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Faire
le point.
Parmi les milliers
d’albums publiés en France en 2005, une bande dessinée
sur trois est un manga, terme japonais qui signifie littéralement
« bande dessinée ». Les filles, qui lisaient
peu de bande dessinée jusqu’à présent,
se mettent à dévorer les mangas, trouvant là
ce qu’elles ne trouvaient pas dans la bande dessinée
franco-belge. Enfin, tous les éditeurs de bande dessinée
– et d’autres d’ailleurs, non spécialistes
du 9ème Art (les éditions Picquier par exemple), ont
créé au sein de leurs catalogues des labels «
manga ». Ces trois constatations permettent de prendre la
mesure de l’ampleur du phénomène Manga en France.
Ce guide s’adresse
surtout à celles et à ceux qui n’y connaissent
pas encore grand-chose mais qui sont désireux de s’y
mettre, par curiosité personnelle, par intérêt
pour la bande dessinée en général et les cultures
venues d’ailleurs, par souci de ne pas perdre le contact avec
ce que lisent les plus jeunes, ou bien aussi pour des raisons professionnelles
: bibliothécaires, documentalistes, enseignants poussés
vers le manga par leurs lecteurs qui en demandent et en redemandent.
Le premier chapitre
dresse l’état des lieux du ou de la manga (puisque
l’on admet les deux genres) : définition, importance
et poids du manga au Japon, relations entres bande dessinée
et « anime », manière dont les mangas sont parvenus
en France et premières réactions très négatives,
raisons de leur succès actuel, situation éditoriale
en France aujourd’hui, différences entre manga et bande
dessinée dite franco-belge, inquiétude des milieux
de la bande dessinée européenne devant " l’invasion
" nippone. En effet l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne
et la Pologne sont particulièrement touchés par cette
invasion, qui représente dans ces pays où il n’existe
que très peu de productions nationales 75% des ventes de
bandes dessinées !
Le corps de l’ouvrage est consacré aux 100 séries
ou albums uniques indispensables ; celles qu’il convient de
lire pour débuter et se familiariser avec une production
florissante et très éclectique.
Le manga au Japon a la particularité d’être segmenté,
proposant des récits dans tous les genres, pour tous les
publics, tous les âges et les milieux sociaux et professionnels.
Aussi les auteurs de ce guide ont choisi le parti de la segmentation
en 4 catégories : « shôjo » : mangas pour
filles ; « shônen » : mangas pour les garçons
entre 10 et 15 ans ; mangas pour adultes, secteur qui couvre absolument
tous les genres ; mangas alternatifs, c’est-à-dire,
ce qui pourrait s’apparenter à ce que l’on appelle
chez nous la bande dessinée d’auteurs, la nouvelle
bande dessinée ou bien le roman graphique.
Chaque série ou album est présenté sur une
double page bien illustrée, à l'agencement aéré
et lisible. Titre, auteur, résumé, critique argumentée,
genre, mention d’âge constituent l’ensemble de
la notice. Un encart en marge précise aussi l’éditeur
français, le nombre de volumes déjà parus en
français et en japonais et le prix. Précisions ô
combien importantes lorsque l’on s’engage dans l’achat
d’une série ! Ainsi, Detective Conan, de Gosho
Aoyama, compte déjà 51 volumes publiés en français
et la série, qui en est à 55 au Japon, n’est
pas encore terminée. Si on se lance dans la lecture de cette
série et que l’on s’y accroche – ce qui
est plus que probable, il faut donc être prêt à
investir pour l’instant 306 euros !!
Enfin, pour prolonger la notice, on renvoie le lecteur à
d’autres séries assez proches ou à d’autres
œuvres du mangaka. Les auteurs mettent aussi en garde sur la
violence de certains albums.
Sailor Moon, Fruits basket, La Rose de Versailles, Déclic
amoureux, Mars, Nana, Subaru, figurent au sommaire des shôjo.
Dragon Ball, One piece, Black Jack, Fullmetal Alchemist, Gen
d’Hiroshima, Naruto, Akira, City Hunter, Ping Pong :
autant de bonnes séries analysées dans les Shônen.
Ne pas rater dans les mangas adultes Au temps de Botchan, Ayako,
Blue, Dômu, Gogo Monstrer, Homonculus,
Monster, Nausicaa, Quartier lointain,
ou Le Sommet des dieux dont certaines peuvent tout
à fait être lues et appréciées par les
adolescents. Enfin le manga alternatif, publié en France
par des éditeurs indépendants plutôt comme Cornélius,
Vertige Graphic, Ego comme X, ou encore Sakka (Casterman) a produit
quelques chefs d’œuvre qui figurent dans le Guide : Dans
la prison, de Kazuichi Hanawa ou L’Homme sans talent,
de Y. Tsuge.
Le troisième chapitre, enfin, plus court, présente
les auteurs de mangas incontournables : Taniguchi,
Matsumoto, Tezuka entre autres. L’ouvrage propose en outre
un glossaire des termes japonais utilisés, la liste des éditeurs
de mangas en France et un index des auteurs et des séries.
Une fois terminée
la lecture de ce guide, on est en mesure de prendre ses marques
et ses repères dans la bande dessinée japonaise et
les notices bien rédigées donnent envie de se précipiter
sur les livres. Le choix des 100 séries ou albums uniques
est, comme tout choix, subjectif mais néanmoins, il comporte
les grands classiques, les œuvres fondatrices, les premiers
mangas publiés en France dans les années quatre-vingts,
Dragon Ball fut d’ailleurs l’un des premiers, après
Akira, grâce à la ténacité d’un
certain Jacques Glénat, et des nouveautés ou des œuvres
plus singulières.
Ce guide se révélera donc un très bon outil
et une clé fort bien huilée pour entrer dans la bande
dessinée japonaise.
Catherine
Gentile
(septembre 2006)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature
de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant
plus de quinze ans.
| 
editions-bordas.com/
Chez
le même éditeur
Le premier guide pratique de
la bande dessinée jeunesse
de H. Filippini
Bordas, 2006 |
Pour
prolonger cette chronique, voici quelques points de repère
sur le poids éditorial des mangas en France.
Jusqu’en
1999, le nombre de mangas traduits en français et publiés
en France était insignifiant. En 1999 on en recense
seulement 19 ! A partir de l’an 2000, ce chiffre augmente
régulièrement : 227 paraissent en 2000 ; 269
en 2001 ; 377 en 2002 ; 521 en 2003 ; 724 en 2004, soit 35,6
% du nombre total de parutions BD de l’année.
En
2005, le phénomène manga s’accélère
singulièrement. Dans son rapport annuel sur l’état
des lieux de la bande dessinée publiée en France,
sorti fin 2995, Gilles Ratier, le secrétaire
de l’ACBD
(Association des Critiques de Bande Dessinée), crée
un néologisme en titrant : 2005, l’année
de la « Mangalisation ». Voici quelques chiffres
tirés de ce rapport.
Nombre
de publications de bande dessinée en 2005 :
2701 nouveautés, dont 1142 bandes dessinées
asiatiques, soit une augmentation de 388 titres. Le manga
représente donc en 2005 42,28 % du marché de
la bande dessinée !
Un enfant sur 2 entre 9 et 13 ans lit des mangas, avec –
et c’est nouveau - une bonne proportion de filles.
Les éditeurs en 2005 :
203 éditeurs de bande dessinée sont recensés
en France, dont 25 publient des bandes dessinées asiatiques.
Kana (Groupe Dargaud Média Participations)
est le leader des éditeurs de mangas. 117 titres publiés.
Delcourt, avec son label Akata, en a publié
81. Delcourt vient de racheter Tonkam qui
a publié 112 mangas.
Glénat Manga : 112
Flammarion, avec les collections Sakka et
Ecritures de Casterman (25) et J’ai Lu (49) dont le
catalogue BD n’est constitué que de mangas.
Soleil, avec Soleil Manga (45) et Gochawon
(11), nouveau label consacré aux manwhas.
Groupe SEEBD, avec les éditeurs Saphira,
Kabuto, Akiko et Tokebi : 233
Panini : 109
Pika : 120
Groupe Tournon avec le nouveau label manga
Kami : 10
Asuka : 64.
Tous les grands éditeurs proposent à présent
les classiques du manga, les grands auteurs japonais, qui
font de la bande dessinée adulte. Glénat par
exemple vient de créer une collection Bunko,
qu’il présente comme la « pléiade
» du manga. Le Seuil et les éditions Picquier
publient aussi de la manga d’auteur.
Les revues :
Les mangas disposent de beaucoup de revues assez peu chères
où les séries sont pré-publiées
: Clamp Anthology, Coyote, D.Mangas, Dragon Ball, Mangas
kits, Manga Kids, Maniaks, Tokebi. Il existe en revanche
peu de revues critiques. Le Virus manga a disparu
et ne subsistent que AnimeLand, Mangajima et
Mangascope.
Les ventes de bandes dessinées
Certains albums de bande dessinée franco-belge ont
des tirages pharaoniques. Le dernier Astérix
: Le ciel lui tombe sur la tête, dans lequel
Uderzo tire d’ailleurs à boulets rouges sur le
manga, a été tiré à 3 178 000
exemplaires et plus de deux millions de volumes se sont vendus
dans les deux semaines suivants la sortie ! On recense 77
séries dont les tirages oscillent entre 600 000 exemplaires
(Le Petit Spirou chez Dupuis) à 45 000 (Mélusine,
chez Dupuis).
Mais hormis ces mastodontes, les albums sont tirés
à environ 5000 exemplaires, vu la production pléthorique
qui envahit les librairies.
Par contre, les mangas ont des tirages qui varient de 40 000
exemplaires à 20 000 exemplaires au titre.
Les plus gros tirages de mangas :
Tsubasa, de Clamp, chez Pika : 40 000
Negima, de Ken Akamatsu, chez Pika : 40 000
Rave, de Hiro Mashima, chez Glénat Mangas : 35 000
Saint Seiya, de Megumu Okada, chez Panini : 35 000
Angel Heart, de Tsukasa Hojo, chez Panini : 32 000
Monster, de Naoki Urasawa, chez Kana : 30 000
XXXHolic, de Clamp, chez Pica : 30 000
Le Sommet des dieux, de Jirô Taniguchi, chez Kana :
25 000
Icare, de Jirô Taniguchi et Moebius, chez Kana : 25
000
Detective Conan, de Gosho Aoyama, chez Kana : 25 000
Battle royale, de Koushun Takami, chez Soleil Manga : 25 000
Les auteurs de bandes dessinées :
1322 auteurs vivent, plus ou moins bien, de leur métier
(On considère comme auteur celui ou celle qui a 3 albums
disponibles et un contrat en cours). Parmi eux, ils sont de
plus en plus nombreux à s’inspirer des codes
graphiques et narratifs des mangas (Séries Les
Légendaires ou La Rose écarlate,
chez Delcourt, collection Cosmos, chez Dargaud où travaillent
ensemble auteurs français et asiatiques)
Sources
et chiffres : Gilles Ratier, secrétaire général
de l’Association des Critiques et journalistes de BD
(ACBD).
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