Year of wonders, A novel of the Plague
(Fourth Estate, 2001)

1666
parution chez 10/18, décembre 2004

 

Annus Mirabilis à Eyam

Au printemps 1666, la grande peste déferle sur Londres. Dans les campagnes reculées, on ne se doute encore de rien et Anna Frith, une jeune veuve qui travaille comme servante au presbytère, ne soupçonne pas que dans sa propre maison, un morceau d'étoffe venu de la capitale recèle les germes mortels de la peste bubonique. Lorsque le village est frappé, le pasteur, Monsieur Mompellion, propose à la petite communauté un terrible sacrifice, pour le bien des autres : fermer le village au monde extérieur afin d'éviter que la maladie, dont l'origine est encore inconnue et contre laquelle aucun remède n'existe (les médecins sont les premiers à s'enfuir en cas de peste...), ne se propage vers d'autres villages.
Tant bien que mal, les villageois se plient aux décisions de leur pasteur mais ce dernier ne peut empêcher les dérives, en particulier liées au fanatisme religieux de certains qui voient dans la maladie la manifestation d'une vengeance divine ou l'oeuvre de sorcières.

Bien que scrupuleusement documenté (l'auteure donne pour cadre à son histoire le célèbre village d'Eyam, dans le Derbyshire, que l'on peut encore visiter aujourd'hui), l'ouvrage n'est pas toujours historiquement fidèle ; mais ce roman possède de nombreuses qualités, ne serait-ce que celle de nous maintenir en suspens, d'un bout à l'autre de la narration ; un récit qui repose entièrement sur Anna. On connaît l'ouvrage de Daniel Defoe, Journal of the plague year (1722), qui plonge le lecteur dans l'horreur des chiffres et des détails liés aux morts quotidiennes ; il y a un peu de cela dans le journal d'Anna Frith : les cadavres si nombreux qu'on ne peut les enterrer chrétiennement, les descriptions des symptômes et des souffrances (en particulier ceux de ses propres enfants) qui maintiennent une atmosphère oppressante.
Mais contrairement aux descriptions terre-à-terre de Defoe, la vision d'Anna ne manque jamais ni de poésie bucolique ni d'humanisme (soit, peut-être anachronique). L'auteure laisse aussi le romanesque l'emporter par instants, tout en analysant chaque sentiment ou la moindre pensée d'une jeune femme courageuse et modeste, en combat contre la folie puritaine ou l'obscurantisme qui s'emparent de ses voisins, en se plongeant, avec Elinor, la femme du pasteur, dans la lecture d'ouvrages médicinaux et dans la récolte de plantes vertueuses qui pourront alléger les maux des villageois (Anna elle-même cède aux doux rêves que procure le pavot...).
Le titre de ce roman est emprunté à John Dryden, poète anglais du XVIIe siècle : "Annus Mirabilis" (1666), l' "Année des miracles, des prodiges" ; et tout comme le long poème épique de Dryden, le roman contient lui aussi sa part d'héroïsme et de bravoure, en la personne d'Anna Frith, une narratrice peu commune, dont l'existence imprévisible donne au dénouement de ce roman une ampleur toute particulière, loin des clichés de la littérature romanesque.

Blandine Longre
(août 2001)

L'auteur
http://www.randomhouse.com/boldtype/0398/brooks/
http://www.nytimes.com/books/first/b/brooks-foreign.html

Le roman
http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/articles/A57096-2001Aug10.html

L'Editeur
http://www.4thestate.co.uk/

http://www.4thestate.co.uk/soon.asp?intBookID=425&Month=7

La peste
http://www.pasteur.fr/actu/presse/documentation/peste.html
http://www.liv.ac.uk/~evansjon/humanities/history/
http://www.cdc.gov/ncidod/dvbid/plague/index.htm

Le village d'Eyam
http://www.cressbrook.co.uk/eyam
et son musée...
http://www.cressbrook.co.uk/eyam/museum/index.htm