Peggy Guggenheim, Mistress of Modernism
Mary V. Dearborn

Virago, 2007

 

 

Le mécénat d’une princesse américaine

De Peggy Guggenheim, on a souvent l’image d’une américaine excentrique et richissime, paradant devant son palazzo empli de trésors d’art moderne. Mary Dearborn, dans une biographie touffue, en dresse un portrait plus nuancé. Peggy, élevée dans le luxe, eut en fait à subir des revers de fortune lors de la disparition de son père à bord du Titanic. Revers très relatifs, mais qui la situaient fort en dessous d’autres branches des Guggenheim. Toute sa vie, proches et amis la considérèrent comme une inépuisable mine d’or. Elle avait en elle un mélange de générosité et de pingrerie qui lui valut moqueries et rancunes, de la part même de ceux qui profitaient de ses largesses.
Indépendante, elle eut tôt l’audace de travailler. Son emploi dans une librairie de New York, non seulement lui fit découvrir de nouveaux courants littéraires, mais aussi la mit en contact avec l’avant-garde artistique, marquant le début de sa passion pour l’art moderne et de son aptitude à y investir.

En 1920 elle partit pour l’Europe, où elle demeura jusqu’à la guerre. Mariée à l’écrivain Lawrence Vail, puis au peintre Max Ernst, elle connut l’effervescence du milieu des surréalistes. Fondatrice de trois des plus influentes galeries d’art du XXe siècle, dont Art of this Century à New York, elle sut repérer des peintres comme Jackson Pollock. Elle ouvrit ses collections au public dans son palais vénitien en 1951.
Dearborn nous livre une recherche très minutieuse et fait revivre chaleureusement son ‘héroïne’, confrontant les points de vue, les remarques reconnaissantes ou perfides de ses amis. L’abondance d’informations peut satisfaire le lecteur. Cependant, cela étouffe parfois la netteté du portrait, puisqu’on retrouve sur le même plan détails intimes et activités artistiques.

Laurence Tourniaire
(mars 2007)

http://www.virago.co.uk/