Terre délicieuse, Gauguin à Tahiti
carnet à colorier
Esperluète éditions, 2003

 

Les toiles tahitiennes de Paul Gauguin, peintre des Mers du Sud, sont célèbres, exposées dans de nombreux musées du monde entier. L'exotisme apparent de ces oeuvres a inspiré à leur tour deux autres peintres, Anne Leloup et Olivier Morel, qui nous offrent un parcours en noir et blanc à travers cet univers unique.
Gauguin fut un grand voyageur et ce penchant se reflète dans le format de cet ouvrage, qui se présente comme un carnet de croquis élaborés lors d'un voyage... Et les deux artistes, tout en proposant des dessins qui se complètent harmonieusement en épousant la thématique avec exactitude, se distinguent l'un de l'autre à chaque page : dessins plus ombrés chez Olivier Morel, des contours moins définis, et des dessins souvent géométriques, plus limpides, qu'adoucissent quelques courbes chez Anne Leloup.

Ce n'est pas du Gauguin, mais l'esprit est là, dans chaque scène, dans les personnages, les fruits, les paysages ou les animaux. Des instantanés, capturés avec talent, des détails tirés de quelques toiles puis réinventés, réinterprétés : à la façon d'études aux traits maîtrisés, ponctuées de quelques citations extraites d'un récit autobiographique, Noa Noa (du nom indigène de Tahiti, qui signifie "pays parfumé"), commencé en 1891 par Gauguin, lors de son premier voyage et publié en 1897, comme un livre de souvenirs ; des impressions captées çà et là et qui sont parfaitement à leur place ici, complétant les fragments picturaux proposés.

Des créations que chacun (petit ou grand) aura plaisir à colorier ou à peindre, comme pour s'approprier quelques pans de ces ambiances ensoleillées, verdoyantes, lascives ou poussiéreuses. L'ouvrage peut aussi se transformer en un livre jeu, quand on s'amuse à retrouver à quelles toiles appartiennent ces éclats fragmentaires. Dans une silhouette, on reconnaît un pastel datant de 1892, intitulée Paroles du diable (Eve) ; ailleurs, dans un nu couché sur le ventre, L'esprit des morts veille (Mango tupapau), une huile sur toile de la même année ; parfois, c'est un détail lointain, comme ce cavalier, à l'arrière plan de Femme boudeuse ou le silence (Te Faaturuma, 1891), ou encore ce régime de bananes au premier plan de Je vous salue Marie (la Orana Maria, 1891) et ces deux femmes portant sur leur tête un immense plateau de fruits dans Jour de Dieu (Mahana no Atua,1894). Plus loin, c'est un infime rappel, dans la courbe d'une branche, la forme d'une figure, ou un motif floral.
Terre délicieuse est un bel hommage et une reconstruction aussi, une réinterprétation personnelle empreinte de poésie et de nostalgie, qui donne ses lettres de noblesse au carnet de voyage et bien entendu au coloriage...

B. Longre
(avril 2004)



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