Photographies de Gilbert Garcin
Exposition

 

Du lundi 5 septembre 2005 au lundi 17 octobre 2005
Galerie photo, Fnac Bellecour (Lyon)

MOIS DE LA PHOTOGRAPHIE D'ATHENES - galerie Ileana Tounta - du 4 octobre au 28 octobre

QUINZAINE PHOTOGRAPHIQUE DE CHOLET - du 15 au 31 octobre

PARIS PHOTO - Galerie Les Filles du Calvaire - Du 11 au 14 novembre

RENCONTRES DE MURCIE - ESPAGNE - Janvier 2006 : dates à préciser

GALERIE HOLDEN LUNTZ : Palm Beach - Floride - USA - Janvier 2006 : dates à préciser

Le petit théâtre de Gilbert Garcin

Gilbert Garcin est un « jeune » photographe de 71 ans qui vit et travaille à Marseille. Il pratique en effet la photographie depuis quelques années et est déjà représenté par la célèbre galerie des Filles du Calvaire. Il s’adonne à la réalisation de maquettes où il se met en scène dans différentes situations qui illustrent ou détournent pertinemment des mythes comme celui de Sisyphe ou des maximes de vie, dignes d’Epicure. Le photographe puise dans les multiples expériences rencontrées au cours de sa vie pour élaborer et bricoler ces saynètes dont il prend ensuite des photographies en noir et blanc.
La série de tirages présentée à la FNAC Bellecour de Lyon s’intitule « Simulacres ». Un simulacre est, littéralement, une « apparence sensible qui se donne pour une réalité ». Peut-être que Gilbert Garcin tend à signifier par là cette distance (entre apparence et réalité) et ce, doublement. Premièrement, il nous donne à penser différentes facettes de la vie humaine qui sont surtout dominées par l’illusion – l’illusion d’être libre, de pouvoir s’échapper, de ne pas être seul… – et il donne à voir ces illusions par le biais de photographies qui sont elles-mêmes (par leur nature de « traces » sur un support en deux dimensions mais aussi par une juxtaposition habile de mise en scènes miniatures avec d’autres à taille réelle) des simulacres, des simulations de la « réalité ». La nature du medium photographique producteur de «traces» trouve donc un écho dans les significations mêmes des clichés de Gilbert Garcin.

Secondement, son œuvre semble témoigner d’une façon générale de l’ironie, de l’humour et de la lucidité qui l’habitent ; où la distance, le recul par rapport à soi-même prévaut donc. Le photographe se met en scène, de manière récurrente, dans des situations qui traitent de (ses) problèmes existentialistes et «philosophiques» – si l’on entend par ce terme une distance, un doute qui font partie intégrante de la réflexion philosophique. La distance, l’humour règnent donc au sein même des ces clichés allégoriques et intemporels qui prennent forme dans un lieu indéfini, si ce n’est par le cadre rectangulaire de la photographie qui est lui-même mis en abîme dans certaines images. Elles invitent donc le spectateur à adopter à son tour et en retour cette position distanciée, redoublant le regard de l’artiste sur ses photographies.

Ces mises en scène figées, où le temps semble s’être arrêté pour mieux laisser le spectateur s’abandonner à la contemplation, tel le fidèle dans un temple, sont chacune comme un petit théâtre où l’acteur, Gilbert Garcin, se propose de jouer en un acte une tragi-comédie humaine. « Communiquer », montre ainsi le photographe – inséré dans la maquette miniature qu’il a réalisée – derrière un angle de murs, portant à bout de bras deux marionnettes le représentant aux yeux de ceux qui sont censés se trouver de l’autre côté du mur et qui assisteraient ainsi à un pathétique théâtre de marionnettes. Cette analogie révélatrice de notre perpétuelle représentation en société met en lumière la nature première et principale des personnes que nous sommes, à savoir ces « masques de théâtre » suivant l’origine étrusque dont dérive l’étymologie latine persona qui signifie « personnage » ou « personne ».
L’important pour Gilbert Garcin, c’est aussi « Etre maître de soi » : tirer soi-même les propres ficelles de sa marionnette ou encore « Connaître ses limites » où, tel l’homme de Vitruve, il se mesure dans un rectangle formé par des règles graduées. Le théâtre est constitutif de ces clichés : Gilbert Garcin se met en scène dans des représentations au sein du cadre rectangulaire de la photographie qui forme en quelque sorte le « quatrième mur » d’un théâtre derrière lequel le spectateur, à l’extérieur du théâtre, contemple cet autre monde de la représentation (figurée et sociale). « Le parvenu » met en abîme ce jeu du cadre de la représentation en montrant son auteur, à l’intérieur d’un cadre ouvragé coïncidant avec les bords de la photographie, en train de monter sur un rocher pour accrocher, au sein de ce cadre, un cadre plus petit et de mauvaise facture, espérant ainsi que cette œuvre, son œuvre, acquiert ses lettres de noblesse en jouant « dans la même cour » que l’œuvre d’art traditionnelle. Ultime dérision de l’artiste face à lui-même et face à son œuvre.

Louise Charbonnier
(septembre 2005)

http://www.gilbert-garcin.com/site.htm

http://andrea.nfrance.com/~eq26451/