A Picture Shot in the Back

réalisé par Jean-Luc Godard
scénario
Jean-Luc Godard / Norman Mailer / Herschel F. Rubin / William Shakespeare

Suisse / USA 1987, 90 minutes

sortie le 3 avril 2002


avec Woody Allen (Mr. Alien), Leos Carax (Edgar), Julie Delpy (Virginia), Jean-Luc Godard (Professeur Pluggy), Suzanne Lanza, Kate Mailer, Norman Mailer, Burgess Meredith (Don Learo), Michèle Pétin (Michèle Halberstad), Molly Ringwald (Cordelia), Peter Sellars (William Shakespear Junior)

Le King Lear de Godard va enfin trouver le chemin de la diffusion. Effectivement, après moult péripéties de production et de tournage (Norman Mailer, le scénariste censé incarner le rôle du... scénariste, ayant quitté le tournage au bout d'une journée), le public va pouvoir se rendre dans les salles de cinéma pour s'émouvoir, haïr, s'ennuyer.. devant la rencontre de deux monstres sacrés, l'un mort mais toujours présent, Shakespeare (la filmographie du Roi Lear ne compte pas moins de quinze films depuis 1909...) et l'autre toujours vivant et néanmoins statufié, Godard.
Une fois de plus, Jean-Luc Godard ne se cantonne pas à l'histoire mais profite de sa trame et la réduit en pièces, pour dénoncer la mort attendue de la culture.

Tout commence sur les terres helvétiques, l'écriture d'un scénario par un double du Roi Lear (Norman Mailer dans son propre rôle, puis Burgess Meredith), qui n'est autre que le scénariste de ce même film, avec l'aide de sa fille Cordélia (Kate Mailer, puis Molly Ringwald) fille adorée mais toujours sur la défensive face à la folie grandissante d'un père aigri et sévère. Le premier scénario est support au titre du film, mais vient s'imbriquer un deuxième récit, celui d'un descendant de Shakespeare, cinquième du nom, lui aussi en Suisse ; il est à la recherche de l'oeuvre de son aïeul, et tente de la reconstruire dans l'après-Tchernobyl. Un cheminement philosophique et littéraire au long duquel il rencontre, entre autres, des créatures dansantes fantasmagoriques qui le guideront jusqu'au professeur dément joué par Godard.

Court résumé d'un film où le foisonnement idéologique est de mise. Car somme toute, rien n'a semblé être omis : la conceptualisation de l'art cinématographique, le rapport argent/culture, qui est encore d'actualité, le salut aux amis et mentors (une nostalgie quelque peu désuète), la dramaturgie shakespearienne (même si seuls des fragments des actes I et IV ont retenu l'attention du réalisateur)... Et ce n'est pas fini ; mais ce trop-plein peut noyer le poisson et la compréhension narrative du film car beaucoup de ces sujets auraient pu donner lieu à d'autres histoires, d'autres opus. De plus, le public averti regardera dans l'obscurité et dans la même direction, mais aura peut-être le sentiment que les portes enfoncées ("la culture est morte"...) parfois à coups de bélier, ont déjà été ouvertes, par Godard lui-même dans ses oeuvres précédentes.
Mais l'odeur sulfureuse et l'attirance quasi mythique que peut susciter le réalisateur, ainsi que l'impressionnante et alléchante brochette d'acteurs, inciteront certainement à se rendre dans les salles pour voir "le dernier Godard."

R. Anglio
(avril 2002)

http://kinglear.rutgers.edu/

http://absoluteshakespeare.com/guides/king_lear/king_lear.htm

http://members.netscapeonline.co.uk/jameswtravers/nf_jlgodard.html

http://www.washingtonpost.com/wpsrv/style/longterm/movies/videos/