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La
liberté, et quoi d’autre ?
Ce nouveau roman de l’un
des écrivains les plus en vue actuellement en Europe explore
les relations complexes d’un photographe américain
résidant au Danemark et d’une jeune Roumaine. Sans
préméditation, sur une sorte de coup de tête,
Scott, au cours d’un voyage professionnel dans la Roumanie
de 1988, propose à Elena le mariage qui lui permettra de
fuir la dictature de Ceausescu. Mariage blanc ? Elan amoureux ?
Peu à peu, le narrateur, ami de Scott, nous dévoile
ce que lui-même a appris de la bouche de l’homme, puis
de la jeune femme : son passé tourmenté qui n’est
pas sans conséquences sur le présent et l’avenir.
La narration
des événements, dans un va-et-vient constant entre
naguère et aujourd’hui, entre Est et Ouest, entre Nord
et Sud, se construit sur la parole des personnages et leurs différents
points de vue. Elle est ainsi porteuse d’autre chose que d’elle-même
; sa structure recèle des considérations sur la création
et sur l’existence des personnages (réels ? fictifs
?), sur les «spectres ténus de l’imagination
» : « Scott et Elena sont déjà
réels avant que je ne me mette à écrire sur
eux. Il ne m’est pas permis de les voir apparaître comme
des revenants de mes propres suppositions et de mes rêveries
sur fond d’endroits connus. Ils sont déjà dans
les rues de Bucarest et dans la voiture qui les conduit à
travers la Roumanie ; c’est moi qui n’étais pas
là. Les lieux sont aussi transparents que les hypothèses
que j’émets en regardant cet homme et cette femme que
j’ai connus, dans l’acception convenue du mot ».
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Au-delà
de la réflexion sur le système romanesque,
les aventures de l’Américain et de la Roumaine
dans une Europe à la fois tournée vers le
passé et en pleine mutation déclenchent, dans
l’esprit du lecteur comme dans celui du narrateur,
une confrontation entre histoires et Histoire (« la
somme inconnue des histoires que les gens se racontent sur
eux-mêmes et sur les autres, une cacophonie de voix
qui ne cessent de se couper la parole »), et
aussi (surtout sans doute) une méditation sur la
liberté – cette liberté que l’on
cherche en fuyant un régime totalitaire excluant
toute perspective d’avenir, mais que l’on ne
sait plus comment employer quand on l’a trouvée.
Et la trouve-t-on vraiment ? La liberté de penser,
la liberté de s’exprimer, la liberté
de voyager, de franchir les frontières, d’aimer
ou de ne pas aimer, qui pourtant ne résout pas tout,
laissant Elena (ainsi que le narrateur et le lecteur) avec
ses questions. « Il doit y avoir autre chose,
mais où ? »
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Jean-Pierre
Longre
(mars 2007)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de revues, il a participé à la publication des romans
de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique,
peinture) et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie et Belgique
en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau
en scènes (Presses Universitaires de Limoges,
2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

http://www.gallimard.fr
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