Un doux parfum de mort
(Titre original : Un dolce olor de muerte)
Traduit de l’espagnol (Mexique) par François Gaudry
Phébus, 2003

 

Vengeance à la mexicaine

Un doux parfum de mort est le premier roman du mexicain Guillermo Arriaga à être traduit en français alors que l’auteur bénéficie déjà d’un grand succès en Amérique latine. Il est également connu en tant que scénariste (en 2001, Amours chiennes a obtenu le Grand prix de la Semaine internationale de la Critique au festival de Cannes).
Ramon Castanos tient le bar-épicerie de la petite ville de Loma Grande. Sa vie bascule le jour où il est l’un des premiers à identifier le cadavre d’une jeune fille poignardée dans le dos. Le jeune homme ayant éprouvé une certaine émotion devant le corps dénudé de la victime, Adela, il n’en faut pas plus pour que la rumeur publique le désigne comme étant le fiancé de cette dernière, ce que Ramon n’ose pas démentir. Au cours de la soirée suivant l’enterrement, les hommes du village se réunissent à l’épicerie et, l’alcool aidant, les langues se délient : quelqu’un se souvient d’avoir surpris Adela et son amant/meurtrier la nuit du drame. Cet amant, le Gitan, un petit trafiquant d’objets made in Taiwan, a pour spécialité de séduire les femmes mariées. La dernière en date, Gabriela, sait bien que cette fameuse nuit, le Gitan n’a pas tué Adela puisque c’est avec elle qu’il était mais elle n’ose rien avouer par peur des représailles de son mari. Au Mexique, une telle affaire n’intéresse ni la police (trop corrompue) ni le délégué communal (qui a pourtant, lui aussi, découvert que le Gitan n’était pas coupable). Non, au Mexique, une telle affaire se règle entre hommes et Ramon se retrouve, bien malgré lui, chargé de venger la mort d’Adela. La suite du roman n’est plus qu’une lente avancée vers une fin inéluctable.

A la fois polar, vaudeville et mélodrame, Un doux parfum de mort, dès les premières pages, plonge le lecteur dans une atmosphère torride. Heureusement, pour égayer l’ambiance générale tendue à souhait, Guillermo Arriaga, fin conteur, a su insérer des passages complètement décalés, à l’image de cette tentative d’embaumement du corps d’Adela avec un mélange d’eau oxygénée, de rhum et de Mercurochrome. Le roman contient également plusieurs portraits originaux comme celui de Carmelo Lozano, chef de la gendarmerie locale ne fonctionnant qu’avec de menus cadeaux et regrettant de s’être déplacé pour cette « mort inutile » ou celui de Gabriela qui ne veut pas voir son amant mourir à la place d’un autre mais ne peut rien faire pour le sauver. Un doux parfum de mort est un livre court mais dense, brûlant comme du piment mexicain.

Anne Weber
(avril 2003)

Guillermo ARRIAGA, né à Mexico en 1958. En 1991 ce distingué universitaire, spécialiste reconnu de cette « science » nouvelle qu’on appelle la Communication, passe au roman avec un texte du genre fracassant, Escuadrón Guillotina, où s’étale sans fard – c’est le moins qu’on puisse dire – la violence politique de l’aimable époque où naissait, dans le sillage du terrible Pancho Villa, le Mexique dit moderne (on est en train d’en tirer un film). Suivent quelques nouvelles d’assez mauvaise éducation, puis le roman dont il est ici question, Un doux parfum de mort (1994), qui connaît un vif succès à travers toute l’Amérique latine (on en tire encore un film)… avant de faire, tout récemment, un tabac en Allemagne. Guillermo Arriaga n’a jamais été traduit en français.

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