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Platon
en robe de chambre
À sa
publication en 1857, Oblomov remporta
un énorme succès auprès d’une classe
instruite qui vit dans cet anti-héros un repoussoir du modèle
de l’homme d’action, exalté par une société
en pleine mutation. Au vu de sa biographie, l’auteur de ce
roman atypique, Gontcharov, n’est pas sans ressembler à
son personnage. Mais sa réserve et son inclinaison à
cultiver des habitudes casanières ne l’empêcheront
pas de s’embarquer pendant deux ans pour sillonner les mers
jusqu’en Extrême-Orient. Ce périple, paradoxalement
selon certains, n’attisera en rien sa vocation d’aventurier
et lui confirmera même que la devise du bonheur est : «
Pour vivre heureux, vivons couché ».
L’aquoibonisme
oblomovien (l’Oblomovtchina) atteint un tel degré qu’il
confine à la philosophie, à la sagesse suprême.
Trentenaire subsistant en rentier des modestes revenus qu’il
tire d’un lointain domaine familial, Oblomov n’aspire
qu’à une chose : la paix parfaite. Il rechigne aux
mondanités et la moindre démarche administrative ou
gestionnaire lui apparaît comme un Sinaï à gravir.
Entouré d’un personnel de maison restreint, dont la
figure la plus haute en couleur demeure le bougonnant domestique
Zakhar, Oblomov coule des jours ni heureux ni malheureux, neutres
en somme, en espérant que le réel oublie de venir
troubler cette longue somnolence qu’est sa vie.
Ce serait
sans compter sur les connaissances qui peuvent débarquer
à tout moment et saccager son douillet cocon… Ainsi,
à l’opposé d’Oblomov, nous trouvons Stolz,
un jeune Allemand de ses (rares) amis, qui n’a qu’une
idée : extraire l’impénitent horizontal de sa
torpeur et le forcer à voir du pays, à agrandir son
bien, bref, à se bouger un peu.
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Stolz
va indirectement bouleverser le destin d’Oblomov, en
mettant sur sa route la délicieuse Olga, aux charmes
de laquelle notre lymphatique succombe illico. La rédemption
est-elle au bout du chemin ? L’amour va-t-il métamorphoser
ce « Platon en robe de chambre » en hyperactif
? Vous le saurez si vous avez le courage de suivre ses tribulations
engourdies, magnifiquement rendues par la traduction limpide
et alerte qu’en fit Arthur Adamov en 1959. Rééditer
– et a fortiori lire – ce classique des lettres
russes à notre époque frénétique
et en permanence overbookée relève en tout cas
de l’acte de résistance !
Frédéric
Saenen
(avril 2007)
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Frédéric
Saenen, licencié
en philologie romane, professeur de français-langue étrangère,
auteur et poète, collabore à de nombreuses revues
de poésie ou de critique littéraire, en Belgique et
en France et participe régulièrement à des
lectures publiques. Depuis mai 2003, avec Frédéric
Dufoing, il anime Jibrile,
revue de critique littéraire et politique.

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