écrit et mis en scène
par Rodrigo Garcia


traduction Christilla Vasserot

du 30 avril au 25 mai 2003
Théâtre National de Chaillot, Paris

 

Théâtre National de Chaillot
1 place du Trocadéro 75116 Paris
01 53 65 30 00

Texte extrait de Fallait rester chez vous, têtes de nœud publié aux Editions Les Solitaires Intempestifs.

lumière : Carlos Marquerie
chargée de production : Coralie Barthélemy
avec Marcial Di Fonzo Bo

Présentation au Festival d’Avignon, Eglise des Célestins les 18, 19, 20, 21, 23, 24 juillet 2002 à 15h

Du même auteur
Notes de cuisine
After Sun

production : Maison européenne des écritures contemporaines Théâtre des Lucioles / Rennes coréalisation : Théâtre National de Chaillot en collaboration avec La Carnicería Teatro avec le soutien du Théâtre National de Toulouse Midi Pyrénées et du Festival d’Avignon

Quand tu seras un homme, je ne veux pas que tu sois obligé de te lever chaque matin pour aller gagner ta vie ; je veux que ta vie soit une affaire conclue avant que tu aies quinze ans.
Car à quinze ans, tu auras de l’énergie à revendre - mais pas assez de cervelle - pour commencer à en profiter.
Et il est injuste qu’une fois physiquement apte à profiter de la vie, à prendre ton pied, goûter à la drogue, te mettre à baiser, il est injuste qu’il faille bosser comme un malade pour jouir de quelques heures par semaine de temps libre.
Passé 40 ans, tu auras un cerveau parfaitement meublé, chaque idée à sa place, tu seras en état de prendre du bon temps, mais tu auras perdu la vitalité.
Entre 15 et 40 ans, tu as la vitalité, mais pas la tête à ça.
Entre 40 et 70 ans, tu as la tête à ça, mais pas la vitalité.
Il manque toujours quelque chose.
Et pour combler ce manque, on a inventé l’argent.
(extrait)

 

Prolifique auteur argentin, Rodrigo Garcia est sans aucun doute l’un des metteurs en scène les plus doués de sa génération. Exilé à Madrid où il a fondé la compagnie Carniceria Teatro, l’auteur, dont les pièces, pour la plupart, sont éditées aux Solitaires Intempestifs, se distingue par un style âpre, extrêmement enlevé, mêlant les formes avec succès ; en témoigne l’extraordinaire mise en scène d’After Sun présenté au dernier festival d’Avignon et repris en septembre au théâtre de la Cité Internationale. Fort de textes frondeurs et revendicateurs, Rodrigo Garcia intègre une réelle démarche de vidéaste avec une utilisation quasiment systématique de l’image par le biais de diapositives, films ou vidéos, autant d’images clin d’œil à la société de consommation, animal se vautrant dans son propre vomi et qu’il faudra tuer en lui enfonçant un pieu en plein cœur.


Photo © José Antonio Carrera
Vous l’aurez compris, ce théâtre là n’y va pas par quatre chemins et tape là où çà fait mal. Au-delà d’un talent évident et d’une indécente aisance, Garcia sème les graines de la révolte et nous démontre par a + b toute l’incohérence de nos petites vies, qu’il s’amuse du reste à esquinter sous le poids d’anecdotes farfelues dans une extase des sens, dans le plaisir du jeu et le gâchis de la nourriture, parfait symbole d’une société malade de ses propres vices. Aussi dramatique soit ses pièces, Rodrigo Garcia sublime toujours son sujet grâce à un humour sarcastique et dévastateur, jouissif et libérateur, éclatant littéralement tout ce qui se présente à lui avec la verve d’un enfant de 5 ans.
Dès lors il n’est pas étonnant qu’il ne faille guère plus de quarante cinq minutes à Rodrigo Garcia pour mettre tout le monde d’accord. La clarté de sa lutte, l’évidence de ce théâtre protéiforme, de ces mots incisifs et universels, font le ménage dans les cerveaux ramollis. Théâtre de la séduction dans les arguments utilisés pour démonter les bases même de notre société capitaliste, Théâtre du malaise quand l’on prend du recul sur cette pièce à laquelle on ne peut qu’acquiescer la rage au ventre, Rodrigo Garcia a le chic pour nous faire prendre conscience des maux de notre piètre condition. On est là dans l’idée qu’il se passe sur la scène, dans la salle du studio du théâtre du palais de Chaillot quelque chose d’important que l’on ne saisira que de loin…

Photo © José Antonio Carrera

Par ailleurs si l’on ressent cela avec une telle violence c’est que Marcial Di Fonzio Bo, distancié et parfaitement à son aise, délivre la parole de Rodrigo Garcia avec une simplicité, une limpidité absolue : comme celle d’un dieu païen. Qu’il s’emploie à nous faire rentrer dans l’enfance de son personnage traversé par un poney où qu’il prenne la pose d’un Al Pacino, l’acteur ne rend que plus éloquent la parole du metteur en scène pour qui la scène s’identifie rapidement à un champ de bataille pour petit déjeuner raté. En fait, le style immédiatement identifiable de l’auteur a cela de précieux qu’il parle véritablement à tous, développant toujours des thèmes communs, usant jusqu’à satiété de situations types que nous connaissons tous et qu’il transfigure par l’abondance de sens, antithèse des affiches et panneaux publicitaires vides de toutes significations. L’évidence des lumières crues et l’usage du son comme élément intrinsèque de la dramaturgie (on ne le remerciera jamais assez de mettre en valeur des groupes comme Sonic Youth ou Third Eye Foundation) parachèvent la maestria de l’Argentin au talent certain et à la parole dure à encaisser, tant la culpabilité de rentrer chez soi nouveau mais inchangé pèse, puisque sur nous reposent les incommensurables du temps.

Philippe Beer-Gabel
(mai 2003
)

Portrait de l'auteur

http://www.theatre-chaillot.fr/

http://www.theatre-contemporain.net/auteurs/garcia/pdgrg.htm

http://www.humanite.presse.fr/journal/2002/2002-07/2002