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Gypsy
Caravan – When the road bends…
de Jasmine Dellal
Etats-Unis, 2007
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La
grande famille tzigane
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Raga,
lautari, flamenco… La musique traditionnelle tzigane
jaillit dans toute sa richesse, avec ce documentaire américain
sur la tournée commune de cinq groupes tziganes
aux Etats-Unis et au Canada : dans le même bus,
on entend chanter et rire tous ensemble la célèbre
chanteuse macédonienne Esma Redzepova, la non moins
fameuse Fanfare Ciocarlia, de Roumanie (qui accompagna
notamment Goran Bregovic, ou Ovidiu Lipan Tandarica),
et, également roumain, le Taraf de Haïdouks
(introduit par Johnny Depp, qui a côtoyé
le Taraf pour The Man who cried), mais encore
le danseur flamenco espagnol Antonio El Pipa, et enfin,
venu du Rajasthan, l’impressionnant groupe Maharaja.
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Violons
virtuoses, cuivres explosifs, chants gorgés de souffrance
éraillée, percussions envoûtantes, danses
superbes… Les multiples facettes de la musique tzigane
ici réunies s’avèrent toutes excellentes.
Dans une perspective qui rappelle à la fois Latcho
Drom et Buena Vista Social Club, Gypsy
Caravan alterne avec souplesse des extraits de
concerts en Amérique et des voyages en terre tzigane,
de l’Andalousie jusqu’à l’Inde, en
passant par les Balkans et, bien sûr, la Roumanie. Le
point de vue américain qui est celui de la réalisatrice
(d’origine indienne) Jasmine Dellal est sans doute regrettable
: malgré des plans très serrés et mouvants
sur le faciès des musiciens, on est loin de l’intimité
du cinéma d’un Tony
Gatlif, encore plus loin de l’intensité des
films du génie Kusturica (à commencer par Le
Temps des Gitans), et l’on en vient à se demander
si ces musiciens tziganes ne perdent pas un peu de leur âme
dans la présente affaire. Faire de la musique parce qu’on
voyage (l’errance tzigane), ou voyager parce qu’on
fait de la musique… Il y a bien sûr la belle universalité
de la musique ; mais on peut contester l’idée tacite
que la « consécration » soit de plaire au
public américain, comme on peut trouver désagréables,
voire humiliantes, les images doublement caricaturales où
les petits musiciens folkloriques venus de contrées reculées
sont confrontés au gigantisme tout beau tout propre des
Etats-Unis (Wim Wenders terminait également en montrant
ses vieux Cubains du terroir au pied des buildings de la modernité).
L’intelligence
tzigane dépasse le problème avec insouciance :
de même qu’ils subissent des clichés négatifs
(leur solide réputation de voleurs de poule), ils jouissent
de clichés positifs (l’âme tzigane) qui leur
permettent de vendre leurs disques aux pays riches, et, une
fois rentrés au pays, d’aider leurs proches, de
faire de belles fêtes avec tout le village quand un fils
se marie, ou de rendre de puissants hommages quand un vieux
violoniste meurt. Gypsy Caravan esquisse
en outre une réflexion autour de l’identité
et de l’histoire du peuple tzigane, réflexion peu
fournie, heureusement aidée par les scènes tournées
loin de l’Amérique, sous le soleil de l’Inde,
dans les terrains vagues de Roumanie, dans les rues de Skopje,
ou sur les places fleuries de Jerez. Famille, prodigalité,
musique – les valeurs tziganes s’affirment à
l’état brut, dans ce documentaire assez superficiel,
mais aux intentions simples et louables, porté par une
bande-son extraordinaire.
Nicolas
Cavaillès
(juin 2007)
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