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Ça
devait arriver… Madame a craqué…
Elle, qui pourtant
vivait (semble-t-il) paisiblement dans son petit pavillon, entourée
d’un époux attentionné et de leurs deux enfants.
Soudain, « elle a peur de tout » et voit des
loups partout : ses voisins, les passants, le facteur, sa propre
famille… tous se sont métamorphosés en bêtes
sauvages, dangereuses, qu’il faut empêcher d’investir
son territoire. Au grenier, elle trouve une vieille carabine et
un uniforme (des souvenirs de famille ?) et entreprend de patrouiller
son jardin, d’arrêter les meutes ennemies, de construire
une plateforme de guet, bref, de protéger son « empire
»…
La situation, qui va se délitant, est présentée
sous le mode humoristique, les illustrations montrant une grosse
dame un peu ridicule qui s’active et se démène,
courant d’un bout à l’autre de son jardin, du
portail au mirador, assaillie par des hallucinations visuelles et
des adversaires somme toute peu agressifs. Car très vite,
le lecteur comprend que Madame divague, qu’elle est la seule
à voir les autres comme des loups, qu’elle a perdu
la tête, à tel point qu’elle n’hésite
pas à tirer sur sa famille (heureusement, la carabine n’avait
pas servi depuis longtemps)… Ceci confère alors une
certaine gravité au récit, qui n’en perd pourtant
pas moins sa loufoquerie. Le thème de la démence est
ainsi traité avec une certaine légèreté,
ce qui n’empêche pas l’auteur de décrire
en détail cette crise paranoïaque, les couleurs des
illustrations se réduisant alors au trio rouge-noir-blanc,
le décor se faisant à nouveau bariolé quand
la folie s’évapore.
On n’aura pas d’explications sur les raisons de cette
crise inopinée de phobie aiguë – à moins
de la mettre sur le compte d’un trop-plein de frustrations
face à la routine d’une vie bien réglée,
calme et sans surprises, ou d’une certaine solitude que l’une
des premières illustrations semble évoquer (la mère
de famille, femme au foyer, seule dans la grande maison tandis que
les autres membres de la famille sont partis vaquer à leurs
occupations, vers une vie bien remplie)…
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En
même temps, peu importent les causes, l’auteur laisse
le lecteur libre de les imaginer, insistant davantage sur les
conséquences de cette névrose, sur l’oppression
grandissante qu’éprouve le personnage (habilement
rendue par les illustrations), sur son délire et sa soudaine
violence. La guérison qui suit est certes improbable
dans la vie réelle (du moins en aussi peu de temps),
mais ce dénouement (une belle fête qui réunit
tout le voisinage) désamorce la dureté du propos
et rassurera les jeunes lecteurs, sans pour autant décevoir
leurs horizons d’attente. |
Blandine
Longre
(décembre 2007)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique
littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

On apprend avec
plaisir que l'ex maison d'édition Belem (une aventure débutée
en 2003, qui avait dû s'interrompre il y a quelques mois)
renaît de ses cendres et devient BELIZE ("la route
vers la mer" en langue maya...). On se souviendra de plusieurs
publications, dont les deux ouvrages de Nouchka Cauwet,
entre art et documentaire, qui relataient pour l’un la
naissance de l’écriture, et pour l’autre
celle des mathématiques, sans oublier
les titres de la collection Carré d’Art dirigée
par Sophie Comte-Surcin et les romans de la collection Prémices,
placée sous la direction éditoriale d’Héliane
Bernard (co-fondatrice de la revue et des albums Dada, de la Revue
9 de Cœur, puis des étonnants albums Tatou chez Michalon,
toujours avec Alexandre Faure ). Bref, les éditions Belem
sont mortes (même si les livres existent toujours), vive les
éditions Belize, qui proposent déjà 3 titres,
dont deux albums très amusants (collection dirigée
par Francesco Pittau) : Ça devait arriver
de Gaëtan Dorémus et Il était une
chaise de Bruno Heitz. En novembre, a paru un troisième
opus signé Nouchka Cauwet, Parler le monde La
naissance d’une langue, illustré par
Sylvie Serprix, dont nous parlerons prochainement.
www.editions-belize.com
Littérature
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