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On dirait que
le dernier roman d'Alain Gerber serait d'une lecture agréable
et vagabonde, plus linéaire que certains de ses romans précédents.
Maurice Truchot, apprenti-comédien rêveur poussé
sur les planches par une mère passionnément cinéphile,
devient un théâtreux médiocre et aboulique ;
au fil de tournées provinciales et sans éclat, il
se laisse aller à l'illusion-vraie de l'amour partagé
avec Valentine, son ex-condisciple, puis rencontre son ancien maître,
surnommé « Mon Petit Vieux », un Jouvet de banlieue apparemment
aussi médiocre que ses élèves, mais transcendé
par la vie-illusion et par sa propre parole.
En avançant,
on dirait que le dernier roman d'Alain Gerber ne serait pas aussi
simple qu'il en aurait l'air. Un peu comme Loin de Rueil
de Queneau est le roman du cinéma
(Maurice Truchot et Jacques l'Aumône ont de jolis traits communs),
On dirait qu'on serait… est le roman du théâtre
(théâtre de la vie, théâtre du monde,
théâtre tout court) ; c'est une magistrale illustration
de l'expression à double entente « Interpréter le
rôle de sa vie », que Valentine rappelle au bon moment. Valentine,
maîtresse du jeu et des hommes, et dont la vie d'éternelle
comédienne nous laisse comprendre que les trois protagonistes,
Maurice, « Jouvet » et elle, jouent leur vie, dans tous les sens
du terme, comme nous tous peut-être bien.
Pas si simple,
On dirait qu'on serait…, et d'une élaboration
savante : du théâtre dans le roman (par le sujet, mais
aussi par la composition et la forme des dialogues) ; un soupçon
autobiographique dans l'évocation de Belfort, un peu de chronique
de voyage dans le parcours européen du couple d'amants, en
toile de fond historique le rappel de situations politiques, des
envolées épiques à l'évocation des barricades
de Mai 68, le tout servi par la verve et la musicalité que
connaissent bien les lecteurs d'Alain Gerber – et voilà le
genre romanesque qui échappe aux frontières, et qui,
installant la confusion entre vie et rêve, proclame aussi
la confusion des genres.
Au-delà
de la pluralité des registres, au-delà de la polyphonie
structurelle, tous degrés de lecture confondus, On
dirait qu'on serait… rejoint, dans son propos et sa tonalité,
ce qui semble être l'un des leitmotive, l'une des préoccupations
majeures des fictions d'Alain Gerber : même si ce qu'on a
coutume de nommer « ordre universel » est plutôt un désordre
inquiétant, l'homme, entre illusion et réalité,
entre comédie et vie, dans son entre-deux-êtres en
quête de vérité, est digne de confiance et d'amour.
J.P.
Longre
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème siècle
à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une
thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

Du
même auteur :
Chet
(Fayard, 2003) chronique
Les petites chaises de Myrtiosa, Chronique
Le jazz est un roman (CD) : chronique
Le
roman français
http://www.france.diplomatie.fr/culture/france/biblio/folio/roman/schm3.html
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