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Fantastiques
nouvelles…
Bunker
café n’est pas un roman, mais un recueil
de nouvelles… six histoires ancrées dans une réalité
que Gudule fait « déraper vers l’indicible
» … six récits fantastiques où le
lecteur s’identifie aux personnages, ressent le même
« vertige » que les héros et se laisse chaque
fois emporté dans une « chute » inévitable.
Miarka, quinze
ans, vit seule avec son grand-père qui l’élève
avec amour dans « un territoire de vent et de sable…
leur ermitage… » ; mais l’adolescente se
lasse de leur vie à deux et voudrait « voir de
nouvelles têtes ». Le vieil homme cède aux
suppliques et conduit Miarka au Bunker café
où elle observe, rêve et s’enivre de merveilleuses
images… jusqu’à la découverte d’un
lourd secret !
Clara, elle, a douze ans, et sa mère très occupée
la laisse organiser ses journées à sa guise. L’enfant
se réfugie des heures entières dans une pièce
isolée du Musée Wiertz, en compagnie de deux tableaux
effarants et envoûtants, emplis de moribonds et de démons
; Clara vient tous les jours, pendant plusieurs années, «
en dépit d’une santé chancelante »…
Quel avenir va-t-elle se découvrir, vingt ans après,
de retour dans les lieux familiers, ou plutôt quelle malchance
sera donc révélée, soufflée par l’haleine
d’outre-tombe du grand peintre ?
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Max
Verlinden, homme « affable, cultivé et schizophrène
», physicien qui prétend venir du futur,
rencontre en 1889, à l’asile Saint-Rémy,
un autre « malade » : Vincent Van Gogh.
A cette époque le peintre a atteint le sommet de son
art ; il écoute les prédictions flatteuses du
visionnaire qui lui raconte les spéculations dont ses
tableaux seront l’objet un siècle après
sa disparition. L’ami de Vincent
persuade l’artiste que cette gloire posthume est injuste
; elle profitera aux nantis du vingtième siècle
alors que lui « crève dans la misère
»… Max propose à Van Gogh «
une petite substance chimique de rien du tout »…
une solution pour éviter que d’autres «
s’enrichissent sur son dos »…
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Julien, à
vingt-huit ans, se trouve bien trop jeune pour « se mettre
un fil à la patte », alors Lucie est partie car
elle veut absolument un enfant… Le jeune homme occupe désormais
ses week-ends solitaires à hanter les brocantes de la région.
Il ramène parfois un « coup de cœur »
qu’il s’est plu à marchander. Cette fois, il
tombe sur une bricole indescriptible, indéfinissable, si
curieuse qu’il s’empresse de l’acquérir…
L’« anti-chose » semble alors conduire
et déterminer les rêves et les actes de son propriétaire,
comme un objet vaudou. Julien décide de reconquérir
Lucie et l’idée de paternité l’obsède
de plus en plus. Jusqu’où la chose de nulle
part va-t-elle entraîner Julien ?
Little
Alice est intriguée par le face-à-face
de deux miroirs dans sa chambre : « l’un, reflété
par l’autre, réfléchit à son tour ce
dernier et ainsi de suite jusqu’à l’infini ».
Au milieu, il y a Alice, «démultipliée un
nombre incalculable de fois, une de face, une de dos, en alternance
», et de plus en plus réduite. Mais l’attention
d’Alice est si minutieuse, si intense, si acharnée
à détailler l’illusion, que la petite fille
discerne l’incroyable : vision d’un autre âge,
hallucination ?
Nora hésite
à se rendre au Salon de la Communication qui propose une
remise en cause radicale des valeurs occidentales pour «
réhabiliter la pureté originelle ». Elle
craint de se laisser embobiner par une nouvelle lubie de «
cadres commerciaux dynamiques ». Effectivement elle tombe
sous le charme des superbes paysages, des odeurs magiques, de la
lumière tropicale et des rythmes envoûtants fidèlement
reproduits dans le Parc des expositions. Mais sous l’apparente
authenticité règne l’idée de consommation
et lorsque des hôtesses veulent convaincre Nora : «
J’aime la forêt, je l’achète ! »,
la jeune femme pressent la catastrophe ; la nature recréée,
outragée, se déchaîne… se révolte…
Que me restera-t-il quand je me réveillerai ?
Tous ces récits,
épurés et efficaces, séduiront adolescents
et adultes, touchant au passage quelques cordes sensibles : réflexion
sur la vie, les ravages du temps et la mort, peur de la solitude,
perte des valeurs humaines, domination du profit, avenir du monde.
Malgré ces touches sévères, et même si
« l’illusion a toujours un arrière-goût
amer », Gudule donne un vrai plaisir de lecture : ces
histoires brèves et denses déconcertent mais comblent
l’envie de surprise comme le goût du macabre, génèrent
des émotions profondes et durables… Bravo pour ces
« promenades magiques », cette invitation à
la découverte de la nouvelle et du fantastique… On
en redemande…
Martine
Falgayrac
(juin 2005)
Martine
Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école
élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage
de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût
et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature
jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner
et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore
activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

http://www.gudule.net/
http://www.castorpoche.com/tribal.php
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