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Huis-clos
dans les airs
A quoi ressemble
la vie après la mort ? Jean-Pierre Gattégno nous en
propose une vison surprenante, qui n’est pas sans charme ni
sans terreur, à travers son personnage, Raoul Sevilla, djidio
(juif de Salonique) de Sambre-et-Meuse.
Désespéré par la disparition de l’amour
de sa vie et par le peu de succès de son roman, il s’est
fait donner la mort par son ami Adrien et se retrouve… au
ciel. Dans un skybus hypermoderne et très confortable, les
passagers sont embarqués on ne sait pour combien de temps
(l’éternité, sans doute), attachés à
leur siège, le temps n’étant rythmé que
par le passage des hôtesses, qui leur offrent jusqu’à
l’écoeurement caviar et champagne. Le temps s’étire,
repasse en boucle à travers remémorations et projections,
dans des temps de sommeil et de rêves, bien souvent des cauchemars
dont on se réveille dans un grand cri. La conversation se
noue avec le voisin, toujours interrompue, reprise, s’entortillant
autour de mystères. Le voisin, Alejandro Waldheim, élevé
en Argentine, est le fils d’un officier Nazi. Des projections
sur l’écran s’affichent, dont on découvre
peu à peu qu’elles ont à voir avec la vie de
chacun des deux protagonistes et que leurs vies sont en rapport
l’une avec l’autre, d’abord de loin, puis de plus
en plus près.
C’est là que tout se gâte ou du moins se précise.
Raoul découvre sur l’écran ce qui se passe après
sa mort (son ami Adrien usurpe son identité, son œuvre
et bien davantage) et ce qui le lie avec son voisin. Chacun se découvre
petit à petit, de mauvaise foi en révélations,
de dissimulations en dévoilements et apprend la vérité
de ce qu’a été sa vie et sa mort. Chacun découvre
enfin comment l’autre, indirectement, a causé son malheur
et entraîné sa mort. On se retrouve ici dans un Huis-clos
à deux : l’enfer, c’est les autres ? Le salut
pourrait aussi venir de là.
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L’histoire
des deux hommes et de ceux qu’ils ont aimés
croise notre histoire : celle des camps, celle des survivants,
des descendants des victimes et des bourreaux. La musique
fait le lien entre les différentes époques
et fait émerger l’histoire de la supercherie
de Terezin, présenté comme un camp modèle
voué aux arts, qui a aveuglé le représentant
de la Croix-Rouge. Une femme, incarnation de cette musique,
fait aussi le lien entre toutes les histoires. C’est
elle qui a le dernier mot, à travers ses «
blasphémitudes », concluant toutes ces histoires
tragiques et d’autres comiques par un gigantesque
éclat de rire.
Le blasphème, chez Gattégno, est une autre
façon de voir l’Histoire, la vie, la mort,
et l’après : réjouissant, grinçant
et tonique.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(mars 2008 )
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Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

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