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Annus
Mirabilis à Eyam
Au printemps
1666, la grande peste déferle sur Londres. Dans les campagnes
reculées, on ne se doute encore de rien et Anna Frith, une
jeune veuve qui travaille comme servante au presbytère, ne
soupçonne pas que dans sa propre maison, un morceau d'étoffe
venu de la capitale recèle les germes mortels de la peste
bubonique. Lorsque le village est frappé, le pasteur, Monsieur
Mompellion, propose à la petite communauté un terrible
sacrifice, pour le bien des autres : fermer le village au monde
extérieur afin d'éviter que la maladie, dont l'origine
est encore inconnue et contre laquelle aucun remède n'existe
(les médecins sont les premiers à s'enfuir en cas
de peste...), ne se propage vers d'autres villages.
Tant bien que mal, les villageois se plient aux décisions
de leur pasteur mais ce dernier ne peut empêcher les dérives,
en particulier liées au fanatisme religieux de certains qui
voient dans la maladie la manifestation d'une vengeance divine ou
l'oeuvre de sorcières.
Bien que scrupuleusement
documenté (l'auteure donne pour cadre à son histoire
le célèbre village d'Eyam, dans le Derbyshire, que
l'on peut encore visiter aujourd'hui), l'ouvrage n'est pas toujours
historiquement fidèle ; mais ce roman possède de nombreuses
qualités, ne serait-ce que celle de nous maintenir en suspens,
d'un bout à l'autre de la narration ; un récit qui
repose entièrement sur Anna. On connaît l'ouvrage de
Daniel Defoe, Journal of the plague year (1722),
qui plonge le lecteur dans l'horreur des chiffres et des détails
liés aux morts quotidiennes ; il y a un peu de cela dans
le journal d'Anna Frith : les cadavres si nombreux qu'on ne peut
les enterrer chrétiennement, les descriptions des symptômes
et des souffrances (en particulier ceux de ses propres enfants)
qui maintiennent une atmosphère oppressante.
Mais contrairement aux descriptions terre-à-terre de Defoe,
la vision d'Anna ne manque jamais ni de poésie bucolique
ni d'humanisme (soit, peut-être anachronique). L'auteure laisse
aussi le romanesque l'emporter par instants, tout en analysant chaque
sentiment ou la moindre pensée d'une jeune femme courageuse
et modeste, en combat contre la folie puritaine ou l'obscurantisme
qui s'emparent de ses voisins, en se plongeant, avec Elinor, la
femme du pasteur, dans la lecture d'ouvrages médicinaux et
dans la récolte de plantes vertueuses qui pourront alléger
les maux des villageois (Anna elle-même cède aux doux
rêves que procure le pavot...).
Le titre de ce roman est emprunté à John Dryden, poète
anglais du XVIIe siècle : "Annus Mirabilis"
(1666), l' "Année des miracles, des prodiges" ;
et tout comme le long poème épique de Dryden, le roman
contient lui aussi sa part d'héroïsme et de bravoure,
en la personne d'Anna Frith, une narratrice peu commune, dont l'existence
imprévisible donne au dénouement de ce roman une ampleur
toute particulière, loin des clichés de la littérature
romanesque.
Blandine
Longre
(août 2001)

L'auteur
http://www.randomhouse.com/boldtype/0398/brooks/
http://www.nytimes.com/books/first/b/brooks-foreign.html
Le
roman
http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/articles/A57096-2001Aug10.html
L'Editeur
http://www.4thestate.co.uk/
http://www.4thestate.co.uk/soon.asp?intBookID=425&Month=7
La
peste
http://www.pasteur.fr/actu/presse/documentation/peste.html
http://www.liv.ac.uk/~evansjon/humanities/history/
http://www.cdc.gov/ncidod/dvbid/plague/index.htm
Le
village d'Eyam
http://www.cressbrook.co.uk/eyam
et son musée...
http://www.cressbrook.co.uk/eyam/museum/index.htm
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