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Fahrenheit
451 pour les images
L’univers
décrit par Guillaume Guéraud ressemble à une
inversion de celui que l’on trouve dans le célèbre
roman de Bradbury, Fahrenheit 451 : ici,
ce ne sont plus les livres qui sont traqués, mais les images,
toutes les images. Elles sont soupçonnées d’asservir
les esprits, de fausser les jugements, de faire l’apologie
de la violence et d’être l’opium du peuple. On
les brûle. Au contraire, la littérature est au centre
de la culture (on parle un peu du théâtre, mais pas
autant qu’on l’aurait pu) : les rues portent des noms
d’écrivains, la faculté des lettres est l’objet
de toutes les attentions…
Monde idyllique ? non : tout cela a été accompli à
travers une répression sauvage menée contre les cinéphiles,
les artistes, les amateurs de porno, les sentimentaux attachés
à leur passé... Plusieurs scènes décrivant
des massacres montrent la brutalité de la Brigade de l’oeil
qui lutte contre ceux-ci et l’acharnement des défenseurs
d’images. L’impératrice Harmony veille sur tout,
et l’on apprend qu’elle est même l’auteur
des livres du philosophe qui dicte sa conduite à toute la
société. Tout cela rappelle les pires moments des
régimes totalitaires, notamment celui de Ceausescu, mais
fait écho à d’autres récits comme 1984,
qui montrent comment on peut guider par la propagande
et la police de la pensée toute une société.
Lorsque l’histoire commence, le « mal » est quasiment
éradiqué et l’on suit un lycéen réfractaire,
Kao, qui entre en contact avec les derniers résistants, et
un capitaine de la Brigade. L’alternance des points de vues
donne à ce récit une épaisseur humaine intéressante
(chacun a ses raisons et doute parfois). Tout cela se finit très
mal, mais entre-temps on aura vu l’importance des images,
leur force, leur capacité à témoigner de l’Histoire
(belle évocation de Nuit et brouillard) et on aura
pu lire un bel hommage à toute l’histoire du cinéma
(Les Temps modernes de Chaplin joue un rôle de premier
plan).
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Ce
texte est provocateur, tant il prend le contre-pied de toutes
les condamnations habituelles du monde des images dans lequel
nous vivons et fait le procès de la lamentation sur
la perte d’influence de la littérature mais il
fera consensus (ou du moins un certain consensus) sur un point
: la télévision seule est condamnée par
tous.
Le suspens est très bien mené, les personnages
intéressants, l’univers futuriste est très
proche du nôtre et convaincant et tout cela est combiné
avec la question de la place des images poussée jusqu’à
son paradoxe.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(novembre 2007)
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Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

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