Guide des mangas
de Julien Bastide & Anthony Prezman
Bordas, 2006

le poids éditorial des mangas en France

 

 

 

Faire le point.

Parmi les milliers d’albums publiés en France en 2005, une bande dessinée sur trois est un manga, terme japonais qui signifie littéralement « bande dessinée ». Les filles, qui lisaient peu de bande dessinée jusqu’à présent, se mettent à dévorer les mangas, trouvant là ce qu’elles ne trouvaient pas dans la bande dessinée franco-belge. Enfin, tous les éditeurs de bande dessinée – et d’autres d’ailleurs, non spécialistes du 9ème Art (les éditions Picquier par exemple), ont créé au sein de leurs catalogues des labels « manga ». Ces trois constatations permettent de prendre la mesure de l’ampleur du phénomène Manga en France.

Ce guide s’adresse surtout à celles et à ceux qui n’y connaissent pas encore grand-chose mais qui sont désireux de s’y mettre, par curiosité personnelle, par intérêt pour la bande dessinée en général et les cultures venues d’ailleurs, par souci de ne pas perdre le contact avec ce que lisent les plus jeunes, ou bien aussi pour des raisons professionnelles : bibliothécaires, documentalistes, enseignants poussés vers le manga par leurs lecteurs qui en demandent et en redemandent.

Le premier chapitre dresse l’état des lieux du ou de la manga (puisque l’on admet les deux genres) : définition, importance et poids du manga au Japon, relations entres bande dessinée et « anime », manière dont les mangas sont parvenus en France et premières réactions très négatives, raisons de leur succès actuel, situation éditoriale en France aujourd’hui, différences entre manga et bande dessinée dite franco-belge, inquiétude des milieux de la bande dessinée européenne devant " l’invasion " nippone. En effet l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne et la Pologne sont particulièrement touchés par cette invasion, qui représente dans ces pays où il n’existe que très peu de productions nationales 75% des ventes de bandes dessinées !
Le corps de l’ouvrage est consacré aux 100 séries ou albums uniques indispensables ; celles qu’il convient de lire pour débuter et se familiariser avec une production florissante et très éclectique.
Le manga au Japon a la particularité d’être segmenté, proposant des récits dans tous les genres, pour tous les publics, tous les âges et les milieux sociaux et professionnels. Aussi les auteurs de ce guide ont choisi le parti de la segmentation en 4 catégories : « shôjo » : mangas pour filles ; « shônen » : mangas pour les garçons entre 10 et 15 ans ; mangas pour adultes, secteur qui couvre absolument tous les genres ; mangas alternatifs, c’est-à-dire, ce qui pourrait s’apparenter à ce que l’on appelle chez nous la bande dessinée d’auteurs, la nouvelle bande dessinée ou bien le roman graphique.
Chaque série ou album est présenté sur une double page bien illustrée, à l'agencement aéré et lisible. Titre, auteur, résumé, critique argumentée, genre, mention d’âge constituent l’ensemble de la notice. Un encart en marge précise aussi l’éditeur français, le nombre de volumes déjà parus en français et en japonais et le prix. Précisions ô combien importantes lorsque l’on s’engage dans l’achat d’une série ! Ainsi, Detective Conan, de Gosho Aoyama, compte déjà 51 volumes publiés en français et la série, qui en est à 55 au Japon, n’est pas encore terminée. Si on se lance dans la lecture de cette série et que l’on s’y accroche – ce qui est plus que probable, il faut donc être prêt à investir pour l’instant 306 euros !!
Enfin, pour prolonger la notice, on renvoie le lecteur à d’autres séries assez proches ou à d’autres œuvres du mangaka. Les auteurs mettent aussi en garde sur la violence de certains albums.
Sailor Moon, Fruits basket, La Rose de Versailles, Déclic amoureux, Mars, Nana, Subaru, figurent au sommaire des shôjo. Dragon Ball, One piece, Black Jack, Fullmetal Alchemist, Gen d’Hiroshima, Naruto, Akira, City Hunter, Ping Pong : autant de bonnes séries analysées dans les Shônen. Ne pas rater dans les mangas adultes Au temps de Botchan, Ayako, Blue, Dômu, Gogo Monstrer, Homonculus, Monster, Nausicaa, Quartier lointain, ou Le Sommet des dieux dont certaines peuvent tout à fait être lues et appréciées par les adolescents. Enfin le manga alternatif, publié en France par des éditeurs indépendants plutôt comme Cornélius, Vertige Graphic, Ego comme X, ou encore Sakka (Casterman) a produit quelques chefs d’œuvre qui figurent dans le Guide : Dans la prison, de Kazuichi Hanawa ou L’Homme sans talent, de Y. Tsuge.
Le troisième chapitre, enfin, plus court, présente les auteurs de mangas incontournables : Taniguchi, Matsumoto, Tezuka entre autres. L’ouvrage propose en outre un glossaire des termes japonais utilisés, la liste des éditeurs de mangas en France et un index des auteurs et des séries.

Une fois terminée la lecture de ce guide, on est en mesure de prendre ses marques et ses repères dans la bande dessinée japonaise et les notices bien rédigées donnent envie de se précipiter sur les livres. Le choix des 100 séries ou albums uniques est, comme tout choix, subjectif mais néanmoins, il comporte les grands classiques, les œuvres fondatrices, les premiers mangas publiés en France dans les années quatre-vingts, Dragon Ball fut d’ailleurs l’un des premiers, après Akira, grâce à la ténacité d’un certain Jacques Glénat, et des nouveautés ou des œuvres plus singulières.
Ce guide se révélera donc un très bon outil et une clé fort bien huilée pour entrer dans la bande dessinée japonaise.

Catherine Gentile
(septembre 2006)

Catherine Gentile est documentaliste, formatrice en littérature jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville et auteur de Bulles en stock (Bibliographie sélective et commentée de bandes dessinées, ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant plus de quinze ans.

 

editions-bordas.com/

 

Chez le même éditeur
Le premier guide pratique de la bande dessinée jeunesse
de H. Filippini
Bordas, 2006

Pour prolonger cette chronique, voici quelques points de repère sur le poids éditorial des mangas en France.

Jusqu’en 1999, le nombre de mangas traduits en français et publiés en France était insignifiant. En 1999 on en recense seulement 19 ! A partir de l’an 2000, ce chiffre augmente régulièrement : 227 paraissent en 2000 ; 269 en 2001 ; 377 en 2002 ; 521 en 2003 ; 724 en 2004, soit 35,6 % du nombre total de parutions BD de l’année.

En 2005, le phénomène manga s’accélère singulièrement. Dans son rapport annuel sur l’état des lieux de la bande dessinée publiée en France, sorti fin 2995, Gilles Ratier, le secrétaire de l’ACBD (Association des Critiques de Bande Dessinée), crée un néologisme en titrant : 2005, l’année de la « Mangalisation ». Voici quelques chiffres tirés de ce rapport.

Nombre de publications de bande dessinée en 2005 : 2701 nouveautés, dont 1142 bandes dessinées asiatiques, soit une augmentation de 388 titres. Le manga représente donc en 2005 42,28 % du marché de la bande dessinée !
Un enfant sur 2 entre 9 et 13 ans lit des mangas, avec – et c’est nouveau - une bonne proportion de filles.

Les éditeurs en 2005 :
203 éditeurs de bande dessinée sont recensés en France, dont 25 publient des bandes dessinées asiatiques.
Kana (Groupe Dargaud Média Participations) est le leader des éditeurs de mangas. 117 titres publiés.
Delcourt, avec son label Akata, en a publié 81. Delcourt vient de racheter Tonkam qui a publié 112 mangas.
Glénat Manga : 112
Flammarion, avec les collections Sakka et Ecritures de Casterman (25) et J’ai Lu (49) dont le catalogue BD n’est constitué que de mangas.
Soleil, avec Soleil Manga (45) et Gochawon (11), nouveau label consacré aux manwhas.
Groupe SEEBD, avec les éditeurs Saphira, Kabuto, Akiko et Tokebi : 233
Panini : 109
Pika : 120
Groupe Tournon avec le nouveau label manga Kami : 10
Asuka : 64.
Tous les grands éditeurs proposent à présent les classiques du manga, les grands auteurs japonais, qui font de la bande dessinée adulte. Glénat par exemple vient de créer une collection Bunko, qu’il présente comme la « pléiade » du manga. Le Seuil et les éditions Picquier publient aussi de la manga d’auteur.

Les revues :
Les mangas disposent de beaucoup de revues assez peu chères où les séries sont pré-publiées : Clamp Anthology, Coyote, D.Mangas, Dragon Ball, Mangas kits, Manga Kids, Maniaks, Tokebi. Il existe en revanche peu de revues critiques. Le Virus manga a disparu et ne subsistent que AnimeLand, Mangajima et Mangascope.

Les ventes de bandes dessinées
Certains albums de bande dessinée franco-belge ont des tirages pharaoniques. Le dernier Astérix : Le ciel lui tombe sur la tête, dans lequel Uderzo tire d’ailleurs à boulets rouges sur le manga, a été tiré à 3 178 000 exemplaires et plus de deux millions de volumes se sont vendus dans les deux semaines suivants la sortie ! On recense 77 séries dont les tirages oscillent entre 600 000 exemplaires (Le Petit Spirou chez Dupuis) à 45 000 (Mélusine, chez Dupuis).
Mais hormis ces mastodontes, les albums sont tirés à environ 5000 exemplaires, vu la production pléthorique qui envahit les librairies.
Par contre, les mangas ont des tirages qui varient de 40 000 exemplaires à 20 000 exemplaires au titre.
Les plus gros tirages de mangas :
Tsubasa, de Clamp, chez Pika : 40 000
Negima, de Ken Akamatsu, chez Pika : 40 000
Rave, de Hiro Mashima, chez Glénat Mangas : 35 000
Saint Seiya, de Megumu Okada, chez Panini : 35 000
Angel Heart, de Tsukasa Hojo, chez Panini : 32 000
Monster, de Naoki Urasawa, chez Kana : 30 000
XXXHolic, de Clamp, chez Pica : 30 000
Le Sommet des dieux, de Jirô Taniguchi, chez Kana : 25 000
Icare, de Jirô Taniguchi et Moebius, chez Kana : 25 000
Detective Conan, de Gosho Aoyama, chez Kana : 25 000
Battle royale, de Koushun Takami, chez Soleil Manga : 25 000

Les auteurs de bandes dessinées :
1322 auteurs vivent, plus ou moins bien, de leur métier (On considère comme auteur celui ou celle qui a 3 albums disponibles et un contrat en cours). Parmi eux, ils sont de plus en plus nombreux à s’inspirer des codes graphiques et narratifs des mangas (Séries Les Légendaires ou La Rose écarlate, chez Delcourt, collection Cosmos, chez Dargaud où travaillent ensemble auteurs français et asiatiques)

Sources et chiffres : Gilles Ratier, secrétaire général de l’Association des Critiques et journalistes de BD (ACBD).

 

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