un film de Im Sang-Soo
(Corée, 1998, 1h41)

Diffusé pour la première fois à Lyon en novembre 1999 (Cinéma Opéra, festival Asiexpo), ce long-métrage coréen, tout premier film du réalisateur Im Sang-Soo, met en scène trois jeunes femmes vivant à Séoul. En dépit de leurs visions différentes des hommes, de l'amour, de la sexualité et du mariage, elles sont amies : un trio cocasse et attachant, mais confronté à la société coréenne, toujours sous le joug de traditions ancestrales dépassées et souvent hypocrites.
La première des trois, serveuse dans un restaurant, un peu timorée, aspire à la stabilité du mariage, mais son amant ne l'entend pas ainsi. Sa naïveté et sa frigidité semblent l'empêcher de construire une relation durable avec un homme. Aux antipodes, la deuxième jeune femme est totalement libérée (corps et esprit) et financièrement indépendante : couchant avec qui bon lui semble, parfois par amour, d'autres fois par "générosité", elle profite de la vie et rejette toute idée de mariage, en dépit des fréquents rendez-vous avec de charmants jeunes hommes de bonne famille, arrangés par sa mère. La dernière est la plus touchante ; vierge mais néanmoins d'une maturité sexuelle surprenante, elle s'adonne joyeusement à l'onanisme, mais aimerait pourtant en apprendre davantage tout en conservant son indépendance.

A travers la vie de ces trois femmes, le cinéaste porte un regard critique sur la société coréenne (le manque de liberté, les traditions familiales, la loi sur l'adultère etc). Cependant, ce film ne se contente pas d'être une chronique sociale réaliste et amère. Le thème principal en est bien la féminité sous toutes ses formes et les difficultés de communication hommes / femmes , et les désirs de ces femmes, assouvis ou non, sont universels. L'ensemble se développe autour de séquences intimistes qui dévoilent (au sens propre comme au sens figuré) les relations des personnages. Les scènes d'amour et de sexe sont d'une poésie et d'une pudeur peu communes, et dans le même temps, les lumières crues et certaines insistances sur des détails osés témoignent par moments de la tristesse du sexe sans amour.

Le cinéaste réussit un subtil cocktail des registres en amenant régulièrement une touche de comédie que l'on retrouve dans les dialogues, excellents, et de nombreuses situations cocasses, sans jamais céder à la vulgarité, sans s'appesantir, même lorsque les conversations sont ouvertement sexuelles et sans tabous (on pense ici au film canadien Le déclin de l'Empire américain). On sourit beaucoup, on rit parfois, face à ce film qui transcende les cultures et les moeurs.

B.Longre

le cinéma coréen (sites très complets)

http://myhome.shinbiro.com/~darcypaq/koreafilm.html

http://www.cinekorea.com/main.html