Le Nouveau Magasin d’écriture
Hubert Haddad

Zulma, 2006

 

Un livre à lire, à écrire, à rêver

« "L’art d’écrire" ne s’enseigne guère ; (…) Après trois siècles d’analyse, nous sommes aussi démunis devant l’Iphigénie de Racine qu’un singe face à un miroir. Mais le goût d’écrire, lui, se conforte et se déploie dans le travail ; (…) », peut on lire en présentation du dernier ouvrage d’Hubert Haddad paru chez Zulma, Le nouveau magasin d’écriture.

920 pages de bonheur, 920 pages foisonnantes dans lesquelles on entre intimidés, du bout des doigts, avant de se faire happer, emporter dans un tourbillon frénétique : un mot, une phrase piquent la veine de la curiosité et voilà le « goût d’écrire » qui se diffuse en vous, bulles, bouillonnement, oxygène. Un miracle se produit alors, paradoxe des plus troublants : l’érudition, loin d’enfermer l’esprit en érigeant des règles, l’ouvre à la liberté, terreau primordial de toute créativité.

Tel l’éléphant de Paul ELuard en couverture brisant un miroir à coups de chaise dans un café parisien, allégorie de la spontanéité créatrice, de sa démesure, de sa violence libératrice dans un monde où l’art prend la poussière sur des rayonnages, Hubert Haddad — Poète, romancier, historien d’art, essayiste —, fait voler en éclats l’écriture dans son appréhension, véritable pavé dans la vitrine d’un monde éditorial bienséant et d’une critique qui dicte sa loi.

Outre une histoire de la littérature, de ses différents genres — Poésie, Correspondance, journal, conte, Fantastique, Nouvelle, récit, art théâtral etc. — éclairés par des visions d’écrivains et autres hommes de lettres, de fragments et citations tirés d’œuvres classiques et contemporaines, Hubert Haddad donne une dimension vivante à ce savoir encyclopédique, celle de son expérience d’écrivain bien sûr, mais surtout celle d’animateur d’ateliers d’écriture.
Précurseur en France de ce type d’ateliers, il intervient depuis les années 80 auprès de toutes sortes de publics : enfants de classe élémentaire à peine entrés dans l’apprentissage de la langue, adolescents au bord du gouffre, adultes illettrés ou en réinsertion. Une réflexion proprement dite sur ces « laboratoires de la liberté » clôt d’ailleurs le livre.

Le Nouveau Magasin d’écriture est donc également un fabuleux manuel d’écriture offert à tous, amateurs comme professionnels : pistes de lectures, conseils, jeux, exercices s’intercalent à chaque genre littéraire abordé, explosant barrières mentales et formatage scolaire, invitant le lecteur à saisir sa plume, l’aidant à surmonter démons intérieurs et peur de la page blanche, l’initiant à la patience et à la persévérance.

Enfin, peut-être la plus grande réussite de cet ouvrage réside en une invitation poétique, un festin de mots sensuels et goûteux, à mâchouiller en rêvassant, auquel est convié le lecteur dès le menu-sommaire !
Jugez plutôt : « superstitions, exorcismes et autres crédulités », « Cent titres pour mille et une fictions », « Géographie imaginaire », « Panique & co », « Maupassant incipit ou les mots passants en hâte liée », « Mandala de mots », « Parages de songes », « L’animal d’écriture»…
« L’animal d’écriture » justement, précieux florilège à méditer sur l’art d’écrire, où se côtoient Cervantès, Kirkegaard, Proust, Kafka, Valery et autres bêtes de plume, parmi lesquelles Victor Hugo, qui énonce : « La langue française n’est point fixée et ne se fixera point. » brisant ainsi le miroir policé du conformisme avec la délicatesse d’un éléphant dans un magasin… d’écriture!
Pour découvrir Hubert Haddad l’écrivain, paraissent simultanément Le Camp du bandit mauresque, un récit d’enfance chez Fayard et Un rêve de glace, réédition chez Zulma du premier roman de l’auteur — paru chez Albin Michel en 1974.

Maïa Brami
(février 2006)

Née en 1976, Maïa Brami est écrivain — pour petits, moyens et grands! — et journaliste. En parallèle aux ateliers d'écriture dans les écoles et lycées, elle anime une chronique hebdomadaire sur la littérature Jeunesse dans l'émission Au fil des pages, diffusée sur les ondes de RCF. Après un premier roman, Vis ta vie Nina (Grasset Jeunesse, Prix Chronos 2002) elle a reçu en juin 2005 le Prix Matti Chiva de l'Institut Danone pour un album, Goûte au moins! paru cet automne aux éditions Circonflexe. Dernier titre paru : Mon arbre ami illustré par Ingrid Monchy (Les albums Duculot, Casterman, 2005)

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