Exposition
Fondation Cartier Bresson

Alberto Giacometti, Henri Cartier-Bresson,
Une communauté de regards
jusqu'au 26 mars 2005

 

Fondation Cartier Bresson
2, impasse Lebouis
75014 Paris

01 56 80 27 00

Du mercredi au dimanche 13h00 - 18h30
Le samedi 11h00 - 18h45
Nocturne : mercredi jusqu’à 20h30
Fermé lundi, mardi et jours fériés

en coproduction avec le Kunsthaus


Les beaux esprits se rencontrent

A Martine

« Nous jouons avec des choses qui disparaissent, et, quand elles ont disparu, il est impossible de les faire revivre » : ainsi s’exprimait le photographe Henri Cartier-Bresson (1908-2004), tandis que son ami Alberto Giacometti (1901-1966) voyait dans toute œuvre d’art une tentative de « posséder quelque chose qui fuit constamment ». Forte de telles citations fraternelles, la Fondation HCB invite à retrouver dans les œuvres des deux artistes d’autres échos de cette silencieuse « communauté de regards ».
Arsilah, Maroc, 1933
© Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos

Dessins, sculptures, et photographies ici exposés sont rapprochés par thèmes (l’ère surréaliste, l’homme et l’espace, les portraits et Paris), et surtout par des affinités formelles incontestables, assises parfois, dans le cas des portraits ou de l’Homme traversant une place, précisément sur les mêmes objets d’inspiration. Ce sont les mêmes lignes pures, les mêmes ombres fines, qui habitent le monde en noir et blanc de ces frères de vision ; la même grisaille derrière les lunettes rondes et rationnelles de Sartre (dessiné par Giacometti ou photographié par Cartier-Bresson), le même désert autour des hommes qui marchent, la même fragilité dans le saut « Derrière la gare Saint-Lazare » et chez l’Homme qui chavire.


1932 FRANCE
Derrière la gare Saint-Lazare
© Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos

Mais si, à confronter des œuvres qui ont à l’évidence puisé aux mêmes sources, on pousse indirectement le spectateur à en voir les différences, alors, à l’éclat des photographies de l’un s’opposent la maigreur, la subtilité et l’effilement des sculptures de l’autre, enfermées tantôt dans une boîte, tantôt dans le musée. « Qui se ressemble s’assemble », certes, et Cartier-Bresson comme Giacometti (comme tout le monde, de fait) ont vécu dans un monde de fugacité, un monde éphémère dont leur art a voulu figer un instant, un mouvement ; il demeure qu’au gré de ce beau parcours dans leur carrière respective, par-delà les plaisantes résonances d’un autre temps et d’une autre société qu’ils fréquentèrent ensemble, on ressent comment bien souvent aussi « les contraires s’attirent ».
Cette même perception d’un monde voué au mouvement, Cartier-Bresson lui offre un espace doucement poétique, tandis que Giacometti lui sacrifie tout pour en restituer l’essence décharnée, assurément tragique. « Je suis un homme du jour, confiait le photographe, c’était un homme de la nuit » ; mais le monde tourne jour et nuit.

Nicolas Cavaillès
(janvier 2005)

Nicolas Cavaillès, spécialiste de l'œuvre de Cioran, lié à la Roumanie et à sa littérature, poursuit, après des études de lettres et de philosophie, des recherches autour de l'écriture, des manuscrits et de la création artistique (critique génétique).

www.henricartierbresson.org