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Père
contre fils
ou l'éternelle querelle des anciens et des modernes...
Le titre même
de cette pièce, empreint de poésie, fait directement
référence au conflit qui se joue tout au long du dialogue
entre un père et son fils, et pas n'importe qui : un Christophe
Colomb vieillissant, au crépuscule de sa vie de découvreur,
et le jeune Hernando, entre enfance et âge adulte, qui déjà
appartient à un autre siècle, celui des lumières,
l’ère de la raison et d'une pensée innovante.
Cela fait plusieurs mois que tous deux, accompagnés de leur
équipage, ont échoué sur une plage jamaïcaine,
attendant des secours qui ne viennent pas. Le désoeuvrement
de Colomb (dont c'est le quatrième et dernier voyage) et
de son fils est l'occasion pour eux d'échanger et de se découvrir,
le père racontant quelques souvenirs de ses précédents
voyages, revenant sur l'origine de sa passion maritime, tandis que
Hernando s’efforce d'amener son père à penser
différemment et à quitter ses rêves et ses illusions
: « Le chef des Arawaks prétend qu'il y a un autre
océan derrière ces terres. », lui explique-t-il
prudemment, alors que Colomb s'obstine à croire que le passage
vers les Indes est tout proche, se fiant uniquement à ses
sens et à ses lectures, des rumeurs anciennes : «
il est là, quelque part. Il y a toujours un passage. Voilà
ce que l'on retiendra de moi, je serais celui qui a trouvé
ce passage. » Et pourtant, Colomb n'est pas totalement
fermé à la raison : par son courage, il a refusé
de croire aux fables et aux histoires de monstres marins ou de sirènes
colportées au fil des siècles ( « les cauchemars
de ceux qui n'osent pas ») en partant en mer plusieurs
fois ; un rationalisme qui contredit en partie son entêtement
à croire que les Indes sont tout près (une idée
qui tient ainsi davantage du rêve que de la raison).
Dans le même temps, son fils a pu se lier aux Indiens Arawaks,
vivant quotidiennement à leur contact, apprenant ainsi beaucoup
sur la nature humaine et sur les relations entre les différents
peuples de la terre ; lui aussi, en dépit de son éducation
et de sa culture, est un rêveur, et va même jusqu'à
proposer à son père de fonder une ville nouvelle dans
ces lieux : « une ville différente où il
n'y aurait ni Roi, ni Cour, ni Hidalgos. Une cité gouvernée
par des sages qui auraient pour seule ambition le bien de tous.
Une ville idéale comme la décrit Platon, le philosophe.
»
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En dépit
des questions qui les opposent, une grande complicité
unit le père et le fils, jusqu’au moment où
Hernando découvre le journal de bord de Colomb et
y trouve ce que son père lui avait dissimulé,
des actes si terribles, accomplis lors des précédents
voyages, que la figure du père en est anéantie
; l'humanisme du garçon l’emporte brillamment
sur l’avidité des Espagnols et la rupture est
proche : « êtes-vous celui que j'aimais
? » lui demande-t-il, tout en pleurant : «je
pleure leurs enfants morts. Je pleure leurs parents disparus.
Je pleure les esclaves qui agonisent dans les mines d'Espagne
où vous les avez emmenés de force après
leur soumission.» Et Colomb de confesser : «
j'ai eu peur des hommes inconnus. Moi qui suis un étranger,
j'ai eu peur des étrangers. Je n'avais jamais imaginé...
Je n'aurais jamais cru rencontrer des hommes si différents
de nous, ce n'était pas dans mon rêve.
»
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Dans cette
réécriture passionnante de "l’histoire
vraie", entre philosophie et poésie, les références
à La Tempête de Shakespeare ou à l’Utopie
de Thomas More ne manquent pas, et inscrivent la pièce dans
un grand mouvement littéraire et intertextuel de relecture
du passé à l'aune du temps présent (à
quoi d’autre pourrait bien servir l’histoire, en définitive
?) et, de la même manière, la pièce, à
travers le personnage d’Hernando, aborde des questions de
notre temps, remettant en cause l'ordre ancien (incarné par
Colomb), parvenant même à le soumettre aux idées
nouvelles.
B.
Longre
(octobre 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la
littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte
et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

http://www.lansman.org/
http://www.cead.qc.ca/repw3/gaudreaultjean-rock.htm
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