Du 12 au 14 octobre 2000
Théâtre de la Croix Rousse hors les murs à la Maison de la danse, Lyon 8.

texte de Bertolt Brecht
Texte français de Eloi Recoing
mise en scène Jacques Lassalle

Avec Jacques Weber
durée
4h avec entracte

 

Brecht nous a légué son théâtre de l'épique, susceptible de frapper la raison plus que les sens et de lancer un défi à l'esprit critique du spectateur : la performance est ici réussie, en partie grâce à un Jacques Weber au physique imposant et à la verve alerte, qui épouse brillamment le personnage recréé par le dramaturge allemand.
Ecrite en 1938 en trois semaines, révisée en 1945 lors de sa traduction en Anglais et enfin publiée en 1955, La vie de Galilée est l'unique pièce de Bertolt Brecht qui repose sur la biographie d'un personnage historique : Galilée, scientifique avant-gardiste qui, par une démarche fondée sur l'observation empirique des phénomènes célestes, parvient à prouver que la terre n'est plus le centre de l'univers et qu'elle tourne ... au grand effroi des théologiens italiens qui ne juraient que par le système aristotélicien et ptoléméen, en parfaite adéquation avec la Bible ; Il provoque aussi l'émoi des classes dirigeantes que l'obscurantisme d'un peuple abruti par le labeur arrange. La thématique du conflit entre religion et science est récurrente et est parfaitement représentée, entre autres, dans la scène 13, alors que Andréa, fils spirituel de Galilée, et Virginia, sa fille, mêlent leurs prières contradictoires, en une terrible cacophonie.

Le Galilée de Brecht est ainsi politique et la démarche de l'auteur s'inscrit dans une dialectique marxiste qui exhorte le peuple à se libérer, comme l'illustre le jubilatoire interlude de la scène 10, curieux mélange de variations baroques interprétées par des balladins rétros. Au spectateur d'établir le parallèle entre l'Italie du 17eme siècle et son inquisition omnipotente et l'Allemagne nazie des années trente, ou de transposer l'action aujourd'hui, en une fin de siècle marquée par la prolifération d'inquiétantes "sciences sans conscience".
La question fondamentale qui émerge de ces 26 années de la vie de Galilée porte ainsi sur le rôle du scientifique et sa responsabilité morale face aux autres hommes : Galilée se rétracte, par peur de la torture, mais cela en fait-il forcément un ennemi des sciences ?
Tout comme Galilée, Brecht se considérait comme un scientifique, non pas des astres ou des phénomènes physiques, mais des spécimens humains, la narration objective de chacune de ses pièces étant une expérience inductive tentant de révéler l'homme et son évolution. Pour cela, une condition : empêcher le spectateur de sombrer dans l'illusion, propre au théâtre classique ; la présence, avant chaque scène, du texte des didascalies, assorti d'un court poème et d'un résumé de l'action à venir, élimine tout suspense et ce procédé anti-illusoire est ici ingénieusement établi par l'apparition progressive du texte sur un rideau qui disparaît ensuite pour laisser place aux mots parlés.

Galilée, porte-parole de Brecht, est donc une créature moderne, un épicurien qui s'entoure de disciples avides de savoir, des fils adoptifs (Andréa, le jeune moine et Federzoni, le polisseur des lentilles du télescope), dont la candeur première, touchante, permet à Galilée de les convertir grâce à l'observation intelligente des faits, et l'humour est renforcé par le jeu naïf ou tourmenté des jeunes comédiens. A la patience du scientifique, s'ajoute un attachement quasi-paternel, bien présent dans cette mise en scène, et la jeunesse et la fougue des apprentis laissent espérer que les recherches de Galilée seront propagées, pour un avenir meilleur, sans dogmatisme religieux ou mercantile.

En dépit de sa fidélité à Brecht, la pièce semble parfois avancer au ralenti et même si chaque parcelle de texte est essentielle, il manque à la mise en scène dynamisme et inventivité ; le huis-clos, par instants pesant, aurait mérité moins d'austérité, plus de décalage, en particulier dans le décor, dont la sobriété, soit, s'accorde au texte. Néanmoins, le théâtre de Brecht méritait bien de revivre sur ce ton là, entre optimisme enjoué et désespoir cynique, et l'urgence du message, par les détours de l'histoire (tout comme le Luther de John Osborne) est capable, encore aujourd'hui, d'éveiller nos esprits.

Blandine Longre
(octobre 2000)

"Il faut répéter inlassablement cette vérité : connaître Brecht est d'une autre importance que de connaître Shakespeare ou Gogol ; car c'est pour nous, très exactement, que Brecht a écrit son théâtre, non pour l'éternité."
Roland Barthes, Essais critiques, 1956.

Théâtre de la Croix Rousse hors les murs à la Maison de la danse, Lyon 8.
renseignements et location : 04 72 07 49 50

Galilée
http://www.infoscience.fr/histoire/portrait/galilee.html
http://www.bib.ulb.ac.be/coursmath/bio/galilee.htm

Brecht
http://www.comedie-francaise.fr/biographies/brecht.htm

http://www.monde-diplomatique.fr/1998/02/PATZOLD/10015.html

Le théâtre de la Croix-Rousse
http://www.croix-rousse.com/