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Hadj-movie
Premier film
d’Ismaël Ferroukhi, Le grand voyage,
c’est celui de Réda (Nicolas Cazalé), lycéen
pleinement intégré à la vie française,
et de son père (Mohamed Majd), musulman très pieux
qui veut accomplir le hadj (pèlerinage de La Mecque)
avant de mourir : partis du sud de la France, dans une voiture de
fortune, père et fils vont traverser l’Italie, la Slovénie,
la Croatie, la Serbie, la Bulgarie, puis les pays islamiques, la
Turquie (avec une pause à Istanbul), le sublime désert
syrien, la Jordanie, et enfin l’Arabie Saoudite. Le problème
vient de ce que Réda, insensible à l’Islam,
n’a aucune envie d’aller à La Mecque, surtout
dans de telles conditions, de partir à l’aventure alors
qu’il doit passer son baccalauréat, et de quitter Lisa,
la jeune française qu’il aime, pour un voyage austère,
sans téléphone portable, fait de nuits dans la voiture,
de prières et de sandwichs aux œufs ; mais la volonté
du père fait loi.
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À
mesure que défilent les paysages, souvent très
beaux, au fil des rencontres (une vieille femme muette, dans
les Balkans ; un vieux briscard à la douane bulgaro-turque...),
au gré des mésaventures et des disputes dans
le huis clos de la voiture, père et fils en arrivent
à mieux se comprendre l’un l’autre (alors
qu’ils ne parlent même pas la même langue),
et à mieux tolérer chacun le mode de vie de
l’autre. La tension du fils, un peu caricaturale au
premier abord, mais tout à fait légitime, s’estompe
devant le spectacle de la foi, de la volonté à
toute épreuve de son père, qui pourra mourir
satisfait, pur, une fois son voyage accompli. |
Les voyages
forment la jeunesse ; ici, l’école de la vie prend
des airs d’école coranique. Ce road-movie
à fortes connotations religieuses suit une bonne progression,
jusqu’au final impressionnant à La Mecque (Ferroukhi
est le premier cinéaste autorisé à filmer dans
la ville sainte) ; contournant l’impasse d’un manichéisme
chéri par les médias (islam vs laïcité),
Ismaël Ferroukhi laisse traîner quelques clichés
ici et là, mais il nie l’assimilation du voyage vers
l’orient au voyage vers la pauvreté : plutôt
un voyage vers la pureté. Certaines scènes (danse
et transe, marche à contre-courant dans la foule musulmane)
permettent de manière troublante la comparaison avec le récent
film de Tony Gatlif, Exils,
qui montrait le voyage d’un jeune couple de Paris à
Alger : Le grand voyage se révèle
certes moins réussi sur le plan esthétique (malgré
plus d’un joli plan), mais plus profond, avec des personnages
plus consistants - et l’on peut saluer le jeu d’acteur
de Nicolas Cazalé, autrement plus intéressant que
l’enthousiasme un peu creux de Romain Duris dans Exils.
- Tout cela pour dire que le Prix du premier film reçu à
Venise par Ismaël Ferroukhi semble bien mérité.
Nicolas
Cavaillès
(novembre 2004)
Nicolas
Cavaillès, spécialiste de l'œuvre
de Cioran, lié à la Roumanie et à sa littérature,
poursuit, après des études de lettres et de philosophie,
des recherches autour de l'écriture, des manuscrits et de
la création artistique (critique génétique).

http://www.pyramidefilms.com/
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