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Gentleman saxophoniste
Ce qu’il
y a de bien avec Alain Gerber, c’est que son érudition
jazzistique est hautement compatible avec sa verve littéraire.
Les romans dernièrement publiés (Louie
en 2002, Chet
en 2003, Charlie
et Lady Day
en 2005), au même titre que les nombreux livres qui les précèdent,
le prouvent suffisamment. Alain Gerber est, par-dessus tout, un
écrivain.
Paul
Desmond et le côté féminin du monde
est qualifié de « récit », non de roman.
Certes, le côté documentaire tient une place non négligeable
dans ces 350 pages : Paul Breitenfeld – de son vrai nom –
fut avant tout « le saxophoniste désincarné
du quartette de Dave Brubeck », qui a joué un
rôle prépondérant dans le « Brubeck Time
», qui a côtoyé directement ou indirectement
les grands (et les moins grands) de son époque, les Miles
Davis, Connie Kay, Jim Hall, Chet Baker, Charles Mingus… ;
qui a inventé avec le succès que l’on sait le
fameux Take Five… Et l’auteur, en éminent connaisseur,
ne manque pas, à l’occasion, de rappeler tel ou tel
détail oublié de l’histoire musicale, d’émettre
telle ou telle considération sur le jazz, cet art collectif
qui a « toujours été une entreprise de pillage
mutuel et réciproque », et à propos duquel
Paul Desmond paraissait manquer d’assurance : sa «
sonorité extravagante » lui semblait truquée,
instable, jamais acquise.
Et voilà
que le document se fait littérature, cette littérature
qui a toujours hanté Paul, sans qu’il puisse satisfaire
ses velléités en ce domaine, cette littérature
qui aurait pu être sa « porte de sortie »
s’il n’avait pas cherché dans les mots qu’un
refuge, mais aussi un matériau artistique. Des refuges ?
Il a tenté d’en trouver d’autres, dans l’alcool,
dans les souvenirs, dans la solitude et la misanthropie, ou plutôt
dans la compagnie de soi-même et de quelques personnes, dans
la compagnie « des femmes en particulier – ces femmes,
dit-il, dont je pourrais tomber amoureux très vite et me
détacher plus vite encore ».
Paul Desmond
ne fut pas seulement un saxophoniste génial et renommé
; il fut un homme au long répertoire mais à la vie
trop brève, un homme qui s’aimait peu mais qui aimait
les femmes et dont l’existence tout entière chanta
ce « côté féminin du monde »
auquel Alain Gerber, en mettant à sa manière la musique
en mots, montre qu’il n’est pas non plus indifférent.
Jean-Pierre
Longre
(novembre 2006)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de revues, il a participé à la publication des romans
de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique,
peinture) et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie et Belgique
en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau
en scènes (Presses Universitaires de Limoges,
2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

http://www.fayard.fr/
Du
même auteur
Miles Fayard, 2007
Lady Day, histoire d’amours Fayard,
2005
Charlie Fayard, 2005
Chet Chronique
Les petites chaises de Myrtiosa, Chronique
Le jazz est un roman (CD) : chronique
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