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Les toiles tahitiennes
de Paul Gauguin, peintre des Mers du Sud, sont célèbres,
exposées dans de nombreux musées du monde entier.
L'exotisme apparent de ces oeuvres a inspiré à leur
tour deux autres peintres, Anne Leloup et
Olivier Morel, qui nous offrent un parcours en noir et
blanc à travers cet univers unique.
Gauguin fut un grand voyageur et ce penchant se reflète dans
le format de cet ouvrage, qui se présente comme un carnet
de croquis élaborés lors d'un voyage... Et les deux
artistes, tout en proposant des dessins qui se complètent
harmonieusement en épousant la thématique avec exactitude,
se distinguent l'un de l'autre à chaque page : dessins plus
ombrés chez Olivier Morel, des contours moins définis,
et des dessins souvent géométriques, plus limpides,
qu'adoucissent quelques courbes chez Anne Leloup.
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Ce
n'est pas du Gauguin, mais l'esprit est là, dans chaque
scène, dans les personnages, les fruits, les paysages
ou les animaux. Des instantanés, capturés avec
talent, des détails tirés de quelques toiles puis
réinventés, réinterprétés
: à la façon d'études aux traits maîtrisés,
ponctuées de quelques citations extraites d'un récit
autobiographique, Noa Noa (du nom
indigène de Tahiti, qui signifie "pays parfumé"),
commencé en 1891 par Gauguin, lors de son premier voyage
et publié en 1897, comme un livre de souvenirs ; des
impressions captées çà et là et
qui sont parfaitement à leur place ici, complétant
les fragments picturaux proposés. |
Des créations
que chacun (petit ou grand) aura plaisir à colorier ou à
peindre, comme pour s'approprier quelques pans de ces ambiances
ensoleillées, verdoyantes, lascives ou poussiéreuses.
L'ouvrage peut aussi se transformer en un livre jeu, quand on s'amuse
à retrouver à quelles toiles appartiennent ces éclats
fragmentaires. Dans une silhouette, on reconnaît un pastel
datant de 1892, intitulée Paroles du diable (Eve)
; ailleurs, dans un nu couché sur le ventre, L'esprit
des morts veille (Mango tupapau), une huile sur toile de la
même année ; parfois, c'est un détail lointain,
comme ce cavalier, à l'arrière plan de Femme boudeuse
ou le silence (Te Faaturuma, 1891), ou encore ce régime
de bananes au premier plan de Je vous salue Marie (la
Orana Maria, 1891) et ces deux femmes portant sur leur tête
un immense plateau de fruits dans Jour de Dieu (Mahana
no Atua,1894). Plus loin, c'est un infime rappel, dans la courbe
d'une branche, la forme d'une figure, ou un motif floral.
Terre délicieuse est un bel hommage
et une reconstruction aussi, une réinterprétation
personnelle empreinte de poésie et de nostalgie, qui donne
ses lettres de noblesse au carnet de voyage et bien entendu au coloriage...
B.
Longre
(avril
2004)

http://www.esperluete.org
Voir
aussi une présentation d'Esperluète
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