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"La
relation est directe entre le statut de la femme dans un pays et
la manière dont les chercheurs y conçoivent leurs
travaux sur ces questions. (...) Pourquoi l’œuvre si
importante, quelles que soient les critiques qu’on peut lui
faire, de Marija Gimbutas, la spécialiste
universellement connue et citée de la Déesse-Mère
(...), n’est-elle pas traduite en français ?"
David Haziot (nov. 2004)
Le
monde perdu de la déesse
La parution
de cet ouvrage érudit, jusqu’alors ignoré du
public français, est un événement éditorial
qui mérite d’être souligné. Les travaux
de Marija Gimbutas (1924-1991), éminente archéologue
américaine d’origine lituanienne, ont certes soulevé
nombre de controverses parmi les chercheurs, tout en encourageant
certains mouvements sectaires (pseudo païens) ou des courants
extrémistes du féminisme nord atlantique à
propager des visions le plus souvent fantasmatiques de la déesse-mère.
La préface éclairante de Jean Guilaine étouffe
toute tentation polémique en admettant que certaines thèses
avancées par l’archéologue doivent être
nuancées, mais il rend aussi hommage au travail colossal
de classification puis de formulation d’hypothèses,
ainsi qu’au décloisonnement disciplinaire qui préside
à l’ensemble. Marija Gimbutas a en effet jeté
des ponts entre différents champs d’investigation,
en mêlant à sa quête archéologie, symbolisme,
ethnologie et mythologie. Une quête méthodique et organisée,
qui n’a rien d’une rêverie, et qui passe par la
recension d’environ deux mille œuvres ou objets préhistoriques,
du paléolithique au néolithique (entre 7000 et 3500
avant notre ère), et par une approche comparative très
instructive, faisant apparaître, au fil des chapitres, nombre
d’analogies et de points de convergence entre des formes et
des motifs picturaux, figuratifs ou géométriques,
pourtant glanés sur des objets (usuels ou cultuels) retrouvés
en divers lieux (Anatolie, Espagne, Hongrie, Pologne, France, Grande-Bretagne
ou Moyen-Orient…).
A travers l’étude de ces ornements (animaux anthropomorphes,
lignes, enroulements, zigzags, chevrons…) Marija Gimbutas
avance l’idée qu’ils ne furent pas placés
là comme de simples décorations et qu’ils répondaient
à des fonctions précises ; ils sont les signifiants
d’un langage à décrypter (« un alphabet
métaphysique ») dont il faut retrouver les signifiés
pour entendre ce qu’ils ont à nous dire d’un
culte en osmose avec la nature, commun à de nombreux peuples,
géographiquement étendu : celui de la déesse-mère
et de ses avatars, mère nourricière, autofertile,
source de vie, de mort et de régénération,
capable d’autogestation. Un culte qui supposerait une autre
forme d’organisation (matrilinéaire, voire gynécocratique)
de sociétés « égalitaires » - plus
tard (à partir du IVe siècle avant notre ère)
écrasées par les invasions de tribus indo-européennes
puis par les cultes tyranniques et les panthéons patriarcaux
qui se sont succédé, de la mythologie grecque au christianisme,
et qui ont tenté d’effacer toute trace des croyances
anciennes.
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Belle
utopie passéiste et imaginaire ? Ou bien nostalgie
pour un monde perdu, ancré dans une authentique réalité
historique, et qu’il nous reste à retrouver ?
L’existence d’une société ancienne
matriarcale est contestée, souvent très âprement,
il faut le dire, et quand bien même le culte d’une
déesse-mère serait attesté, cela ne signifierait
pas pour autant que les femmes auraient dominé cette
société, même si elles en étaient
la force initiale, car créatrices de vie.
Il reste qu’en lisant cet ouvrage encyclopédique,
de belle facture (qui ne devrait pas rebuter les néophytes),
on a envie d’adhérer à la thèse
pluridisciplinaire de l’archéologue, qui transcende
les frontières et les époques. Ses conclusions
sont souvent très convaincantes, car précédées
de classifications rigoureuses, de descriptions précisionnistes
et d’interprétations qui font sens : une démarche
assurément scientifique et rationnelle qu’il
semble difficile de rejeter en bloc. |
Blandine
Longre
(février 2006)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

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Page
thématique : féminin
/ masculin ?
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