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Musée
des Beaux-Arts de Lyon
20 place des Terreaux 69001 Lyon
04 72 10 17 40
Géricault
Audace, violence et compassion
Mort à
32 ans, Théodore Géricault (1791-1824), illustre auteur
du Radeau de la Méduse, laisse une œuvre sombre
et mystérieuse, dont l’exceptionnelle exposition, riche
d’inédits, d’esquisses et de tableaux de maître,
montée par Bruno Chenique et par Sylvie Ramond, révèle
l’essence belle et complexe : audace et compassion, dans une
vigoureuse visée politique.
Tour à
tour opposant à l’Empire comme à Louis XVIII,
Géricault, tel est le parti pris convaincant adopté
au Musée des Beaux-Arts de Lyon, est un peintre d’histoire,
digne représentant du premier romantisme de Chateaubriand
ou de Mme de Staël, fortement politisé. Guerriers blessés
et malheureux soldats isolés dénoncent l’enfer
boueux de la guerre napoléonienne et ses dramatiques retombées
sur l’individu lambda ; scènes de rue, misère
populaire (La Pauvre Famille), et autres faits divers dressent
le tableau d’une société ensanglantée,
endeuillée, naufragée sur un maigre radeau dans les
ténèbres, avec dans la ligne de mire de ce pinceau
qui évoque Goya, la peine de mort, la traite des Noirs, la
diabolisation des fous (magnifique série des Monomanes),
ou même l’éducation – tant le regard inquiet
des enfants Dedreux, dans une nature sauvage et sous un ciel s’obscurcissant,
se tourne vers le spectateur, vers l’adulte, comme vers une
redoutable menace.
Artiste républicain
ennemi de l’exclusion, artiste libertaire sans frein (Trio
érotique), artiste romantique sensible à la mélancolie
individuelle comme à l’avenir pitch-black
de la société industrielle, portraitiste attentionné
d’un peuple pauvre et fatigué, Géricault montre
des cadavres méprisés, des peaux tannées, des
tristesses perdues, dans une entière indépendance
vis-à-vis des canons de l’époque comme des tabous
qui divisent les consciences, avec une intensité perceptible
dès les premières esquisses de cette œuvre aux
multiples visages, embrassant la vie humaine dans son ensemble pour
en exprimer toutes les souffrances silencieuses.
Nicolas
Cavaillès
(avril
2006)

http://www.mairie-lyon.fr
http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Theodore_Gericault
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