Exposition


au Musée des Beaux-Arts de Lyon
jusqu'au 31 juillet 2006

 

Musée des Beaux-Arts de Lyon
20 place des Terreaux 69001 Lyon
04 72 10 17 40

 

Géricault
Audace, violence et compassion

Mort à 32 ans, Théodore Géricault (1791-1824), illustre auteur du Radeau de la Méduse, laisse une œuvre sombre et mystérieuse, dont l’exceptionnelle exposition, riche d’inédits, d’esquisses et de tableaux de maître, montée par Bruno Chenique et par Sylvie Ramond, révèle l’essence belle et complexe : audace et compassion, dans une vigoureuse visée politique.

Tour à tour opposant à l’Empire comme à Louis XVIII, Géricault, tel est le parti pris convaincant adopté au Musée des Beaux-Arts de Lyon, est un peintre d’histoire, digne représentant du premier romantisme de Chateaubriand ou de Mme de Staël, fortement politisé. Guerriers blessés et malheureux soldats isolés dénoncent l’enfer boueux de la guerre napoléonienne et ses dramatiques retombées sur l’individu lambda ; scènes de rue, misère populaire (La Pauvre Famille), et autres faits divers dressent le tableau d’une société ensanglantée, endeuillée, naufragée sur un maigre radeau dans les ténèbres, avec dans la ligne de mire de ce pinceau qui évoque Goya, la peine de mort, la traite des Noirs, la diabolisation des fous (magnifique série des Monomanes), ou même l’éducation – tant le regard inquiet des enfants Dedreux, dans une nature sauvage et sous un ciel s’obscurcissant, se tourne vers le spectateur, vers l’adulte, comme vers une redoutable menace.

Artiste républicain ennemi de l’exclusion, artiste libertaire sans frein (Trio érotique), artiste romantique sensible à la mélancolie individuelle comme à l’avenir pitch-black de la société industrielle, portraitiste attentionné d’un peuple pauvre et fatigué, Géricault montre des cadavres méprisés, des peaux tannées, des tristesses perdues, dans une entière indépendance vis-à-vis des canons de l’époque comme des tabous qui divisent les consciences, avec une intensité perceptible dès les premières esquisses de cette œuvre aux multiples visages, embrassant la vie humaine dans son ensemble pour en exprimer toutes les souffrances silencieuses.

Nicolas Cavaillès
(avril 2006)

http://www.mairie-lyon.fr

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