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Pascal
Garnier : l’affranchi
Depuis
ses premiers romans, Pascal Garnier se creuse un chemin singulier
dans la littérature policière française. Ici, ni serial-killer,
ni armada policière. Simplement, des gens, plantés dans un quotidien
qui les ennuie, à la poursuite de leur rêve inassouvi, ou d’une
jeunesse trop vite évaporée. Et s’il suffisait d’un petit rien pour
que la vie, morne et routinière, ne se transforme en une échappée
de plaisirs et de bonheurs ?
Les Hauts du Bas raconte l’histoire de
Edouard, veuf, ancien chef d’entreprise, qu’un accident cardio-vasculaire
a obligé à se retirer des affaires, et de Thérèse, son aide médicale,
dévouée à son travail, vieille fille, qui n’a jamais connu l’amour.
Que cache l’amertume de Edouard ? Qui est ce mystérieux ancien
collaborateur qui vient lui rendre visite ?
Et puis, alors que cette histoire pourrait continuer comme elle
a commencé, alors que ce couple ronronne dans un jeu malsain où
Thérèse se fait d’autant plus attentionnée que Edouard l’envoie
promener, l’intrigue bascule, les repères s’écroulent, le quotidien
dérape : « À
proprement parler, à part le pique-nique, l’engueulade avec le voisin,
la tâche sur son pantalon et le vol des vautours, on ne pouvait
prétendre qu’il se fût passé des choses extraordinaires durant ces
deux derniers jours, et pourtant…pourtant, M. Lavenant [Edouard]
se sentait vivre intensément, grisé par cette douce fatigue des
jours vécus pleinement. Chaque détail prenait une signification
toute particulière, rien ne servait à rien même si l’essentiel de
cette nouvelle lecture du quotidien lui échappait encore. Il avait
la sensation d’être rentré chez lui après un long voyage. C’était
comme relire un livre de jeunesse, revoir un film ancien, le subtil
plaisir de conjuguer le passé au présent […] Qui n’a jamais rêvé
de faire un jour place nette, de disparaître, un beau matin ou une
sale nuit, sans autre bagage que sa peau sur les os et la malheureuse
poignée de souvenirs qui suffit à maintenir tout ça debout ».
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Avant
Les Hauts du Bas, Pascal Garnier
s’est fait connaître notamment pour l’A26
(publié chez Zulma, en 1999). Depuis 1986, plus d’une dizaine
de romans noirs ont fleuri sous sa plume : La
Solution esquimau (Fleuve noir, 1996), La
place du mort (Fleuve noir,
1997), Trop
près du bord (Fleuve noir, 1999) ou encore Nul
n’est à l'abri du succès (Zulma, 2001). Si
l’A26
reste sa production la plus connue, Les
Insulaires (Fleuve noir, 1998) montre la radicalité
de ce qui obsède Pascal Garnier : le bonheur se vit caché,
seul, dans l’excès, dans l’amour violent, dans la néantisation
du reste du monde. Les amoureux constituent ainsi le symbole
de la tentative de Pascal Garnier d’échapper aux lourdeurs
du monde réel. L’île recueille des naufragés, leur aventure
solitaire devient semblable à une odyssée.
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Chaque
fois, ce bonheur volé se termine mal : violence, mort, rupture.
Chaque fois, ces gens du quotidien tuent, mentent, trichent, commettent
l’irréparable. Chaque fois, cette descente aux enfers se trame dans
un univers quasi-désertique, éloigné : l’Ardèche ou la Drôme,
un quartier de Paris, banlieue de Versailles un soir de Noël. Pascal Garnier
choisit bien ses lieux, propices à l’abandon.
Loin du héros-inspecteur qui incarne la quasi-majorité des romans
policiers, ici, on aime se projeter dans ce fantasme qui nous fait
accéder à cette parcelle de nos rêves. Pascal Garnier nous renvoie
à nous-mêmes, à ce qui est enfoui au plus profond de nous, nos frustrations
et nos envies. Pascal Garnier parle de ce plus petit dénominateur
commun : cette révolte qui n’ose sortir.
Quand le fil casse, quand les personnages de ses romans baissent
les bras, la vie sort de la « normalité », du quotidien
banal de monsieur-madame « tout le monde ». Pascal Garnier
parle de la fatigue, de la lourdeur, du désespoir de chacun et de
cette tentation de céder, de s’affranchir des obligations et règles
communes pour entrer dans une marginalité sans retour. Toute son
œuvre montre ce dérapage, il suffit d’un rien pour que, à jamais,
la vie ne soit plus jamais la même, et c’est cela qu’il nous touche,
en pointant les riens qui peuvent demain transformer notre vie.
David
Piovesan
(octobre 2003)

du
même auteur
Chambre 12 (Flammarion,
2000)
Nul
n’est à l'abri du succès (Zulma, 2001)
Editions
Zulma
http://www.zulma.fr
http://www.zulma.fr/AuteursDetail.asp?Id_Personne=100
Le
site de l’Ours-Polar
http://patangel.free.fr/ours-polar/auteurs/garnier1.php
Le
site Mauvais genre
http://www.mauvaisgenres.com/pascal_garnier.htm
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