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L'adieu
à l'enfance
Le rouge paprika
du titre évoque, pour la jeune protagoniste, tout un monde
qu’elle est sur le point de perdre et dont elle s’efforce
de ne rien oublier pour pouvoir à jamais le garder en elle
: celui de la Hongrie de l’été 1968. Elizabeth
et sa jeune sœur Louise passent leurs dernière vacances
dans l’univers calfeutré de la propriété
de leur père, diplomate à Budapest, contenue dans
un pays lui-même hermétique, « barricadé
derrière son " rideau de fer " », fermement
tenu en main par Moscou. Ces cocons successifs ont d’abord
quelque chose de rassurant et les deux filles, préservées
du monde extérieur par une belle-mère autoritaire
(très « soviétique » à sa façon...)
mais soucieuse de leur apporter un confort matériel (certes
agréable, mais qui ne peut en rien pallier l’absence
de chaleur humaine…), ne manquent de rien.
Elizabeth, prudente, rêve pourtant de s’échapper
un peu ; tiraillée entre des désirs nouveaux (incarnés
entre autres et très paradoxalement par sa belle-mère,
froidement impeccable, à qui elle envie son corps de femme)
et des envies encore puériles (sa jeune sœur de six
ans ne cesse de la ramener vers les jeux de l’enfance), elle
observe avec acuité les adultes qui gravitent autour d’elle,
et plus particulièrement les domestiques, que d’autres
ne pensent pas à regarder : Malika, la cuisinière,
contre laquelle elle aimerait parfois se blottir (ce qu’elle
n'ose faire par souci des « convenances »),
et Joszef, son époux, un vieil homme énigmatique mais
paisible, qui est chargé d’entretenir le jardin –
à moins qu’il ne soit payé à tout autre
chose… Quand les chars entrent dans la voisine Tchécoslovaquie,
c’est de ces deux personnages, certainement plus humains que
le père (indifférent et distant) et la belle-mère,
qu’Elizabeth se sentira le plus proche…
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Cette
belle évocation nimbée de nostalgie relate les
derniers jours d’une enfance, avant que ne s’ouvrent
les portes d’un monde inconnu des adultes : l’adieu
à la Hongrie, pays adopté, l’adieu aux
jours insouciants, et à la petite fille qu’elle
n’est plus. En l’espace de quelques semaines,
Elizabeth grandit, sent son corps se transformer, et éprouve
quelques frissons jusqu'alors inconnus ; l’écriture,
sobre mais très élégante, capte habilement
les moindres tensions qui accompagnent cette métamorphose.
Blandine
Longre
(décembre 2006)
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Blandine
Longre, agrégée d’anglais,
est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice
en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout
particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à
la littérature pour la jeunesse, au théâtre
(texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

Les
romans bleus - présentés
par Catherine Gentile
http://www.gulfstream.fr/
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