Fendragon
de Barbara Hambly

(Dragonsbane) traduit de l'anglais par Michel Demuth
Points Seuil, 2006

 

 

Un beau dragon

Publié en 1985, traduit en français en 1991, cet ouvrage est une réédition en poche d’un excellent roman de fantasy. Il prouve qu’on peut, après Tolkien, McCaffrey et d’autres auteurs célèbres du genre, faire œuvre originale.
Le couple de héros – Fendragon, alias Lord Aversin et Jenny Waynest, magicienne, mère de ses enfants, mais magicienne “ de terrain ” avant tout – se déplace dans un cadre misérable de Moyen-Âge dégradé. Allant des terres du nord abandonnées de tous vers les terres du roi, ils découvrent que celles-ci sont non seulement terrorisées par un dragon mais aussi rongées par la corruption, les intrigues de cour et l’influence de la jeune maîtresse du vieux roi, terrible magicienne de surcroît (une madame du Barry diabolique).

Le héros n’est pas très héros, dans son apparence et ses manières, dans ses goûts aussi : il s’intéresse davantage aux vieux livres d’une science ancienne en train de se perdre qu’aux combats. L’héroïne a des émotions très humaines et peu en rapports avec celles que l’on suppose aux personnages du type qu’elle incarne. Ses pouvoirs sont faibles et de peu de portée, son statut de mère flottant, ses incertitudes totales.

On est donc loin du clinquant des œuvres de fantasy ordinaires. Certes, il y a des gnomes, mais ceux-ci forment une civilisation bien particulière, ordinairement en équilibre avec celles qui l’entourent – on retrouve l’art de Tolkien pour créer des mondes. Certes, il y a un dragon, mais celui-ci n’est pas réduit au rôle de faire valoir du héros (ou de l’héroïne). Ni anthropomorphisé à outrance, ni diabolisé : il est autre. C’est en cela que réside l’une des originalités du livre. Le dragon et son monde envahissent progressivement le roman, autant sur le plan de l’intrigue que dans les émotions de Jenny Waynest (qui passe en deuxième partie du roman au premier plan et y joue un rôle plus actif qu’Aversin, belle revanche des femmes en fantasy) et dans les rapports entre les personnages.

De l’humour (les scènes de cour, les désillusions du jeune prince qui voit le monde à travers des récits épiques qu’il découvre bien éloignés des faits), des émotions, amour et haine, combats, invention, tout cela tenu par un rythme parfait et servi par une excellente traduction.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(juin 2006)

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

 

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