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Une famille
d’apparence ordinaire, traditionnelle… D’autres
épithètes du même registre viennent à
l’esprit lorsque, dans les premières scènes,
et selon le procédé classique, sont présentés
les personnages. Tout juste si l’on perçoit un léger
malaise devant le désir de solitude du fils François,
devant l’inquiétude de la mère songeant à
son rejeton de vingt ans parti faire ses études à
la ville, devant l’ennui de la jeune Nathalie après
le départ de son frère… Mais tout cela n’est-il
pas dans la norme habituelle, peut-on se dire à l’instar
du père qui se préoccupe davantage de son travail,
des préparatifs de Noël et du mariage de la cousine
?
Peu à
peu, selon une subtile progression, s’insinuent le doute et
la suspicion, en particulier avec l’arrivée en scène
de Larieux, curé de la paroisse, mentor de François,
dominateur et ambigu, regardant de loin le passé et de haut
ses paroissiens, ce « petit village qui sent le renfermé
», cette famille amie à qui il prodigue ses conseils,
et qui pourtant se ronge et se délite peut-être à
cause de lui.
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On
croit deviner mais on ne sait pas bien, comme eux, comme Nathalie
qui s’attendrira sur son bonheur à venir d’épouse
aimée, de mère aimante ; comme le père
qui voudra tout oublier, détruire les traces du passé
; comme la mère qui passera de la résignation
à la révolte… François, au centre
de tout, s’enferme dans son absence : « J’ai
toujours eu l’impression d’être en marge
». Protagoniste et victime, il ressasse des faits
enfouis au plus profond : « Il y a des odeurs aussi
qui pendant trop longtemps ont rempli mon esprit, jusqu’à
l’anéantir… Des parfums qui volaient autour
de moi et qui formaient comme un brouillard, qui me tenaient
prisonnier, qui m’empêchaient de me déplacer
et de penser aussi et d’agir… […] Et puis,
des portes qui se ferment lentement, des portes bien huilées
qui ne grincent pas, qui n’attirent pas l’attention
sur elles… » |
Messe
basse est une lente cérémonie, pleine
de non-dits et de murmures, de silences et de conciliabules, de
monologues aussi, sur lesquels pèse la plupart du temps la
lourde présence de personnages muets. La structure élaborée
laisse progressivement monter la tension, préparant une crise
qui n’éclate pas complètement, qui ne se résout
pas complètement, qui demeurera à l’état
latent malgré une esquisse d’espoir de détente.
L’ambition
des Impressions Nouvelles, avec la collection «
Théâtre », est de « redonner au texte
théâtral son statut de littérature à
part entière ». Avec Messe basse,
l’objectif est atteint : il y a un vrai texte littéraire
qui, à vue de lecture, tiendra sur scène, sans effets
spectaculaires, sa promesse de pièce de théâtre.
Jean-Pierre
Longre
(octobre 2004)
Jean-Pierre
Longre,
enseignant en littérature du XXème siècle à
l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse
sur Raymond Queneau,
de divers ouvrages ou articles sur des écrivains contemporains
et sur la comparaison des langages littéraire et musical.
Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

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