La grande roue
de Christine Beigel & Magali Le Huche

Sarbacane, 2007

 

 

Fable beigelienne

La poule, le putois et l’escargot ne supportent plus le paon, qui passe son temps à les regarder de haut, à se moquer ouvertement de leurs petits défauts, à les ridiculiser, et à vouloir leur imposer ses jeux de mots minables ou bien le spectacle (à force très lassant…) de sa roue. Vantard (« Je suis la Terre entière à moi tout seul »), méchant (il rit de voir la poule se lamenter devant son œuf cassé), et éminemment narcissique (« que je m’ai-aime » claironne-t-il !), le paon leur rend la vie « irrespirable » (dixit le… putois !) et les trois amis de mettre au point un défi qui, une fois lancé et relevé, pourrait bien « faire ravaler sa fierté » à l’animal… A leur tour de harceler leur compagnon, qui l’a bien mérité.

Cette histoire animalière, qui se fonde sur le trait de caractère dominant que l’on attribue généralement au paon (son orgueil), pourrait sans mal appartenir au répertoire des fables de La Fontaine, et l’on retrouve, dans son déroulement narratif, toutes les caractéristiques du genre, en particulier l’idée qu’il faut parfois donner une bonne leçon à certains individus pour les remettre à leur juste place. Rien d’austère, cependant, dans cette suite de dialogues enlevés, d’amusantes apartés, et de joyeuses saynètes écrites par Christine Beigel (dont on se souvient de la très fantaisiste mais non moins instructive Histoire presque vraie de l’Europe, publiée par le même éditeur) ; des épisodes qui sont présentés dans des vignettes ébauchées, aux cadrages variés, donnant à l’ensemble une forte allure de bande dessinée qui incite d'emblée à la lecture. Les illustrations de Magali Le Huche (à qui l’on doit entre autres les images d’un guide de Paris joliment réalisé), qui a créé, en quelques coups de crayons, des personnages très expressifs (le putois est particulièrement réussi), sont en parfaite symbiose avec le ton de l’histoire.

La fable est donc mise au goût du jour, car malgré son caractère édifiant, elle reste amusante de bout en bout et propose une double morale, par le biais d’une chute beaucoup plus «humaine» que celles du célèbre fabuliste : la fierté est certes un vilain défaut, et il faut parfois pouvoir se venger, en sachant se montrer intraitable ou rigoriste, et ne pas accepter de se laisser faire, mais jusqu’à un certain point…

il serait en effet dommage de nourrir d’éternelles rancunes et les petites défaillances des uns et des autres ne doivent pas faire oublier l'essentiel - comme l’amitié ou la tendresse… Les enfants comprendront toutes ces choses à demi-mot, par le biais de cette petite aventure en apparence sans prétention et d’un texte sans emphase qui sonne toujours juste.

Blandine Longre
(mars 2007)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

 

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Christine Beigel cause, cause mais écrit aussi beaucoup : viennent de paraître un roman d'aventures indiennes, La course aux fantômes (éditions Syros, collection Souris noire) et Poker menteuse (aux éditions Après la lune dans l'excellente collection "La maîtresse en maillot de bain"), un récit d'enfance très enlevé.

de Christine Beigel
En voiture ! En voiture ! L’histoire presque vraie de l’Europe - ill. Catherine Meurisse - Sarbacane, 2006
Piste noire, Syros 2006
Je suis petite mais… mon arbre est grand !, ill. R. Dautremer Magnard, 2004
Ne réveillez pas le dragon ! Motus, 2005
La petite fille qui marchait sur les lignes, ill. Alain Korkos, Motus, 2004