Théâtre Paris-Villette

écrit et mise en scène
par Joël Pommerat

26 novembre - 21 décembre 2002

 

 

compagnie Louis Brouillard, avec Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Pierre-Yves Chapalain, Marc Lador, Ruth Olaïzola, Marie Piemontese.

Déjà présent au théâtre Paris-Villette en 2000 avec sa trilogie Pôle, Treize étroites têtes et Mon ami (qu'il eut la bonne idée de rejouer au Lavoir Moderne Parisien), Joël Pommerat revient avec une étrange création intitulée Grâce à mes yeux.

Photo © Agence Enguérand

Théâtre Paris-Villette
211, avenue Jean Jaurès
75019 - PARIS
01 42 02 02 68

autres dates
Guyancourt le 4 février
et Brétigny-sur-Orge les 21 et 22 mars 2003

L'amour du rire

Égotique et mythomane, l'homme le plus drôle du monde rêve de voir son fils reprendre le flambeau du rire. Obsédé par le costume de son père qu'il faut repriser, perturbé par les allers et venus de quelques personnages étranges devant sa maison et l'humour n'étant tout simplement pas son fort, le fils désespère d'obtenir un jour la reconnaissance paternelle et par la même occasion de fuir la maison-mère pour devenir à son tour l'homme le plus drôle du monde...

Les fidèles du metteur en scène investissent un terrain connu et ne s'étonneront nullement de cette pièce singulière et en demi-teinte mais pour le novice de ce théâtre iconoclaste Grâce à mes yeux aurait de quoi dérouter. Metteur en scène atypique portant un intérêt certain pour le septième art (Il anime régulièrement des stages AFDAS - L'acteur et la caméra.), Joël Pommerat pratique en effet un théâtre hybride lorgnant sans vergogne vers les arts de l'image et concentré sur l'acteur et ses déplacements. Du moindre geste, du silence des corps, de l'évidement des acteurs, Pommerat retire le précipité d'un théâtre minimal et précieux, onirique et cinématographique, toujours en cours d'écriture à même le plateau dont il use avec parcimonie, avec respect. Qu'il régisse les forces en présence et laisse place à de courtes scènes au montage brut, aux coupes nettes, à l'humour aux confins de l'absurde, le plateau constitue toujours l'étape finale de ce théâtre alchimique où paysages de campagnes isolées et sombres montagnes restées vierges d'investissements humains révèlent leurs natures : brutales et hostiles.

Les comédiens de la Compagnie Louis Brouillard qu'il a fondée voilà plus de dix ans récitent une dialectique théâtrale subtile et parfois, il faut bien le dire, déconcertante. Dans un registre proche des acteurs de Claude Régy, ils apparaissent le plus souvent comme des ombres fugaces et fugitives, lucides et sagaces. Mais la plus impressionnante de tous reste sans aucun doute Ruth Olaïzola, actrice déjà remarquée chez Claude Merlin dans Les Éblouissements de Monsieur Maurice. Fascinante, littéralement incandescente, son corps respire dans toute sa longueur avec aisance et sérénité ; son jeu pur et décanté irradie de chacun de ses pores et laisse transparaître, facile, les énergies du plateau. Elle incarne une parfaite énigme à l'image de cet accent dont il est difficile de cerner la provenance. Alors que la pièce dont la filiation est à chercher du côté de chez Maurice Maeterlinck (auteur auquel il consacra d'ailleurs un atelier) joue sur d'imperceptibles micro-variations, sur une (fausse) léthargie, sur des éléments comico-tragiques, les comédiens, toujours en porte à faux, se doivent d'atteindre un état de réceptivité extrême car il dépend d'eux et d'eux seules que la pièce ne ploie sous un naturalisme parfois glauque. Le travail de Pommerat est un travail d'artisan, un travail fragile qui implique la recherche d'un équilibre précaire mais indispensable pour ces acteurs de l'ombre.

Philippe Beer-Gabel
(octobre 2002)

http://www.la-villette.com/decouv/tpv/

http://www.theatre-contemporain.net/auteurs/pommerat/pdgjp.htm

http://www.cdn-orleans.com/Poles.htm