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Mystérieux événements à la Grande
Pharmacie de la Place
Foisonnant, le dernier roman de Gilles Rozier. Foisonnant en personnages,
qui se croisent, se rencontrent, se séparent… Foisonnant
en péripéties, qui superposent le passé et
le présent, l’individuel et le collectif… En
réalité, l’abondance des personnages et de leurs
biographies est le moyen pour l’auteur de multiplier les récits,
de les tisser entre eux, de composer un véritable texte –
au sens étymologique du terme – aux multiples réseaux.
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On
n’attendra donc pas ici le résumé d’un
livre dont la composition en rosace (ou en spirale, ou en toile
d’araignée, ou en symphonie – selon les lectures)
est complexe ; on saura simplement que la scène est dans
une ville de province, où Philippe et Bernadette Levy
Saltiel sont venus reprendre (et finalement perdre) une pharmacie,
et où le tempérament pour le moins odieux de Philippe
sème la panique dans son entourage, notamment chez son
beau-fils Victor, qui se réfugie dans l’amour des
lettres classiques et l’amitié de son professeur
de latin, lui-même en marge d’une société
au fonctionnement de laquelle il est parfaitement étranger,
et qui le lui rend bien. |
Avec cela, on
n’aura pas dit grand-chose. Car il y a la « scène
» – la narration centrale qui tourne autour de la Grande
Pharmacie de la Place – et le « hors scène »,
tout ce qui se concentre et se développe dans l’esprit
et la mémoire des personnages : leur histoire sous-tendue
par le souvenir de la Shoah, par une judéité plus
ou moins assumée, plus ou moins reconnue, de même que
par la satire de la société et des aspirations à
une modernité mal comprise. Les petites histoires individuelles
se confrontent à la grande Histoire collective, les petites
aventures familiales et sociales, souvent burlesques, ne cachent
pas vraiment la vaste aventure humaine et ses résonances
tragiques.
Existences multiples,
points de vue divers, mises en perspective historiques, sociales,
familiales, échos récurrents de la tragédie
des camps… La matière romanesque de Projections
privées est un terreau fertile en méditations
sur le genre humain.
Jean-Pierre
Longre
(mars 2008)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de revues, il a participé à la publication des romans
de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique,
peinture) et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie et Belgique
en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau
en scènes (Presses Universitaires de Limoges,
2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles).

Lire
l'article de Pascale Arguedas
http://www.denoel.fr/Denoel/
http://auteurs.arald.org/biogr/Rozier1963.html
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