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Julien
Gracq, figure majeure mais discrète de la littérature,
accorde très peu d'interviews. Il vit et écrit
retiré, loin du battage médiatique transformant
l'écrivain en VRP de sa propre production. A Jean Carrière,
il déclare : "Il n'y a pas de raison qu'un
auteur ait à ajouter à ce qu'il publie, et qui
devrait être autosuffisant
/
Aujourd'hui,
la littérature à proprement parler n'est plus
qu'un des ingrédients -quelquefois seulement un des
condiments- qui entrent dans les composantes de la "vie
littéraire". Et vous voyez que vous-même,
en m'interviewant, vous me faites faire un pas de plus en
direction du vice
".
A ce vice,
Julien Gracq se prête néanmoins quelquefois.
Et dix ans après sa dernière publication (Carnets
du grand chemin, 1992), Entretiens rassemble
ces rares "écarts" de l'écrivain.
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Six entretiens
qui s'étalent sur une période de plus de trente ans
de 1970 à 2001. Mais là encore, l'auteur du Rivage
des Syrthes fait montre de marginalité en choisissant
des médias peu courants: une revue de géographie,
une revue de génétique, la revue Jules Verne, par
exemples. On reste loin des vitrines pailletées de PPDA ou
de Guillaume Durand.
De plus, la parole de l'écrivain s'avère toujours
précise, âpre, sans concession
L'auteur dévoile
quelques pans de son enfance, ses influences littéraires
ou non (la géographie, Jules Verne, le surréalisme,
),
quelques passions (la musique de Wagner, la promenade,
), sa
manière d'écrire, ses techniques et ses angoisses.
Ni scoop ni vulgarité, mais la présentation de divers
matériaux qui participent à l'élaboration de
l'uvre, l'influencent, l'étayent, l'insufflent
Des pistes, des bribes et des fragments seulement, car le processus
d'écriture demeure pour l'auteur lui-même une sorte
de mystère et de cheminement indicible. Ecrire c'est combler
peu à peu un vide avec pour seul point de départ un
magma confus fait d'idées, d'affects et de sentiments. En
cours de route, l'écrivain rencontre la langue elle-même,
avec son épaisseur et sa densité (sa vie propre pourrait-on
dire), qui le conduit vers des destinations imprévues.
Malgré quelques redondances entre ces six entretiens, leur
lecture est toujours passionnante. Celle-ci, bien sûr, comble
une part de notre propre vice (la curiosité), mais surtout
éclaire quelques parcelles de l'uvre et donne envie,
toutes affaires cessantes, de s'y replonger.
Jean-Emmanuel
Denave
(mai 2002)

Les
éditions José Corti
http://jose-corti.fr/
http://www.jose-corti.fr/auteursfrancais/presentation-gracq.html
http://www.republique-des-lettres.com/g/gracq.shtml
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