Diffusé
pour la première fois à Lyon en novembre 1999 (Cinéma
Opéra, festival Asiexpo), ce
long-métrage coréen, tout premier film du réalisateur
Im Sang-Soo, met en scène trois jeunes femmes vivant à
Séoul. En dépit de leurs visions différentes
des hommes, de l'amour, de la sexualité et du mariage, elles
sont amies : un trio cocasse et attachant, mais confronté à
la société coréenne, toujours sous le joug de
traditions ancestrales dépassées et souvent hypocrites.
La première des trois, serveuse dans un restaurant, un peu
timorée, aspire à la stabilité du mariage, mais
son amant ne l'entend pas ainsi. Sa naïveté et sa frigidité
semblent l'empêcher de construire une relation durable avec
un homme. Aux antipodes, la deuxième jeune femme est totalement
libérée (corps et esprit) et financièrement indépendante
: couchant avec qui bon lui semble, parfois par amour, d'autres fois
par "générosité", elle profite de la
vie et rejette toute idée de mariage, en dépit des fréquents
rendez-vous avec de charmants jeunes hommes de bonne famille, arrangés
par sa mère. La dernière est la plus touchante ; vierge
mais néanmoins d'une maturité sexuelle surprenante,
elle s'adonne joyeusement à l'onanisme, mais aimerait pourtant
en apprendre davantage tout en conservant son indépendance.
A travers la vie de ces trois femmes, le cinéaste porte un
regard critique sur la société coréenne (le manque
de liberté, les traditions familiales, la loi sur l'adultère
etc). Cependant, ce film ne se contente pas d'être une chronique
sociale réaliste et amère. Le thème principal
en est bien la féminité sous toutes ses formes et les
difficultés de communication hommes / femmes , et les désirs
de ces femmes, assouvis ou non, sont universels. L'ensemble se développe
autour de séquences intimistes qui dévoilent (au sens
propre comme au sens figuré) les relations des personnages.
Les scènes d'amour et de sexe sont d'une poésie et d'une
pudeur peu communes, et dans le même temps, les lumières
crues et certaines insistances sur des détails osés
témoignent par moments de la tristesse du sexe sans amour.
Le
cinéaste réussit un subtil cocktail des registres
en amenant régulièrement une touche de comédie
que l'on retrouve dans les dialogues, excellents, et de nombreuses
situations cocasses, sans jamais céder à la vulgarité,
sans s'appesantir, même lorsque les conversations sont ouvertement
sexuelles et sans tabous (on pense ici au film canadien Le déclin
de l'Empire américain). On sourit beaucoup, on rit parfois,
face à ce film qui transcende les cultures et les moeurs.
B.Longre

le
cinéma coréen (sites très complets)
http://myhome.shinbiro.com/~darcypaq/koreafilm.html
http://www.cinekorea.com/main.html
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