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Quatre nouvelles, ou plutôt quatre bouffonneries subversives
composent ce recueil, où l'auteur a pris le parti de
molester sauvagement, mais toujours avec dérision, non
seulement le monde littéraire mais la société
toute entière.
Le ridicule dont il accable le fameux "larbin", garçon
de café de son état, dans Le larbin de Verlaine
va de pair avec l'acharnement qu'il met
à dépouiller de tout prestige (humain et littéraire),
le "pauvre Lélian" (comprenez Paul Verlaine,
en anagramme) en pleine déchéance, qui passe son
temps dans Le Bar du Panthéon et paye ses consommations
"vers sur table"... Un maigre échantillon de
la langue intarissable de l'auteur, qui se déploie comme
un immense terrain de jeu langagier, truffée d'expressions
argotiques, de jeux de mots multiples et d'une intertextualité
inventive et réjouissante. |
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L'auteur s'acharne
ainsi sur diverses catégories de personnes, mais semble décidément
en vouloir aux écrivains, s'attaquant aux auteurs de romans
policiers dans Crème de crimes, la chronique
lucide et drolatique des sordides exploits d'un collectionneur...
d'organes ; un aliéné à la logique si implacable
que l'on est bien forcé d'admettre que ses raisons ne sont
peut-être pas si mauvaises que cela : en prélevant
les organes de ses semblables, ce "poète"
du corps prétend vouloir "retrouver l'unité
de l'homme à travers la multiplicité de ses organes",
une tâche prestigieuse qui lui permet, dans le même
temps, de sonder l'âme humaine par l'étude de son enveloppe
matérielle... On admire la truculence rageuse et le langage
cru et coloré de ce collectionneur qui en veut au monde entier
: le Comité d'Ethique ? "cette assemblée bouffonne
de paralytiques cérébraux" ; les romanciers
? "que de la tripe molle"; les mères de
famille ? "des objets redoutables" ; les policiers
? les "anthropopithèques de la Préfecture"...
et ainsi de suite. L'autre nouvelle qui joue sur le registre de
l'humour noir s'intitule Un par an, où le président
d'une assemblée bien particulière, composée
d'hommes aux visages cagoulés, tient un long discours sur
la beauté de la tâche qu'ils se sont assignée
: "une oeuvre inédite", "la beauté
désintéressée du crime dans sa version organisée
rationalisée, voire tatillonne, la seule digne de retenir
l'attention des amateurs de romans policiers" ; et afin
de sacrifier l'un des leurs, ils se sont réunis dans un lieu
inquiétant ; un endroit que Dutillon ne tarde pas à
retrouver dans Dutillon et son auteur, alors qu'il
explore les méandres de l'ordinateur de l'écrivain,
où ce dernier conserve ce que son imagination a enfanté.
Dutillon pense ainsi échapper à "l'imbécile"
qui l'a inventé ("des écrivains comme ça,
c'est de la publicité pour l'illettrisme"...) et
qui a osé l'affubler d'un nom aussi grotesque ! Un personnage
qui fuit son créateur, qui revendique une liberté
interdite, l'auteur peut-il permettre cela ? Sans dévoiler
qui aura le dernier mot, l'on peut tout de même fortement
conseiller la lecture de ce recueil qui mêle avec un radicalisme
bienvenu humour noir et dérision pamphlétaire, et
qui proclame, en des temps où certains s'interdisent souvent
de dire ce qu'ils pensent, un irrespect salvateur.
B.
Longre
(février 2002)

Les éditions
José Corti
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