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Tout,
ce livre dit tout (ou presque)
Ce livre est
un petit roman tout à fait étonnant et passionnant,
merveilleusement écrit, qui mêle sérieux et
fantaisie, histoire de sorcière et mythe biblique, combat
pour les droits des femmes et des enfants, réflexions sur
le fanatisme religieux, sur le pouvoir de la fiction et de la poésie,
sur l’imagination et le vrai courage (il y est question de
résistance, de communistes dénoncés aussi :
l’Histoire est elle aussi présente comme la fantaisie)…
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Le
héros, Thomas, neuf ans, vit aux Pays-Bas, peu après
la deuxième guerre mondiale. Dans un premier temps,
on peut penser que sa vie est parfaite : son père joue
du violon, sa mère chante, sa sœur Margot est
un peu niaise, une vraie fille. Et d’emblée un
problème est posé : «de quoi parlent
les livres ? » « de Dieu »,
dit le père, « d’amour »,
dit la sœur, « de Dieu et d’amour »,
dit la mère. Et celle-ci, comme sa fille, est sommée
de ne pas dire de bêtises par le père. Celui-ci
lit la Bible, l’Ancien Testament, tous les soirs à
sa famille et est violent et intolérant ; l’histoire
commence avec les premiers coups, donnés d’abord
au fils (parce qu’il a remplacé, on ne saura
pas si c’est sciemment, « pauvres pêcheurs
» en « pauvres pleureurs », pas
sans raison, dans sa prière), puis contre la mère.
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L’imagination
de Thomas (ou ses visions) lui fait reproduire dans leur maison
le récit des plaies d’Egypte que son père lit
dans les soirées suivantes, pour punir celui qui lui apparaît
comme le « Pharaon ». Ceux qui connaissent l’histoire
frémiront, en se souvenant que la dernière de ces
plaies est la mort du fils premier-né de toutes les familles,
à commencer par celui de Pharaon, autant dire que Thomas
programme sa propre mort, après avoir constaté celle
de Dieu qui ne l’aide pas. Et l’on passe tout près
d’une conclusion extrêmement noire.
Mais la fantaisie et la douceur gagnent, on ne dira pas comment
: à chaque lecteur de se laisser entraîner par l’imagination
et les rêves de Thomas, qui a avec Jésus (c’est-à-dire
avec la présence de la croyance ancienne en lui, on le comprend
progressivement) des conversations à la fois déchirantes
et drôles. On se laisse porter par la fantaisie de sa rencontre
avec la sorcière de sa rue, sa découverte grâce
à elle des pouvoirs de la musique et de la littérature
: Emile et les détectives, Sans famille et la poésie
fantaisiste d’Annie M. G. Schmidt lui donnent des conseils
pour résoudre ses problèmes, déclarer son amour
à la fille qu’il aime, vaincre ses peurs et son père,
découvrir sa sœur.
C’est une histoire tragique et drôle, pleine d’invention
et de poésie, qui, on l’aura deviné, pose et
fera poser de nombreuses questions, sur la religion, le fanatisme,
la violence conjugale et paternelle, la place de la culture et de
l’Histoire dans la société et les pouvoirs de
l’imaginaire. Effectivement, ce livre dit tout, sans tabou.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(septembre 2007)
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

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