à sa faim, avoir beaucoup d’amis, et les amis
ce sont tous ceux qu’elle peut manger. Elle doit avoir une
chambre confortable, bien obscure, à l’abri des courants
d’air.
Il faut prévoir de nombreuses issues de secours, à
cause des ennemis, et les ennemis ce sont tous ceux qui veulent
manger la taupe. Il faut savoir mordre et griffer pour les chasser.
C’est beaucoup de travail de rechercher des amis, d’entretenir
sa maison et de combattre les ennemis : voilà ce que comprend
la petite taupe avec sa maman.
Celle-ci,
grâce à son instinct maternel assure à ses petits
le gîte et le couvert, elle les protège contre les
intrus. Mais arrive le jour où elle ne peut plus subvenir
aux besoins de ses petits et aux siens propres, le jour où
elle n’a même plus le confort de sa propre chambre tellement
les enfants ont grossi. Et « une vraie taupe ne tient
pas à s’embarrasser d’une famille plus longtemps
que nécessaire » !
Alors il faut bien que la petite taupe et ses frères s’en
aillent à la découverte du monde extérieur,
mais chacun de son côté parce qu’« être
seul, il n’y a rien de plus beau ».
La petite taupe,
la dernière de la fratrie, elle qui a bien appris à
batailler dans le nid pour avoir sa part de nourriture, va donc
faire son chemin, en quête d’une bonne terre à
creuser. C’est une vraie taupe, elle veut vivre seule, construire
son territoire et avoir « sa » chambre bien à
elle : «chambre à soi, bonheur à soi»
lui a dit sa maman.
Le chemin est long, difficile. Commence une vie de labeur incessant
pour cette jeune taupe femelle, toujours creuser, toujours améliorer,
toujours se méfier, toujours chercher à manger, même
en hiver quand il faut suivre les vers encore plus profondément
dans la terre… C’est une vie nécessairement solitaire.
Pourtant un jour, au printemps revenu, elle accepte «puisqu’il
le faut », et juste cinq minutes, la visite d’une
autre taupe pour un combat qui sera un rapide jeu d’amour.
Elle devient maman et transmet à son tour les principes de
nourriture, de confort et de solitude.
Le chemin de
cette petite taupe nous est agréablement conté : le
texte est une voix qui rend l’aventure réelle et proche.
La petite taupe, « notre taupe », comme l’appelle
Hanna Johansen, devient familière, nous partageons ses émotions,
nous aimons la suivre dans son initiation et ses progrès.
Elle n’a pas de nom, elle est une taupe parmi d’autres,
sa quête est la même que celle de ses congénères
: pour vivre bien, il faut être seul et préserver sa
solitude. Nous plaignons la petite taupe d’avoir une vision
si rétrécie du monde, mais nous regarderons peut-être
d’une autre manière les êtres de son espèce…

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Le
récit d’Hanna Johansen, si fidèle dans
les informations et si bien joliment tourné, prend
forme seulement dans notre imagination. En effet, l’histoire
est ponctuée de comptines qui sont autant de fantaisies
sur le chemin car «Longue est la route»
; mais il n’y a pas du tout d’illustrations et
pourtant on éprouve un grand besoin d’images.
Quelques dessins auraient pu reposer de temps à autre
le regard du jeune lecteur.
Hanna Johansen a travaillé en solitaire, cette fois,
comme son héroïne !
La recherche de la solitude ne doit pas être perçue
comme un modèle, il faudra parler avec les jeunes lecteurs
d’autres comportements animaux qui peuvent privilégier
la famille, ou le groupe… en voilà de bonnes
discussions en perspective avec nos enfants !
Martine
Falgayrac
(novembre 2003) |

http://www.lajoiedelire.ch
http://www.ricochet-jeunes.org/auteur.asp?name=Johansen&surname=Hanna
http://www.ricochet-jeunes.org/illus.asp?name=Bhend-Zaug&surname=Käthi
http://autoren.nagel-kimche.de/autor_k.asp?ID=74
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