|
|
compagnie
Louis Brouillard, avec Saadia Bentaïeb, Agnès
Berthon, Pierre-Yves Chapalain, Marc Lador, Ruth Olaïzola,
Marie Piemontese.
Déjà
présent au théâtre Paris-Villette en 2000
avec sa trilogie Pôle, Treize étroites têtes
et Mon ami (qu'il eut la bonne idée de rejouer
au Lavoir Moderne Parisien), Joël Pommerat revient avec
une étrange création intitulée Grâce
à mes yeux.
Photo
© Agence Enguérand
|
Théâtre
Paris-Villette
211, avenue Jean Jaurès
75019 - PARIS
01 42 02 02 68
autres
dates
Guyancourt le 4 février
et Brétigny-sur-Orge les 21 et 22 mars 2003
|
L'amour
du rire
Égotique
et mythomane, l'homme le plus drôle du monde rêve de
voir son fils reprendre le flambeau du rire. Obsédé
par le costume de son père qu'il faut repriser, perturbé
par les allers et venus de quelques personnages étranges
devant sa maison et l'humour n'étant tout simplement pas
son fort, le fils désespère d'obtenir un jour la reconnaissance
paternelle et par la même occasion de fuir la maison-mère
pour devenir à son tour l'homme le plus drôle du monde...
Les fidèles
du metteur en scène investissent un terrain connu et ne s'étonneront
nullement de cette pièce singulière et en demi-teinte
mais pour le novice de ce théâtre iconoclaste Grâce
à mes yeux aurait de quoi dérouter. Metteur
en scène atypique portant un intérêt certain
pour le septième art (Il anime régulièrement
des stages AFDAS - L'acteur et la caméra.), Joël Pommerat
pratique en effet un théâtre hybride lorgnant sans
vergogne vers les arts de l'image et concentré sur l'acteur
et ses déplacements. Du moindre geste, du silence des corps,
de l'évidement des acteurs, Pommerat retire le précipité
d'un théâtre minimal et précieux, onirique et
cinématographique, toujours en cours d'écriture à
même le plateau dont il use avec parcimonie, avec respect.
Qu'il régisse les forces en présence et laisse place
à de courtes scènes au montage brut, aux coupes nettes,
à l'humour aux confins de l'absurde, le plateau constitue
toujours l'étape finale de ce théâtre alchimique
où paysages de campagnes isolées et sombres montagnes
restées vierges d'investissements humains révèlent
leurs natures : brutales et hostiles.
Les comédiens
de la Compagnie Louis Brouillard qu'il a fondée voilà
plus de dix ans récitent une dialectique théâtrale
subtile et parfois, il faut bien le dire, déconcertante.
Dans un registre proche des acteurs de Claude Régy, ils apparaissent
le plus souvent comme des ombres fugaces et fugitives, lucides et
sagaces. Mais la plus impressionnante de tous reste sans aucun doute
Ruth Olaïzola, actrice déjà remarquée
chez Claude Merlin dans Les Éblouissements de Monsieur
Maurice. Fascinante, littéralement incandescente, son
corps respire dans toute sa longueur avec aisance et sérénité
; son jeu pur et décanté irradie de chacun de ses
pores et laisse transparaître, facile, les énergies
du plateau. Elle incarne une parfaite énigme à l'image
de cet accent dont il est difficile de cerner la provenance. Alors
que la pièce dont la filiation est à chercher du côté
de chez Maurice Maeterlinck
(auteur auquel il consacra d'ailleurs un atelier) joue sur d'imperceptibles
micro-variations, sur une (fausse) léthargie, sur des éléments
comico-tragiques, les comédiens, toujours en porte à
faux, se doivent d'atteindre un état de réceptivité
extrême car il dépend d'eux et d'eux seules que la
pièce ne ploie sous un naturalisme parfois glauque. Le travail
de Pommerat est un travail d'artisan, un travail fragile qui implique
la recherche d'un équilibre précaire mais indispensable
pour ces acteurs de l'ombre.
Philippe
Beer-Gabel
(octobre 2002)

http://www.la-villette.com/decouv/tpv/
http://www.theatre-contemporain.net/auteurs/pommerat/pdgjp.htm
http://www.cdn-orleans.com/Poles.htm
|