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Réalisme
sordide et recherche esthétique
Au XIXe siècle,
la violence, le peuple et la femme inquiètent. Un discours
sur la criminalité s’élabore. Des journaux comme
La gazette des Tribunaux, où les écrivains
puisent de nombreux exemples, développent la psychose du
crime. Le thème de la violence devient une mode littéraire.
Victor Hugo, dans Les Misérables, Eugene Sue, dans
Les mystères de Paris, Zola dans La Bête
humaine, La Terre, chacun à sa façon,
s’intéressent aux basses classes sociales et évoquent
leur penchant à la violence. Au XIXe siècle, en effet,
la violence, le peuple et la femme entrent en littérature.
L’éréthisme, l’hystérie, la névrose,
tous les détraquements de la femme intéressent les
écrivains. Les frères Goncourt, ancrés dans
leur époque, n’échappent pas à cette
mode.
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Dans
La fille Elisa, l’aîné
des deux frères, Edmond de Goncourt, nous donne à
voir Elisa, une jeune femme qui échappe de justesse
à une condamnation à mort pour purger une peine
de prison à perpétuité, après
avoir tué son amant. Le lecteur assiste à sa
lente déchéance morale et physique. La jolie
jeune femme du début devient progressivement une loque
sous l’emprise de la folie :
«Dans la Cordonnerie, Elisa commença à
descendre, peu à peu, tous les échelons de l’humanité
qui mènent insensiblement une créature intelligente
à l’animalité.» |
Se voulant non
seulement écrivain, mais aussi savant et historien, soucieux
du détail vrai, Edmond de Goncourt choisit de décrire
un milieu populaire : le monde de la prostitution, le milieu carcéral.
Il dévoile une réalité sordide, où la
misère génère le malheur et le crime. Le mauvais
exemple corrompt Elisa née naïve et pure : «
Elisa s’était faite prostituée, simplement,
naturellement, presque sans un soulèvement de la conscience
. Sa jeunesse avait eu une telle habitude de voir, dans la prostitution,
l’état le plus ordinaire de son sexe ! ».
Edmond de Goncourt dénonce les effets du milieu et même
de la lecture sur la femme du peuple. Il écrit avec beaucoup
de mépris : « Chez la femme du peuple, qui sait
tout juste lire, la lecture produit le même ravissement que
chez l’enfant. Sur ces cervelles d’ignorance, (..) sans
défense, sans émoussement, sans critique, le roman
possède une action magique.. Il s’empare de la pensée
de la liseuse devenue tout de suite niaisement, la dupe de l’absurde
fiction. ». Le peuple et la femme appartenant à
une « race » différente ne sont pas les égaux
des bourgeois et des intellectuels chez Edmond de Goncourt comme
chez de nombreux écrivains de son époque.
Le narrateur mêle avec aisance la réalité et
la recherche esthétique. Au portrait de Madame, laide et
repoussante, avec sa « graisse débordante(…)
aux coulées de chair flasque (…) aux reins avachis
», il oppose un style poétique lorsqu’il
peint des paysages et des décors, comme la description rythmée
par l’anaphore du palais de justice : « Par le jour
tombant, par le crépuscule jaune de la fin d’une journée
de décembre, par les ténèbres redoutables de
la salle des Assises entrant dans la nuit, pendant que sonnait une
heure oubliée à une horloge qu’on ne voyait
plus…. » Edmond de Goncourt fait contraster dans
ce petit ouvrage, fascinant pour les amateurs de littérature
du XIXe siècle, le réalisme sordide de la misère,
du crime, de la folie et la recherche esthétique la plus
subtile.
Annie
Forest-Abou Mansour
(janvier 2005)

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