Du malheur d’avoir de l’esprit
Alexandre Griboïedov

Mise en scène de Jean-Louis Benoit

Texte publié aux Editions Babel, Actes Sud, 2007
Traduction André Markowicz

 

 

Théâtre de la Criée, Marseille
10 mai - 10 juin 2007
http://www.theatre-lacriee.com

Théâtre national de Nice
2 - 4 mai 2007
http://www.nice.fr/mairie_nice_7015.html

Théâtre des Célestins, Lyon
12- 22 avril 2007
http://www.celestins-lyon.org

 

Avec : Philippe Torreton, Roland Bertin, Jean-Paul Farré, Ninon Brétécher, Chloé Réjon, Louis-Do de Lencquesaing, François Cottrelle, Jean-Marc Roulot, Emilie Lafarge, Martine Bertrand, Suzy Rambaud, Jean-Marie Frin, Louis Merino, Catherine Herold, Jézabel d'Alexis, Véronique Dossetto, Dominique Pacitti, Stéphane Bientz, Jacques Dupont, Marie-Thérèse Boiton Rivoli, Monique Murawsky, Pêche, Michel Barsby, Guy Faucher, Léon Kolasa

 


L’homme de trop

Tchatski (Philippe Torreton) rentre à Moscou après trois ans d’absence ; déçu du monde (« Où sommes-nous le mieux ? Là où nous ne sommes pas »), il doit à son retour affronter une galerie de portraits décrépits, la déchéance croissante de ses anciens amis et ennemis, et, plus encore, celle de son ancien amour, Sofia (Ninon Brétécher), qui ne l’a pas attendu, et qui se laisse aller à l’amour pour un pleutre. Face à un riche père satisfait de son conservatisme, face à des rivaux chacun plus faible que l’autre, face à une société des plus mesquines, face à une humanité radicalement décevante, Tchatski ne retiendra pas sa colère ; en criant sa flamme, il criera toute sa haine.

Destiné à hanter toute la littérature russe du XIXème siècle, de Gorki, bien sûr, à Tchekhov, Tchatski, le héros du Malheur d’avoir de l’esprit, est né de la plume d’Alexandre Griboïedov, contemporain de Pouchkine, qui, mort à 36 ans, ne laissa qu’une pièce, aussi célèbre en Russie qu’elle a été ignorée en France. Esprit très critique, doté d’un cœur très noble et d’une énergie très vive, Tchatski conjugue un humanisme convaincu à une misanthropie toute de désillusions renouvelées ; mais son lyrisme marginal, ses vitupérations vitalistes, sa morale flamboyante, son amertume pré-Spätromantik, fouettent l’amour classique au sang : les hommes sont de maigres roublards qui n’aiment pas, ou, s’ils aiment, c’est qu’ils se leurrent sur l’objet de leur désir.

Il nous faut regretter que la mise en scène de Jean-Louis Benoit n’ait pas grand intérêt : ce n’est pas en intervertissant deux rideaux de douche, ni en allumant deux aspirateurs, qu’il dynamiserait une pièce riche, avant ses bons mots et ses envolées fortes, en longueurs redoutables. Heureusement, le texte reste, et sa mécanique de la critique acerbe. Heureusement, d’une voix d’un bout à l’autre puissante, Philippe Torreton fait exploser tout ce petit monde laid, et il trouve en Roland Bertin (Famoussov, le père) une médiocrité à la hauteur de sa rage, et pas moins de sensiblerie creuse chez Nina Brétécher.

Nicolas Cavaillès
(avril 2007)