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Né en
Chine, introduit au Japon en l’an 735, le jeu de Go est à
la fois « esthétique, polémique et cérébral
». Rival de l’art et de la littérature,
il demande un bon entraînement et des facultés intellectuelles
avérées, et a parfois remplacé, nous dit-on,
la guerre elle-même. En tout cas, il paraît que l’attaque
de Pearl Harbor et l’occupation du Pacifique par les Japonais
relèvent de ce jeu. Duel mené à coups de pièces
noires et blanches sur une sorte de damier (le Go Ban), le Go pourrait
faire penser aux Dames ou aux Echecs ; non, nous disent les auteurs,
c’est un jeu beaucoup plus subtil, consistant non pas à
détruire les adversaires, mais à occuper le plus de
terrain possible avec le minimum de pièces (ou pierres).
Evidemment,
ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans le détail
des règles, du déroulement d’une partie, des
tactiques possibles. Il suffit de renvoyer au livre lui-même,
dont on pourrait croire à première vue que, pour un
non initié, la lecture est ardue. Eh bien il n’en est
rien... Ce « petit traité », réédition
d’un ouvrage paru en 1969, est bien une « invitation
à la découverte » : il se lit facilement,
à condition qu’on se laisse entraîner peu à
peu, en toute innocence, dans « l’art subtil du Go »,
et qu’on ne prétende pas à cette lecture seule
devenir un expert ou un champion. En quatre chapitres, « Célébrations
» (sorte d’historique facultatif mais plus qu’intéressant),
« La règle » (où commencent les choses
sérieuses), « Le jeu ; tactiques et stratégies
élémentaires » (où l’élémentaire
commence à être affaire de spécialistes), «Saturation»
(où s’esquissent des comparaisons et considérations
périphériques), Pierre Lusson, Georges Perec
et Jacques Roubaud font pénétrer
le jeu de Go dans nos esprits bornés par les échecs
et dans un pays (la France) où il ne connaît pas le
succès mérité. Et même si l’on
n’entre pas dans tous les détails, on a l’impression
de comprendre, et même, parfois, de devenir intelligent...
Evidemment encore,
l’ouvrage n’est pas exempt de cet esprit oulipien qui
guide les auteurs, dans leur perspective à la fois sérieuse
et récréative. Aux définitions, aux éléments
de tactique, au traitement des problèmes stratégiques,
aux conseils décisifs se mêlent des intermèdes
narratifs, des jeux verbaux, des imitations (un beau pastiche de
Kipling), des allusions littéraires etc. Voilà qui
contribue grandement au plaisir que nous éprouvons à
lire ce livre, quel que soit notre passé, notre présent
et notre avenir dans la pratique du jeu de Go. Et si celui-ci rivalise
avec la littérature, n’hésitons pas à
affirmer que ledit livre est autant une œuvre littéraire
qu’un « petit traité ».
Jean-Pierre
Longre
(Juillet 2003)
Jean-Pierre
Longre,
enseignant en littérature du XXème siècle à
l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse
sur Raymond Queneau,
de divers ouvrages ou articles sur des écrivains contemporains
et sur la comparaison des langages littéraire et musical.
Il a participé à l'édition des romans de Queneau
dans la "Pléiade", et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

Chine,
du côté des livres
Christian
Bourgois Editeur
http://www.christianbourgois-editeur.fr/som.htm
http://perso.wanadoo.fr/jb.guinot/pages/home.html
http://www.remue.net/cont/perec.html
http://perso.wanadoo.fr/francois.mizessyn/Accueil/Accueil.htm
voir
aussi : La joueuse de go de Shan
Sa
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