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Fable beigelienne
La poule, le
putois et l’escargot ne supportent plus le paon, qui passe
son temps à les regarder de haut, à se moquer ouvertement
de leurs petits défauts, à les ridiculiser, et à
vouloir leur imposer ses jeux de mots minables ou bien le spectacle
(à force très lassant…) de sa roue. Vantard
(« Je suis la Terre entière à moi tout seul
»), méchant (il rit de voir la poule se lamenter
devant son œuf cassé), et éminemment narcissique
(« que je m’ai-aime » claironne-t-il
!), le paon leur rend la vie « irrespirable »
(dixit le… putois !) et les trois amis de mettre au point
un défi qui, une fois lancé et relevé, pourrait
bien « faire ravaler sa fierté » à
l’animal… A leur tour de harceler leur compagnon, qui
l’a bien mérité.
Cette histoire
animalière, qui se fonde sur le trait de caractère
dominant que l’on attribue généralement au paon
(son orgueil), pourrait sans mal appartenir au répertoire
des fables de La Fontaine, et l’on retrouve, dans son déroulement
narratif, toutes les caractéristiques du genre, en particulier
l’idée qu’il faut parfois donner une bonne leçon
à certains individus pour les remettre à leur juste
place. Rien d’austère, cependant, dans cette suite
de dialogues enlevés, d’amusantes apartés, et
de joyeuses saynètes écrites par Christine Beigel
(dont on se souvient de la très fantaisiste mais non moins
instructive Histoire presque
vraie de l’Europe, publiée par le
même éditeur) ; des épisodes qui sont présentés
dans des vignettes ébauchées, aux cadrages variés,
donnant à l’ensemble une forte allure de bande dessinée
qui incite d'emblée à la lecture. Les illustrations
de Magali Le Huche (à qui l’on doit entre autres les
images d’un guide
de Paris joliment réalisé), qui a créé,
en quelques coups de crayons, des personnages très expressifs
(le putois est particulièrement réussi), sont en parfaite
symbiose avec le ton de l’histoire.
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La
fable est donc mise au goût du jour, car malgré
son caractère édifiant, elle reste amusante
de bout en bout et propose une double morale, par le biais
d’une chute beaucoup plus «humaine» que
celles du célèbre fabuliste : la fierté
est certes un vilain défaut, et il faut parfois pouvoir
se venger, en sachant se montrer intraitable ou rigoriste,
et ne pas accepter de se laisser faire, mais jusqu’à
un certain point…
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il serait en
effet dommage de nourrir d’éternelles rancunes et les
petites défaillances des uns et des autres ne doivent pas
faire oublier l'essentiel - comme l’amitié ou la tendresse…
Les enfants comprendront toutes ces choses à demi-mot, par
le biais de cette petite aventure en apparence sans prétention
et d’un texte sans emphase qui sonne toujours juste.
Blandine
Longre
(mars 2007)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais,
est l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à
la littérature pour la jeunesse, au théâtre
(texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

http://www.editions-sarbacane.com/
http://ellecause.hautetfort.com/
Christine
Beigel cause, cause mais écrit aussi beaucoup :
viennent de paraître un roman d'aventures indiennes, La
course aux fantômes (éditions Syros,
collection Souris noire) et Poker
menteuse (aux éditions
Après
la lune dans l'excellente collection "La maîtresse
en maillot de bain"), un récit d'enfance très
enlevé.
de
Christine Beigel
En voiture ! En voiture ! L’histoire
presque vraie de l’Europe - ill. Catherine Meurisse
- Sarbacane, 2006
Piste noire, Syros 2006
Je suis petite mais…
mon arbre est grand !, ill. R. Dautremer Magnard, 2004
Ne réveillez pas le dragon
! Motus, 2005
La petite fille qui marchait sur les lignes,
ill. Alain Korkos, Motus, 2004
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