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Théâtre National de Chaillot
1 place du Trocadéro 75116 Paris
01 53 65 30 00
Texte
extrait de Fallait rester chez vous, têtes de nœud
publié aux Editions Les
Solitaires Intempestifs.
lumière
: Carlos Marquerie
chargée de production : Coralie Barthélemy
avec
Marcial Di Fonzo Bo
Présentation
au Festival d’Avignon, Eglise des Célestins les
18, 19, 20, 21, 23, 24 juillet 2002 à 15h
Du
même auteur
Notes de cuisine
After Sun
production
:
Maison européenne des écritures contemporaines
Théâtre des Lucioles / Rennes coréalisation
: Théâtre National de Chaillot en collaboration
avec La Carnicería Teatro avec le soutien du Théâtre
National de Toulouse Midi Pyrénées et du Festival
d’Avignon
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Quand
tu seras un homme, je ne veux pas que tu sois obligé
de te lever chaque matin pour aller gagner ta vie ; je veux
que ta vie soit une affaire conclue avant que tu aies quinze
ans.
Car à quinze ans, tu auras de l’énergie
à revendre - mais pas assez de cervelle - pour commencer
à en profiter.
Et il est injuste qu’une fois physiquement apte à
profiter de la vie, à prendre ton pied, goûter
à la drogue, te mettre à baiser, il est injuste
qu’il faille bosser comme un malade pour jouir de quelques
heures par semaine de temps libre.
Passé 40 ans, tu auras un cerveau parfaitement meublé,
chaque idée à sa place, tu seras en état
de prendre du bon temps, mais tu auras perdu la vitalité.
Entre 15 et 40 ans, tu as la vitalité, mais pas la
tête à ça.
Entre 40 et 70 ans, tu as la tête à ça,
mais pas la vitalité.
Il manque toujours quelque chose.
Et pour combler ce manque, on a inventé l’argent.
(extrait)
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Prolifique auteur
argentin, Rodrigo Garcia est sans aucun doute l’un des metteurs
en scène les plus doués de sa génération.
Exilé à Madrid où il a fondé la compagnie
Carniceria Teatro, l’auteur, dont les pièces, pour
la plupart, sont éditées aux Solitaires Intempestifs,
se distingue par un style âpre, extrêmement enlevé,
mêlant les formes avec succès ; en témoigne
l’extraordinaire mise en scène d’After
Sun présenté au dernier festival d’Avignon
et repris en septembre au théâtre de la Cité
Internationale. Fort de textes frondeurs et revendicateurs, Rodrigo
Garcia intègre une réelle démarche de vidéaste
avec une utilisation quasiment systématique de l’image
par le biais de diapositives, films ou vidéos, autant d’images
clin d’œil à la société de consommation,
animal se vautrant dans son propre vomi et qu’il faudra tuer
en lui enfonçant un pieu en plein cœur.

Photo
© José Antonio Carrera |
Vous
l’aurez compris, ce théâtre là n’y
va pas par quatre chemins et tape là où çà
fait mal. Au-delà d’un talent évident et
d’une indécente aisance, Garcia sème les
graines de la révolte et nous démontre par a +
b toute l’incohérence de nos petites vies, qu’il
s’amuse du reste à esquinter sous le poids d’anecdotes
farfelues dans une extase des sens, dans le plaisir du jeu et
le gâchis de la nourriture, parfait symbole d’une
société malade de ses propres vices. Aussi dramatique
soit ses pièces, Rodrigo Garcia sublime
toujours son sujet grâce à un humour sarcastique
et dévastateur, jouissif et libérateur, éclatant
littéralement tout ce qui se présente à
lui avec la verve d’un enfant de 5 ans. |
| Dès
lors il n’est pas étonnant qu’il ne faille
guère plus de quarante cinq minutes à Rodrigo
Garcia pour mettre tout le monde d’accord. La clarté
de sa lutte, l’évidence de ce théâtre
protéiforme, de ces mots incisifs et universels, font
le ménage dans les cerveaux ramollis. Théâtre
de la séduction dans les arguments utilisés pour
démonter les bases même de notre société
capitaliste, Théâtre du malaise quand l’on
prend du recul sur cette pièce à laquelle on ne
peut qu’acquiescer la rage au ventre, Rodrigo Garcia a
le chic pour nous faire prendre conscience des maux de notre
piètre condition. On est là dans l’idée
qu’il se passe sur la scène, dans la salle du studio
du théâtre du palais de Chaillot quelque chose
d’important que l’on ne saisira que de loin… |

Photo
© José Antonio Carrera |
Par ailleurs
si l’on ressent cela avec une telle violence c’est que
Marcial Di Fonzio Bo, distancié et parfaitement à
son aise, délivre la parole de Rodrigo Garcia avec une simplicité,
une limpidité absolue : comme celle d’un dieu païen.
Qu’il s’emploie à nous faire rentrer dans l’enfance
de son personnage traversé par un poney où qu’il
prenne la pose d’un Al Pacino, l’acteur ne rend que
plus éloquent la parole du metteur en scène pour qui
la scène s’identifie rapidement à un champ de
bataille pour petit déjeuner raté. En fait, le style
immédiatement identifiable de l’auteur a cela de précieux
qu’il parle véritablement à tous, développant
toujours des thèmes communs, usant jusqu’à satiété
de situations types que nous connaissons tous et qu’il transfigure
par l’abondance de sens, antithèse des affiches et
panneaux publicitaires vides de toutes significations. L’évidence
des lumières crues et l’usage du son comme élément
intrinsèque de la dramaturgie (on ne le remerciera jamais
assez de mettre en valeur des groupes comme Sonic Youth ou Third
Eye Foundation) parachèvent la maestria de l’Argentin
au talent certain et à la parole dure à encaisser,
tant la culpabilité de rentrer chez soi nouveau mais inchangé
pèse, puisque sur nous reposent les incommensurables du temps.
Philippe
Beer-Gabel
(mai 2003)

Portrait
de l'auteur
http://www.theatre-chaillot.fr/
http://www.theatre-contemporain.net/auteurs/garcia/pdgrg.htm
http://www.humanite.presse.fr/journal/2002/2002-07/2002
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