Souffler c’est jouer
Galerie José Martinez, Lyon
jusqu’au 20 novembre 2004

 

Jean-Claude Guillaumon expose également, jusqu’au 13 novembre 2004, à la Galerie Yergeau du Quartier Latin (2060 avenue Joly, Montréal), dans le cadre des échanges culturels Lyon-Montréal durant la Biennale d’Art Contemporain de Montréal.

J-C Guillaumon : Moi Jeu

Jean-Claude Guillaumon souffle dans un ballon et le mot « ART » apparaît, gonfle, se distend, explose... Paf ! L’Art baudruche, série de sept photos, résume à elle seule le souffle artistique de l’hurluberlu lyonnais né en 1943 : après avoir pris acte de l’éclatement du « grand art » et en avoir été vaguement marri, Guillaumon choisit d’en rire et de se prendre lui-même comme seul et unique objet de création, d’ironie, de fantasme, en se mettant en scène, en « je » et en abyme. « Je est un autre » écrit le poète, « Je est tous les autres » relance Guillaumon. Depuis le début des années 1970, à partir d’habiles trucages photographiques, le cabotin pastiche de célèbres tableaux de l’histoire de l’art ou incarne différents personnages dans des scènes comiques. Guillaumon est ainsi un « calculateur » lorgnant derrière ses lunettes fumées les toiles de De Chirico. Il est les trois personnages discutant à bâton rompu entre eux. Il est les deux magnétiseurs qui tentent d’hypnotiser sa propre personne.

Il est les trois acteurs qui jouent, inspirés, la scène 4 de l’Acte 3 d’une pièce inconnue. Il est les quatre élèves studieux d’une académie de peinture. Il est les frères jumeaux, Jean et Claude, attablés. Il est le père et la mère qui réprimandent le fils conçu à leur image.

On pense à Michel Journiac, aux auto-fictions de Cindy Sherman, et à nombre d’artistes qui se sont retournés sur eux-mêmes pour mieux se détourner de soi. Guillaumon se démarque par son sens de l’humour, de l’auto-dérison et de la mise en scène... Ne ratez pas son Hart Rock où, sur des riffs de guitare, l’on chante « ô Guillaumon, Guillaumon... ». Ni, surtout, son apothéose : l’installation Une Vie... Dans une cave voûtée et obscure, une centaine de photographies miniatures (de Guillaumon bien sûr !) phosphorent sur des murs baignés des scansions d’une bande sonore qui murmure « Guillaumon », réclame «Guillaumon », beugle «Guillaumon», acclame « Guillaumon !», comme si du stade (du miroir) il était le dieu. Guillaumon : une tranche de l’art et une grande tranche de rire !

Jean-Emmanuel Denave
(octobre 2004)

Jean-Emanuel Denave, né en 1970, est critique et journaliste (collaborations avec Sitartmag, l'Express, L'Art Aujourd'hui, Le Petit-Bulletin Lyon). Amitiés d'écriture avec les arts plastiques, la photographie et la danse contemporaine. Contact

www.galeriejmartinez.com

Jean-Claude Guillaumon est né en 1943 à Lyon, il vit et travaille à Genas. Depuis 1986, il dirige le Centre d’arts plastiques de Saint-Fons (69).