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De
l’introduction des Nursery rhymes dans la culture française
Ce très
joli livre accompagné d’un CD part d’une belle
idée : donner aux enfants français un accès
aux Nursery Rhymes, grand classique des comptines anglaises, en
leur en proposant une version en langue originale et en traduction
française. Se faisant face sur le livre, les deux versions
s’entrelacent dans les chants, ce qui facilite l’accès
aux paroles et à la musique. On y trouve de grands classiques
: Hickory, Dickory, dock, Ring-a-ring-a-roses, Black sheep…
la traduction de Françoise Morvan se donne assez de liberté
pour rechercher la musicalité, les rimes et le rythme tout
en gardant une certaine fantaisie. Ses choix ont de beaux effets
et l’ensemble est charmant.
Le seul problème vient de cette qualité même
: cette douceur masque les aspérités de l’original
dans lequel les airs légers cachent des traits typiques de
la littérature enfantine des Anglais, bien différente
de la nôtre. Est-ce le souci d’une adaptation au goût
français qui a justifié l’adoucissement des
traits les plus saillants de ces poèmes : inquiétude,
cruauté, absurdité ? ainsi le fameux poème
Lady bird (« Lady bird, lady bird, fly away home
: your house is on fire, your children are gone,… »)
dans la version française n’a plus rien d’inquiétant
et se rapproche des paroles suaves qui accompagnent traditionnellement
l’envol d’une coccinelle ; ou bien est-ce une certaine
idée de ce qui convient aux enfants, une certaine représentation
de l’enfance ?
Les chanteuses, dont l’écrivain Susie Morgenstern (qui
donne dans la préface un récit intéressant
de l’histoire de cette commande de l’éditeur)
interprètent les chansons avec des voix très différentes,
l’une expressive et amusée, l’autre plus conventionnelle
et douce. L’orchestration, adaptée à chacune
des comptines, tantôt très attendue dans ce genre (flûtes),
tantôt plus inventive, affiche la même volonté
de ne pas heurter tout en gardant un espace de liberté.
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Les
illustrations de Rackham faites pour le recueil original
d’où sont tirées les comptines, sont
merveilleuses, aussi bien dans le mignon que dans le grotesque
et font souvent coexister les deux dans un même dessin.
On y retrouve ainsi l’esprit même des textes.
Le format (15x21), petit et maniable sans être minuscule,
laisse assez d’espace pour une belle mise en page
des textes et un beau travail sur la couleur. Le livre comme
le CD sont deux beaux objets à l’élaboration
soignée, pour une approche à la fois culturelle
et facile, qui montre bien la difficulté de l’adaptation
de ce type de comptines, dérangeantes pour les Français.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(janvier 2008)
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Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

http://www.actes-sud-junior.fr/
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