Gênes 01
Fausto Paravidino

Mise en scène de Victor Gauthier-Martin
Théâtre de la Colline
du 10 novembre au 6 décembre 2007

Le texte a paru à L'Arche Editeur
traduit de l’italien par Philippe Di Meo

 

 

27 novembre 2007, à l'issue de la représentation - Soirée Le Monde Diplomatique
Débat avec Victor Gauthier-Martin, Dominique Vidal, journaliste au Monde diplomatique et responsable de ses éditions internationales, Pierre Musso, professeur à l’université Rennes-II, auteur de Berlusconi, le nouveau prince, éditions de l’Aube, 2004 et Aurélie Trouvé, co-présidente de l’association alter mondialiste ATTAC. Entrée libre dans la limite des places disponibles.


Dans la gueule du loup

Gênes 01 : voilà six ans déjà que les faits ont eu lieu, mais l’effroyablement violente répression policière du cortège de 300 000 manifestants altermondialistes, largement pacifistes, venus affirmer leur contestation lors d’un sommet du G8, aura marquer les esprits. Œuvre de commande, Gênes 01 permet au jeune dramaturge gênois Fausto Parvidino de reconstituer, jour après jour, ces événements dramatiques à lourde symbolique politico-sociale, dans un texte-reportage attentif à ne pas sombrer dans les vieux clichés du genre, ici mis en scène avec inventivité par Victor Gauthier-Martin.

Huit hommes riches et puissants ; 300 000 manifestants ; toute une humanité en jeu. Au pouvoir planétaire doit s’opposer un contre-pouvoir planétaire, tel est la grande avancée réalisée, non sans fracas, par le mouvement altermondialiste, nébuleuse plurielle ici résumée sous le qualificatif de « désobéissants ». Pédagogique, sinon simpliste par endroits, mais globalement probante, la pièce présente les principaux acteurs du drame à venir, Gênes 01, avant d’en dérouler une chronique, bonne reconstitution, aux allures de procès ici et là, et dans une unité de ton un peu regrettable – mais ce point de vue unique reste assurément le plus fiable, comparé à celui, médiatico-occulte, des politiciens, écœurant au possible, aussi hypocrite qu’est chaleureuse la voix des jeunes « désobéissants ».

Attaché au point de vue italien, la pièce insiste sur l’organisation trouble du cortège : elle présente les simples manifestants, mais aussi les mystérieux casseurs, et surtout les pièges scandaleux tendus par la police et les carabinieri, sous l’égide sarcastique d’un Berlusconi prêt à tout pour faire « bonne impression » devant ses collègues maîtres du monde. Président ami de la police (encore un), en décalage avec les autorités locales, plus raisonnables, Berlusconi fournit à ses chiens de garde des jeunes à tabasser, autorise les exactions, encourage à la violence les crapules brutales et inconscientes qui devraient œuvrer à la sécurité du peuple. Il y a finalement, évidemment, un mort, un petit gars sans histoire, qui reçut une balle en pleine tête, avant de se faire rouler deux fois dessus par un fourgon de carabinieri.

Mais Fausto Paravidino refuse de théâtraliser le tout : au nom d’un respect du réel, il tient à la dimension documentaire, ne veut pas dramatiser, ni iconiser les individus – précaution intelligente, au gré de la banalisation qu’entraîne fatalement la distanciation artistique, mais un peu vaine, notamment dans cette mise en scène-ci, qui, ludique, volontiers parodique, et placée sous le signe énergique du « faites-le vous-même », accentue par ailleurs la tonalité monocorde, et emprunte au genre documentaire (qui envahit déjà nos grands écrans) ses effets d’images, et ses outils musicaux, rythmiques et tonaux, répartis entre un musicien, bassiste grave, et plusieurs ordinateurs (qui ont déjà envahi nos scènes de concert). Servi par une troupe toute sympathique, le tout est donc moderne, frais, un tantinet naïf, mais particulièrement dynamique, pertinent sur le fond, non dépourvu d’humour, et vecteur, in fine, d’une vive émotion, très sensible sur scène.

Nicolas Cavaillès
(novembre 2007)

www.colline.fr

http://www.theatre-contemporain.net/biographies/Fausto-Paravidino/