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Livre-métamorphose
Un
voyage inouï dans l’Inde éternelle : voilà
ce que nous propose Githa Hariharan à travers le voyage intérieur
d’une jeune indienne brahmane, Devi. Le devenir de la jeune
femme est entraîné dans un va-et-vient : d’un
côté, l’Occident des Etats-Unis, pays où
elle a été envoyée faire ses études
et expérimenter une vie très différente de
celle qu’elle avait menée et qu’elle mènera
dans son pays natal ; de l’autre côté, l’Orient
de son Inde ô combien maternelle et féminine, qui se
dévoile sur plusieurs plans dans le texte, suivant le fil
conducteur de la découverte de soi en tant que monde.
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L’Inde
que Devi porte en son cœur rejaillit sans crier gare
à un moment décisif de sa vie, lorsqu’elle
est tiraillée entre deux désirs qui s’excluent
: épouser Dan en Amérique ou bien rentrer définitivement
dans sa famille. La réalité de la vie indienne
se révèle comme un parfum subtil qui s’introduit
subrepticement à travers des images et des contes.
Un univers à multiples facettes est en train d’apparaître
: l’Inde des mythes et des rites racontés par
la grand-mère de Devi ; l’Inde-mère, l’Inde
de la mère de Devi et de la force de la tradition ;
l’Inde vue de l’extérieur par une femme
indienne douloureusement détachée de la réalité
de ce pays dans lequel elle choisit pourtant de vivre. |
La
voix féminine qui parle de l’Inde nous dévoile
avec une sensibilité prenante des réalités
sociales profondément ancrées dans la tradition ancienne.
On a tout de même le sentiment que ces réalités
nous échappent car la séduction de l’Inde opère,
et on se laisse envoûter par les couleurs, les parfums, les
sons et les sensations à fleur de peau. On se perd dans un
labyrinthe discursif, où les récits s’entremêlent
pour n’en faire qu’un : la vie de Devi. L’Inde
dont elle parle est l’Inde des récits et des mythes,
de la parole enchanteresse et constructrice d’une identité
sensible à laquelle elle ne saurait échapper.
Les
Mille Visages de la nuit est une histoire de femmes
qui met en scène un monde de femmes où les générations
sont encore liées par la tradition, où la déesse-mère
est omniprésente. Pourtant, la place de la femme dans la
société indienne se devine à travers le discours
qui alterne le récit et le mode de la confession, car ce
livre n’est pas un témoignage de société.
Le regard que Devi pose sur elle-même, sur sa famille, sur
la société indienne, son mode de fonctionnement et
ses tabous reste un regard d’exil : un exil involontaire et
d’autant plus douloureux et désarmant.
Githa Hariharan nous offre un livre aux mille visages, à
l’écriture fraîche et sensuelle : livre-itinéraire
racontant l’évolution d’une féminité
en train d’éclore au moment du passage entre deux mondes
; livre de passage, livre-flottement, livre-confession, enfin livre-métamorphose
de la femme, indienne et universelle.
Corina
Veleanu
(juillet 2006)

du même
auteur
En temps de siège
traduit de l'anglais (Inde) par Marie-Odile Probst, collection Ecrits
d'ailleurs, Ed. Zoé 2006
http://www.githahariharan.com
http://www.editions-picquier.fr/
http://www.editionszoe.ch/
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