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Brecht
nous a légué son théâtre de l'épique,
susceptible de frapper la raison plus que les sens et de lancer
un défi à l'esprit critique du spectateur : la performance
est ici réussie, en partie grâce à un Jacques
Weber au physique imposant et à la verve alerte, qui épouse
brillamment le personnage recréé par le dramaturge
allemand.
Ecrite en 1938 en trois semaines, révisée en 1945
lors de sa traduction en Anglais et enfin publiée en 1955,
La vie de Galilée est l'unique pièce
de Bertolt Brecht qui repose sur la biographie d'un personnage historique
: Galilée, scientifique avant-gardiste qui, par une démarche
fondée sur l'observation empirique des phénomènes
célestes, parvient à prouver que la terre n'est plus
le centre de l'univers et qu'elle tourne ... au grand effroi des
théologiens italiens qui ne juraient que par le système
aristotélicien et ptoléméen, en parfaite adéquation
avec la Bible ; Il provoque aussi l'émoi des classes dirigeantes
que l'obscurantisme d'un peuple abruti par le labeur arrange. La
thématique du conflit entre religion et science est récurrente
et est parfaitement représentée, entre autres, dans
la scène 13, alors que Andréa, fils spirituel de Galilée,
et Virginia, sa fille, mêlent leurs prières contradictoires,
en une terrible cacophonie.
Le
Galilée de Brecht est ainsi politique et la démarche
de l'auteur s'inscrit dans une dialectique marxiste qui exhorte
le peuple à se libérer, comme l'illustre le jubilatoire
interlude de la scène 10, curieux mélange de variations
baroques interprétées par des balladins rétros.
Au spectateur d'établir le parallèle entre l'Italie
du 17eme siècle et son inquisition omnipotente et l'Allemagne
nazie des années trente, ou de transposer l'action aujourd'hui,
en une fin de siècle marquée par la prolifération
d'inquiétantes "sciences sans conscience".
La question fondamentale qui émerge de ces 26 années
de la vie de Galilée porte ainsi sur le rôle du scientifique
et sa responsabilité morale face aux autres hommes : Galilée
se rétracte, par peur de la torture, mais cela en fait-il
forcément un ennemi des sciences ?
Tout comme Galilée, Brecht se considérait comme un
scientifique, non pas des astres ou des phénomènes
physiques, mais des spécimens humains, la narration objective
de chacune de ses pièces étant une expérience
inductive tentant de révéler l'homme et son évolution.
Pour cela, une condition : empêcher le spectateur de sombrer
dans l'illusion, propre au théâtre classique ; la présence,
avant chaque scène, du texte des didascalies, assorti d'un
court poème et d'un résumé de l'action à
venir, élimine tout suspense et ce procédé
anti-illusoire est ici ingénieusement établi par l'apparition
progressive du texte sur un rideau qui disparaît ensuite pour
laisser place aux mots parlés.
Galilée,
porte-parole de Brecht, est donc une créature moderne, un
épicurien qui s'entoure de disciples avides de savoir, des
fils adoptifs (Andréa, le jeune moine et Federzoni, le polisseur
des lentilles du télescope), dont la candeur première,
touchante, permet à Galilée de les convertir grâce
à l'observation intelligente des faits, et l'humour est renforcé
par le jeu naïf ou tourmenté des jeunes comédiens.
A la patience du scientifique, s'ajoute un attachement quasi-paternel,
bien présent dans cette mise en scène, et la jeunesse
et la fougue des apprentis laissent espérer que les recherches
de Galilée seront propagées, pour un avenir meilleur,
sans dogmatisme religieux ou mercantile.
En
dépit de sa fidélité à Brecht, la pièce
semble parfois avancer au ralenti et même si chaque parcelle
de texte est essentielle, il manque à la mise en scène
dynamisme et inventivité ; le huis-clos, par instants pesant,
aurait mérité moins d'austérité, plus
de décalage, en particulier dans le décor, dont la
sobriété, soit, s'accorde au texte. Néanmoins,
le théâtre de Brecht méritait bien de revivre
sur ce ton là, entre optimisme enjoué et désespoir
cynique, et l'urgence du message, par les détours de l'histoire
(tout comme le Luther de John Osborne) est capable,
encore aujourd'hui, d'éveiller nos esprits.
Blandine
Longre
(octobre 2000)
"Il
faut répéter inlassablement cette vérité
: connaître Brecht est d'une autre importance que de connaître
Shakespeare ou Gogol ; car c'est pour nous, très exactement,
que Brecht a écrit son théâtre, non pour l'éternité."
Roland Barthes, Essais critiques, 1956.
Théâtre
de la Croix Rousse hors les murs
à la Maison de la danse, Lyon 8.
renseignements et location : 04 72 07 49 50
Galilée
http://www.infoscience.fr/histoire/portrait/galilee.html
http://www.bib.ulb.ac.be/coursmath/bio/galilee.htm
Brecht
http://www.comedie-francaise.fr/biographies/brecht.htm
http://www.monde-diplomatique.fr/1998/02/PATZOLD/10015.html
Le
théâtre de la Croix-Rousse
http://www.croix-rousse.com/
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