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Le futur proche
Dans le «
Meilleur des Mondes » où vit Anna, quelque part en
Angleterre, il y a deux sortes de gens, les Légaux, qui ont
un nom et un prénom, et les Surplus. Anna est un Surplus,
elle n'a qu'un prénom parce qu'elle n'aurait dû ni
naître ni exister, comme les cinq cents pensionnaires de Grange
Hall, l'institution triste et grise où elle vit depuis qu'elle
a été trouvée à deux ans et demi.
Dans le « Meilleur des Mondes » où vit Anna,
on a inventé la Longévité, un remède
contre la vieillesse, les maladies, les handicaps, grâce au
Renouvellement, le traitement qui permet d'obtenir des cellules
neuves et de régénérer l'organisme. Conséquence
de la Longévité : les gens ne meurent plus et la planète
est vite surpeuplée. La Déclaration, adoptée
en 2065, limite les naissances à un seul enfant par famille
tout d'abord, puis quelques années plus tard, toutes les
naissances sont interdites. Si les parents passent outre, ils doivent
s'affranchir de la Longévité, donc redevenir mortels
pour gagner le droit d'avoir un enfant : « Une vie pour
une autre », assène la Déclaration ! Certains
se rebellent contre cette loi implacable et mettent malgré
tout des enfants au monde. Lorsqu'ils sont traqués et retrouvés
par les Brigades des Surplus, redoutables Rabatteurs, les parents
sont emprisonnés et les enfants conduits dans des pensionnats
deviennent des Surplus ou sont parfois même « éradiqués
».
Tel est le «
Meilleur des Mondes » d'Anna. Lorsqu'on fait sa connaissance
par le biais de son Journal intime, elle va avoir quinze ans, elle
est une jeune fille travailleuse, obéissante, reconnaissante,
et n'éprouve aucune haine, aucune rancune, aucun sentiment
de révolte. Elle sait qu'elle est un Surplus, elle considère
que ses parents, dont elle n'a aucun souvenir, sont des criminels,
elle pense qu'elle a beaucoup de chance d'avoir été
éduquée, elle respecte la Déclaration et elle
sait que si elle s'applique toujours davantage, elle pourra ensuite
servir les Légaux jusqu'à la fin de sa vie. Puisque
les Surplus sont mortels et éduqués, dressés
pour devenir les serviteurs des Légaux.
Anna est donc un Bon Elément, elle supporte la vie très
rude instaurée par la directrice de Grange Hall, Margaret
Pincent, la nourriture rationnée, les bains à l'eau
froide, les journées de cours et de corvées interminables,
les punitions ... Elle sait Où-Est-Sa-Place et ne se plaint
jamais. La seule règle qu’elle n’ait jamais enfreinte
dans sa jeune vie est de posséder un joli Carnet sur lequel
elle écrit en cachette, le soir, dans la salle de bains du
dortoir.
Tel est le résultat de l'endoctrinement que les Autorités
font subir aux Surplus dans ce monde.
Le grain de sable arrive avec Peter, qui débarque à
Grange Hall dans des circonstances étranges. Il détonne
chez les Surplus, il pense différemment, il se rebelle, il
se rapproche d'Anna, lui expliquant qu'il connaît ses parents,
que son nom est Anna Covey et qu'il est venu la chercher pour la
soustraire à sa vie d'esclave.
Anna ne comprend pas, résiste tout d'abord. Tout ce sur quoi
sa vie est fondée risque de s'écrouler si elle écoute
Peter, qui l'attire et qui l'irrite. Mais le doute s'insinue peu
à peu en elle et creuse les premières fissures dans
son endoctrinement. Et si Peter avait raison ? Si la vie, la vraie,
où il y aurait des couleurs, des sentiments, des champs où
courir, existait vraiment, ailleurs ?
On lit ce roman
avec énormément d'intérêt et de plaisir.
Le parcours d'Anna, raconté alternativement dans son journal
et dans un récit plus distancié à la troisième
personne, est passionnant, tant l'héroïne est touchante
dans sa manière de s'arrimer aux « valeurs »
qu'on lui a inculquées toute sa vie, puis dans la prise de
conscience progressive de ce que pourrait être une gigantesque
manipulation. Elle est passionnée, entière, ne faisant
pas les choses à moitié. Malgré sa vie d'esclave,
elle est pleine de vitalité et de ressources. Et quand, enfin,
elle fait d'autres choix, aidée en cela par l'amour qu'elle
éprouve pour Peter alors qu'elle ne le sait pas encore, elle
va jusqu'au bout et assume pleinement ses décisions.
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Et
puis le monde qui est raconté ici nous amène
à réfléchir sur les choix draconiens
qu'une société peut être amenée
à prendre au nom d'un « meilleur » collectif,
en utilisant les outils classiques que sont l'endoctrinement,
la manipulation, la terreur, la mort. Le récit se déroule
dans un futur assez proche, mais traite de sujets qui agitent
déjà nos sociétés, dont on peut
mesurer certaines conséquences : contrôle draconien
des naissances, débats autour du clonage de cellules,
vieillissement de la population... Le roman possède
beaucoup d'atouts, permettant à la fois de s'attacher
véritablement aux deux adolescents, Anna et Peter,
et de réfléchir sur des questions de société
qui vont devenir de toute façon très cruciales. |
Catherine
Gentile
(octobre 2007)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature
de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant
plus de quinze ans.

http://www.naive.fr/style_livres.htm
http://books.guardian.co.uk/top10s/top10/0,,2158312,00.html
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