de Carlo Goldoni

mise en scène Jean-Louis Benoit

Théâtre des Célestins, Lyon
13-23 février 2003


texte français Félicien Marceau
décor et costumes
Alain Chambon
lumière
Dominique Fortin
collaboration musicale
Jean-Claude Chapuis

avec
Jean-Claude Barbier, Ninon Brétécher, David Gouhier, Catherine Rétoré, Richard Mitou, Jean-Marie Frin, Jean-Claude Bolle-Reddat, Karen Rencurel, Stéphanie Labbé, Christine Pignet, Louis Merino, Eric Bérenger, Cécile Chèvre, Emilie Chevrier, Thierry de Monterno et Sophie Ortiz.

Théâtre des Célestins
4, rue Charles Dullin
69002 Lyon
04 72 77 40 00

La Trilogie de la villégiature occupe une place essentielle dans l'œuvre et la vie de Goldoni. Elle met en scène les petits bourgeois désargentés de Venise qui s'adonnent (par mode plus que par désir) aux migrations de la villégiature. En d'autres termes, ils imitent le pli donné par la noblesse de quitter Venise pour résider à la campagne pendant les mois d'été. Trois pièces qui s'enchaînent comme les épisodes d'un feuilleton : mêmes personnages, mêmes lieux. Croqué par le talent de Goldoni, ce déplacement tribal révèle frivolité, jalousie, mesquineries et vanités sociales. Goldoni excelle ici dans le vertige entre rire et émotion. Son humour irrésistible, sa tendresse permanente nous laisse le sentiment indéfini d'un bonheur fugace. Directeur du Théâtre de la Criée de Marseille, Jean-Louis Benoit souhaitait depuis longtemps se confronter à Goldoni. Le festival d'Avignon 2002 lui en a procuré l'occasion.

 

Le Théâtre National de Marseille « La Criée » présente, dans une mise en scène de son directeur Jean-Louis Benoît, La trilogie de la villégiature de Goldoni qui, à l’origine, avait écrit trois pièces : Les manies de la villégiature, Les aventures de la villégiature et Le retour de la villégiature, représentées pour la première fois en 1761. Félicien Marceau a traduit ces pièces et les a condensées en une seule.

On retrouve donc les mêmes personnages dont les sentiments vont évoluer au cours de la saison estivale. La première partie est une vraie comédie, avec des hommes fiévreux, affairés, enjoués, des femmes – Giacinta et Vittoria – frivoles et « chipies ». Mais il est vrai que ces petits bourgeois désargentés mettent en péril leur situation financière pour imiter les grandes familles riches. Peu à peu les choses se gâtent. Le fait de vivre ensemble, de se surveiller, de s’observer mutuellement, de n’avoir strictement rien à faire, tout cela favorise les tensions, les amours de vacances, le règne des parasites, l’insouciance des serviteurs, les médisances... Comme on pouvait s’y attendre, Giacinta, fiancée à Leonardo, tombe amoureuse de Guglielmo, aimé de Vittoria. La vieille tante Sabina attire les hommes plus par son argent que par ses charmes. Ce petit monde du XVIIIème siècle s’agite avec ses mesquineries, ses jalousies, ses hypocrisies.


© Philippe Delacroix
Une comédie amère et mélancolique où finalement tout le monde est perdant, où priment les intérêts et l’honneur, et où chacun rentre dans le rang en acceptant son malheur. La dernière scène est à cet égard frappante, se situant dans l’appartement minable et poussiéreux de Costanza, scène sur la scène. Le retour de villégiature est plutôt morose : Giacinta part pour Gênes avec un mari qu’elle n’aime pas ; Guglielmo va épouser Vittoria qu’il n’aime pas ; Sabina va épouser Ferdinando qui n’en veut qu’à sa donation ; même le valet courtise la femme de chambre pour ses quelques écus.

La mise en scène est brillante, les acteurs parfaits (bourgeois comme valets). Pour le plaisir des yeux (décors, costumes) et des mots dans un spectacle rondement et vivement mené, La trilogie est à chaque instant réjouissante, comme une superbe photo de la petite bourgeoisie italienne de l’époque, dont le ridicule fait naturellement rire. Mais ces gens-là, dans leur attitude, sont-ils si éloignés de nous ? La nature humaine a-t-elle vraiment changé ? Comme le dit Mario Baratto, « cette œuvre suscite une certaine prise de conscience chez le spectateur».

Françoise Anthonioz
(février 2003)

http://www.mairie-lyon.fr/celestins/

http://www.theatre-lacriee.com/

Les pièces de Goldoni
http://www.arche-editeur.com/Catalogue/G/goldoni2.htm

Biographie
http://www.theatre-odeon.fr/public/ressourc/biograph/goldoni.htm