Théâtre
de la Criée, Marseille
10 mai - 10 juin 2007
http://www.theatre-lacriee.com
Théâtre
national de Nice
2 - 4 mai 2007
http://www.nice.fr/mairie_nice_7015.html
Théâtre
des Célestins, Lyon
12- 22 avril 2007
http://www.celestins-lyon.org
Avec
: Philippe Torreton, Roland Bertin, Jean-Paul Farré,
Ninon Brétécher, Chloé Réjon, Louis-Do
de Lencquesaing, François Cottrelle, Jean-Marc Roulot, Emilie
Lafarge, Martine Bertrand, Suzy Rambaud, Jean-Marie Frin, Louis
Merino, Catherine Herold, Jézabel d'Alexis, Véronique
Dossetto, Dominique Pacitti, Stéphane Bientz, Jacques Dupont,
Marie-Thérèse Boiton Rivoli, Monique Murawsky, Pêche,
Michel Barsby, Guy Faucher, Léon Kolasa
L’homme de trop
Tchatski (Philippe
Torreton) rentre à Moscou après trois ans d’absence
; déçu du monde (« Où sommes-nous
le mieux ? Là où nous ne sommes pas »),
il doit à son retour affronter une galerie de portraits décrépits,
la déchéance croissante de ses anciens amis et ennemis,
et, plus encore, celle de son ancien amour, Sofia (Ninon Brétécher),
qui ne l’a pas attendu, et qui se laisse aller à l’amour
pour un pleutre. Face à un riche père satisfait de
son conservatisme, face à des rivaux chacun plus faible que
l’autre, face à une société des plus
mesquines, face à une humanité radicalement décevante,
Tchatski ne retiendra pas sa colère ; en criant sa flamme,
il criera toute sa haine.
Destiné
à hanter toute la littérature russe du XIXème
siècle, de Gorki, bien sûr, à Tchekhov, Tchatski,
le héros du Malheur d’avoir de l’esprit,
est né de la plume d’Alexandre Griboïedov, contemporain
de Pouchkine, qui, mort à 36 ans, ne laissa qu’une
pièce, aussi célèbre en Russie qu’elle
a été ignorée en France. Esprit très
critique, doté d’un cœur très noble et
d’une énergie très vive, Tchatski conjugue un
humanisme convaincu à une misanthropie toute de désillusions
renouvelées ; mais son lyrisme marginal, ses vitupérations
vitalistes, sa morale flamboyante, son amertume pré-Spätromantik,
fouettent l’amour classique au sang : les hommes sont de maigres
roublards qui n’aiment pas, ou, s’ils aiment, c’est
qu’ils se leurrent sur l’objet de leur désir.
Il nous faut
regretter que la mise en scène de Jean-Louis Benoit n’ait
pas grand intérêt : ce n’est pas en intervertissant
deux rideaux de douche, ni en allumant deux aspirateurs, qu’il
dynamiserait une pièce riche, avant ses bons mots et ses
envolées fortes, en longueurs redoutables. Heureusement,
le texte reste, et sa mécanique de la critique acerbe. Heureusement,
d’une voix d’un bout à l’autre puissante,
Philippe Torreton fait exploser tout ce petit monde laid, et il
trouve en Roland Bertin (Famoussov, le père) une médiocrité
à la hauteur de sa rage, et pas moins de sensiblerie creuse
chez Nina Brétécher.
Nicolas
Cavaillès
(avril 2007)
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