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Un beau dragon
Publié
en 1985, traduit en français en 1991, cet ouvrage est une
réédition en poche d’un excellent roman de fantasy.
Il prouve qu’on peut, après Tolkien, McCaffrey et d’autres
auteurs célèbres du genre, faire œuvre originale.
Le couple de héros – Fendragon, alias Lord Aversin
et Jenny Waynest, magicienne, mère de ses enfants, mais magicienne
“ de terrain ” avant tout – se déplace
dans un cadre misérable de Moyen-Âge dégradé.
Allant des terres du nord abandonnées de tous vers les terres
du roi, ils découvrent que celles-ci sont non seulement terrorisées
par un dragon mais aussi rongées par la corruption, les intrigues
de cour et l’influence de la jeune maîtresse du vieux
roi, terrible magicienne de surcroît (une madame du Barry
diabolique).
Le héros n’est pas très héros, dans son
apparence et ses manières, dans ses goûts aussi : il
s’intéresse davantage aux vieux livres d’une
science ancienne en train de se perdre qu’aux combats. L’héroïne
a des émotions très humaines et peu en rapports avec
celles que l’on suppose aux personnages du type qu’elle
incarne. Ses pouvoirs sont faibles et de peu de portée, son
statut de mère flottant, ses incertitudes totales.
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On
est donc loin du clinquant des œuvres de fantasy ordinaires.
Certes, il y a des gnomes, mais ceux-ci forment une civilisation
bien particulière, ordinairement en équilibre
avec celles qui l’entourent – on retrouve l’art
de Tolkien pour créer des mondes. Certes, il y a un
dragon, mais celui-ci n’est pas réduit au rôle
de faire valoir du héros (ou de l’héroïne).
Ni anthropomorphisé à outrance, ni diabolisé
: il est autre. C’est en cela que réside l’une
des originalités du livre. Le dragon et son monde envahissent
progressivement le roman, autant sur le plan de l’intrigue
que dans les émotions de Jenny Waynest (qui passe en
deuxième partie du roman au premier plan et y joue
un rôle plus actif qu’Aversin, belle revanche
des femmes en fantasy) et dans les rapports entre les personnages. |
De l’humour
(les scènes de cour, les désillusions du jeune prince
qui voit le monde à travers des récits épiques
qu’il découvre bien éloignés des faits),
des émotions, amour et haine, combats, invention, tout cela
tenu par un rythme parfait et servi par une excellente traduction.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(juin 2006)
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

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