Monnaie de verre
éd.N. Philippe, 2002

 

Fabriquer un verre solide, à la forme harmonieuse, transparent et aux couleurs chatoyantes c’est ce qu’aimeraient savoir faire les artisans français en cette fin de 17e siècle, mais les secrets de fabrication restent jalousement gardés sur l’île de Murano…
Ce livre se présente sous la forme d’un thriller historique ou Léonara, fille d’une grande famille de verriers italiens, cherche à venger la mort de son amant, ce qui la conduira sur les routes d’Italie et de France, instrument involontaire d’une machination politique.

Dans les premiers chapitres, alors que l’intrigue se met lentement en place et que l’on découvre le monde impitoyable de Murano, où s’affrontent trois familles de verriers, ce roman est d’abord un documentaire où l’on apprend beaucoup de choses (un peu trop ?) sur la fabrication du verre, tandis que l’auteur emploie un style quelque peu fastidieux ; utilisant de nombreux mots italiens ou un vocabulaire ‘vénitien’ inutile pour se plonger dans l’ambiance du roman (« des pupilles qui hésitent entre le topaze et le vert de la lagune », « le corsage au lacis complexe ainsi que la longue jupe en soie qu’elle porte lui semblent aussi pesants que le sommet du campanile »), de même qu’il ponctue chaque fin de chapitre par des citations latines qui paraîtront peut-être obscures aux non-initiés mais en feront sourire d’autres (« homo allegre post coïtum ») ; par la suite, l’aventure prenant le pas sur le documentaire, la lecture se fait plus légère.
L’aspect historique est néanmoins fort intéressant, on apprend, par exemple, l’existence de «spadassins du verre» chargés de punir les traîtres à la cause de Murano en leur plongeant dans le corps une épée de verre qui se brise en libérant de l’arsenic, plus ou moins dilué selon la durée souhaitée de l’agonie de la victime. Par contre, on regrettera que ne soient pas plus développées les explications concernant la monnaie de verre qui donne son titre au roman : il faut aller fouiller dans les notes en fin d’ouvrage pour comprendre pleinement les rouages de la machination inventée par les Français !
Monnaie de verre est donc un ouvrage à double tranchant, comportant une intrigue ingénieuse et bien construite qui plaira à la plupart des lecteurs mais qui est alourdie par de trop nombreuses précisions techniques.

Anne Weber
(janvier 2003)

http://monnaiedeverre.manuscrit.com

http://www.nicolasphilippe.com/

http://www.e-terviews.net/dyn2/article.php3?id_article=68

http://www.manuscrit.com/catalogue/textes/fiche_texte.asp?idOuvrage=1602

Chez le même éditeur : La vie triée de C. Spielberger (2002)